Pour être heureux autant qu’on le peut ici-bas, il nous faut vivre selon l’ordre moral : être vertueux et éviter les vices. On appelle vertu une disposition habituelle et ferme à faire le bien. Elle permet non seulement d’accomplir des actes bons, mais aussi de donner le meilleur de soi-même. De toutes ses forces naturelles et spirituelles, une personne vertueuse tend vers le bien, elle le recherche et le choisit dans des actions concrètes.
Or, les vertus morales forment un édifice harmonieux ; si une seule s’effondre, tout l’ensemble est en danger. Si l’on n’est pas honnête, sincère ou courageux, la vie entière sera désorganisée, désordonnée. Dans la vie morale, comme dans un édifice, il y a des piliers qui supportent l’ensemble : ce sont les vertus cardinales. Dans cet édifice, quatre vertus soutiennent toutes les bonnes dispositions : la Prudence, la Force, la Tempérance et la Justice.
La famille catholique est le premier lieu d’exercice des vertus ; elle doit être un foyer d’apprentissage où la nature humaine de chacun de ses membres se forge, aidée par la grâce du baptême et des sacrements.
En nous enseignant les vertus cardinales, l’Église donne aux hommes les clés nécessaires à la maîtrise de leur tempérament, les encourageant à ordonner leurs passions, à affiner leur intelligence et à dompter leur volonté. Ces dispositions mises en œuvre favorisent dans nos âmes le travail des vertus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité. Ici, nous parlerons de la vertu de prudence, qui doit régir toute vertu, même les autres vertus cardinales.
La prudence, vertu de l’intelligence
La prudence est la juste appréciation de ce qu’il faut faire dans un cas déterminé. Elle est une vertu intellectuelle, car elle concerne des opérations commandées par l’intelligence. On peut distinguer trois étapes dans l’exécution d’un acte : la délibération, le jugement (ou choix) et l’ordre (ou mise en œuvre).
Prenons l’exemple d’une mère dont l’enfant gravement malade exige une présence constante. Nous sommes dimanche et elle est seule avec lui : doit-elle le quitter pour aller à la messe ?
La délibération fait apparaître un conflit de devoirs entre sa présence auprès de son enfant et l’assistance à la messe. Elle comprend alors que la charité lui impose de ne pas quitter son enfant, car sa vie est en jeu. Cette obligation passe avant le devoir dominical. Après ce jugement, elle choisit de rester près de son enfant et renonce à la messe. Elle met ensuite en œuvre sa décision.
La prudence est donc une sagesse pratique par laquelle la raison discerne ce qu’il faut faire pour bien agir dans la vie courante.
La prudence morale repose sur l’obéissance à des principes conformes à la raison, comme le code de la route. De même, les martyrs ne recherchent pas le danger : c’est par raison qu’ils refusent de renoncer à l’essentiel.
La vertu d’humilité intervient dans la prudence. L’être humain étant sociable, il doit considérer les autres comme ses semblables : ne pas chercher à dominer, savoir écouter, ne pas être influencé aveuglément ni vaniteux. Être attentif à son prochain, c’est parfois céder, même si l’on est dans son droit, lorsque cela sert un bien supérieur.
Vices opposés à la prudence
• La précipitation (ou témérité) s’oppose au bon conseil par défaut de réflexion. L’action devance la réflexion et empêche souvent de choisir la meilleure option.
Exemple : un enfant tombe sans gravité. Sa mère accourt immédiatement, ce qui l’encourage à pleurer sans effort. Or, le bien de l’enfant serait de l’aider à se relever lui-même et à surmonter cette petite épreuve. On prépare ainsi l’adulte qu’il deviendra.
• L’inconstance consiste à abandonner, au moment d’agir, le bien reconnu auparavant. La raison a jugé correctement, mais la volonté ne suit pas.
Exemple : un enfant privé de dessert pour un mensonge obtient finalement ce dessert par faiblesse des parents. Cela nuit à son éducation morale.
• La négligence provient d’une inertie volontaire. Les bonnes intentions ne suffisent pas : elles doivent être soutenues par une prudence concrète.
Exemple : omettre la prière du soir par fatigue, tout en maintenant d’autres habitudes, revient à inverser les priorités. Il vaut mieux adapter la prière que la supprimer totalement.
La liste pourrait être plus longue : on pèche contre la prudence par défaut ou par excès (étourderie, légèreté, confiance aveugle, orgueil, tromperie, inquiétude excessive, etc.).
Lorsque l’esprit fait appel à la prudence, il trouve dans la force la capacité de surmonter les obstacles et d’obéir à la raison. Selon les situations, la force soutient la prudence : l’âme résiste ou combat pour atteindre le meilleur bien.
Il n’est guère de plus grande satisfaction que d’avoir bien accompli sa journée ou de voir grandir de vrais hommes et de vraies femmes en ses enfants. L’exercice de la vertu dans le devoir d’état apporte un contentement profond, malgré les difficultés de la vie. C’est ainsi que nous pourrons restaurer patiemment la société et l’Église.
Sophie de Lédinghen