Moïse au Buisson ardent

Le peuple hébreu, avant d’atteindre la Terre Promise, fut d’abord guidé par les patriarches : Abraham, Isaac, Jacob. Puis, après être demeuré en Égypte pendant plusieurs siècles, Dieu envoya Moïse pour le libérer de la servitude et lui donner la loi mosaïque, comprenant le Décalogue ainsi que l’ensemble des préceptes auxquels se soumettent les Juifs (circoncision, interdits alimentaires). Mais avant d’y parvenir et de les libérer d’Égypte, il fallut du temps. Dieu mit ce temps à profit pour travailler Moïse et le préparer à sa mission.

La vocation de Moïse
Après avoir tué un homme sous le coup de la colère, Moïse, qui occupait pourtant les plus hautes fonctions, doit fuir l’Égypte. Il trouve refuge dans le désert où il rencontre les Madianites, peuple de bergers nomades parmi lesquels Jethro, dont il épouse la fille, Séphora. Il entre alors au service de son beau-père. Mais, un jour qu’il fait paître ses brebis sur le Mont Horeb, Dieu se manifeste à lui sous la forme d’un buisson ardent.

Intrigué par le buisson qui brûle sans se consumer, Moïse cherche à s’en approcher quand Dieu lui dit alors : « N’approche pas d’ici, ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. » C’est dans cette attitude que Moïse apparaît le plus souvent : debout, nus pieds, à côté de ses sandales comme à Doura Europos, ou bien en train de se déchausser comme sur les mosaïques de Saint-Vital de Ravenne, ou plus tardivement sur un tableau de Domenico Fetti au XVIe siècle.

Dieu se manifeste à Moïse par l’intermédiaire du buisson ardent pour confier à celui qui fuyait précisément l’Égypte, la lourde tâche d’y retourner pour libérer ses frères captifs.

La vision du Buisson
Moïse est d’abord réticent à l’idée de retourner en Égypte. Pour le conforter dans sa mission, Dieu lui révèle alors son nom, le nom par lequel les Hébreux le reconnaîtront comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob : Je suis celui qui suis. Paroles que l’on retrouve retranscrites sous sa forme grecque Ο Ω Ν sur les branches de la Croix du nimbe du Christ Pantocrator.

Si la plupart des théologiens s’accordent pour dire que le Buisson ardent est l’une des principales théophanies de l’Ancien Testament, des difficultés furent rencontrées dans sa représentation. Ces difficultés s’expliquent par la tradition aniconique juive et par l’interdiction judaïque, en usage dans l’Ancien Testament, de représenter Dieu. C’est pourquoi, avant qu’à l’époque moderne, l’habitude ne soit prise de figurer Dieu le Père au milieu des flammes, le buisson fut simplement représenté en flammes comme à Doura Europos, ou bien abritant la personne du Christ, préfigurant l’Incarnation. Parfois, comme sur le Ms Grec 510 de la Bnf, le Christ est remplacé par un ange, étant donné que Dieu ne se manifeste dans l’Ancien Testament que par l’intermédiaire de ses anges.

À partir du XIVe siècle, se développe également une iconographie particulièrement populaire en Orient : la Mère de Dieu du Buisson ardent. Aux yeux de nombreux théologiens, le buisson ardent est l’image de la Vierge qui enfante le Christ, feu divin, tout en gardant intacte sa virginité. La Vierge Théotokos, inscrite dans deux losanges (l’un vert évoquant la végétalité du buisson, l’autre rouge évoquant le feu), est entourée d’anges et d’archanges tandis qu’aux quatre coins sont figurés quatre préfigurations vétérotestamentaires de la virginité mariale : Moïse et le Buisson ardent ; l’échelle de Jacob ; la purification des lèvres d’Isaïe par un séraphin et la vision de la porte fermée du temple par le prophète Ézéchiel.

Bien que particulièrement populaire en Orient, l’habitude d’associer la Vierge au buisson se rencontre également en Occident, notamment sur le triptyque de Nicolas Forment (XVe siècle).

Conclusion
Lorsque Moïse fuit l’Égypte, il a près de 40 ans, mais ce n’est encore qu’au bout de 40 ans de vie dans la solitude du désert que Dieu se manifeste à lui, il a près de 80 ans. Moïse n’a pris la tête de son peuple qu’après une longue retraite dans la solitude du désert, à l’occasion de laquelle il eut la grande grâce de contempler Dieu par l’intermédiaire du Buisson ardent. C’est à cet emplacement, sur la montagne de l’Horeb, que sainte Hélène fit construire une chapelle dédiée à la Vierge, qui deviendra plus tard un monastère : le monastère Sainte-Catherine du Mont-Sinaï.

Une médiéviste