« Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. «
Quand on parle de prudence, on imagine aisément qu’il s’agit d’un usage raisonnable des moyens pour arriver à la fin que l’on se donne. On peut la placer entre la témérité – dans laquelle l’emploi des moyens est sans proportion avec le but – et la timidité – dans laquelle la peur de perdre les moyens fait oublier le but.
Il nous a semblé intéressant d’articuler notre propos en dissociant la prudence purement humaine et la prudence chrétienne, constatant leurs différences et leur complémentarité.
La prudence purement » humaine
Elle peut être bonne ! Elle peut être une vertu naturelle si la fin poursuivie est honnête. Il est en effet légitime d’agir avec discerne- ment dans tout ce qui concerne nos affaires temporelles. Tel grand patron agira avec prudence s’il fait des choix favorables au bon fonctionnement et à la rentabilité de l’affaire dont il a la charge.
Elle est nécessaire ! Dans toutes nos actions, nous devons réfléchir aux conséquences immédiates et futures de nos actions. Evidemment on doit être vigilant pour traverser une rue. Evidemment, on doit chercher un emploi correspondant à nos goûts et capacités et permettant de subvenir aux besoins de ceux dont nous avons la charge.
Le bon sens nous conduit naturellement à une prudence instinctive. Notre intelligence, notre tempérament nous conduiront à opter pour des solutions plus ou moins audacieuses mais il est indispensable à tous de prendre le temps nécessaire pour réfléchir avant d’agir.
Cette vertu naturelle est partagée par tous en fonction de leurs talents respectifs. Il existe – heureusement – de très bon patrons athées.
Dieu nous a donné une intelligence naturelle nous permettant de nous comporter face aux nécessités de la vie, utilisons-la.
La Prudence chrétiEnne
C’est une vertu infuse que nous recevons dès le baptême qui se différencie de la prudence purement humaine par deux points essentiels.
Premièrement, elle est un don de Dieu. Le bébé qui reçoit le baptême part dans la vie avec une supériorité infinie. Dieu, dans ce sacrement lui donne la vertu de prudence qui lui permettra – s’il est fidèle – de discerner ce qui est bien dans l’ordre surnaturel.
Deuxièmement, et cela est immédiatement subordonné au premier point, c’est le but ! « A quoi sert de gagner le monde si l’on vient à perdre son âme ? » Et cela a de nombreuses conséquences.
Dans la sagesse du monde, seuls les objectifs terrestres comptent. Tel homme, particulièrement compétent, naturellement altruiste, gouvernera ses affaires avec efficacité et humanité tout en vivant dans le péché. Il sera estimé de tous, permettra à beaucoup de vivre heureusement… mais « perdra son âme ». Là n’est évidemment pas la prudence chrétienne.
En outre, et ça n’est pas le moindre des sujets, la sagesse de Dieu n’est pas celle des hommes. La Croix – folie pour les gentils – n’entre pas dans le raisonnement de l’incroyant. Dans certains cas, la véritable fin surnaturelle est le seul facteur qui doit guider notre décision. Souvent, un choix est sans conséquences immédiates. Beaucoup de familles de la génération précédente ont sombré suite à de mauvaises options apparemment anodines dans l’immédiat. Les choix d’avoir la télévision – pour regarder les infos – de garder telles fréquentations – par charité – d’avoir une maison de vacances à tel endroit – pour être près de la plage… ont eu des effets destructeurs peu prévisibles. Les décisions opposées auraient peut-être paru folies aux yeux des hommes. Elles auraient parfois été salutaires ! La sagesse chrétienne est à long terme…
Pour nous grands–parents, peut–être à la retraite, en quoi notre prudence consistera-t-elle ?
Sans doute à remettre le clocher au milieu du village !
Après une vie active, nous bénéficions d’une certaine sagesse acquise avec l’âge, parfois de plus de temps libre. Alors profitons-en !
Sachons que nous ne pouvons pas agir sur tout. Nous sommes grands-parents, nos enfants sont mariés et ont acquis une liberté sur laquelle nous n’avons pas forcément beaucoup de prise. Alors, confions-les à la Providence, laissons-les piloter leurs maisons comme ils l’entendent. Ils feront des choses qui ne nous conviendront pas, des erreurs, c’est probable. Gardons le lien, tant qu’il n’y a pas d’orientations clairement mauvaises, apprenons à parfois être aveugles… Si nous sommes inquiets, prions le Ciel, méditons les Ecritures, n’intervenons qu’en cas de nécessité impérative ! Pour certains tempéraments, cela sera parfois héroïque, mais si nous voulons garder une influence sur les options importantes, c’est certainement le prix à payer.
Prions sainte Anne de nous donner la force de pratiquer cette prudence, cette patience, que nous demande notre Père du Ciel.
Des grands-parents