La famille se meurt, la famille est morte. Oui, c’est un fait : dénatalité, divorces dénoncent un effritement de l’institution. De ce mal, on accuse bien des coupables : les lois, les spectacles, les journaux, la rue, les mœurs. Mais est-on sûr que ce soient des causes ? Et si par hasard il fallait y voir aussi des effets ? Le vrai mal est dans l’âme : on a perdu le sens même de l’amour et du mariage. Alors à quoi bon réformer les institutions ou veiller à la police des mœurs, si d’abord on ne refait pas à l’homme son âme ? À quoi bon changer le bain de teinture, quand c’est le tissu lui-même qui lâche ?
Dans ce péril, les chrétiens ne sont pas à l’écart. Ne nous croyons pas trop vite cuirassés de vertu et d’honneur. Les mariages, chez nous, sont-ils moins bâclés qu’ailleurs ? Quand l’Église veut faire un prêtre, elle y met six ans ; un communiant, trois ans. Quand des parents chrétiens conduisent leur fils ou leur fille à l’autel, ont-ils seule- ment passé trois semaines à les préparer ? Et les intéressés y ont-ils eux-mêmes réfléchi ?
Après coup, on pourra se scandaliser devant les foyers qui se brisent, éructer de solennelles malédictions, refuser de recevoir les divorcés. Il est bien temps ! On a laissé des enfants se marier à l’aventure, on n’a rien fait pour les soutenir, et l’on vient ensuite parler devoir, vertu, religion ? Sinistre inconscience. Pharisaïsme.
Notre responsabilité n’est pas seulement dans cette hypocrisie : parler autrement que les autres tout en agissant comme eux. Elle est surtout dans la mission qui nous est confiée, dans le secret qui nous a été dit : nous savons de qui vient l’amour, et vers qui il va ; nous savons à quelle source il s’abreuve, de quel poids de grâce, et donc de force, Dieu l’a chargé ; nous savons par quels re- mèdes il peut se guérir, et de quelle manière il peut rayonner. Mais si Dieu nous a parlé, c’est pour que nous parlions.
Il est donc urgent de réagir… et d’agir. En 1930, Pie XI lançait un premier cri d’alarme, parlait d’une « doctrine à enseigner avec zèle » et d’une « nécessaire préparation au mariage ». Depuis, dans quelques diocèses, des prêtres spécialisés se consacrent aux conférences, aux récollections, aux retraites de fiancés et de ménages. Pourtant ces efforts sont beaucoup trop rares, trop isolés. Nos prêtres s’y mettraient-ils tous, que ce serait encore insuffisant. Cette refonte des âmes, cet éveil profond du sens de l’amour dans le cœur des jeunes chrétiens, est l’œuvre de tous ceux qui, de près ou de loin, préparent l’homme ou la femme à la vie.
C’est l’œuvre des parents, tout d’abord, car ce sont eux qui ont reçu les premiers le dépôt de l’amour et la mission de le faire fructifier. Qu’ils repensent leur propre histoire conjugale, qu’ils forment leurs propres enfants, qu’ils s’intéressent autrement que pour les condamner – aux jeunes gens et jeunes filles, aux fiancés, aux jeunes foyers. Un immense programme de méditation, de prière, d’action, s’ouvre devant eux.
À côté d’eux, c’est l’affaire des éducateurs : ceux qui forment l’intelligence, ceux qui forgent le caractère, ceux qui enseignent à prier. Professeurs, chefs de mouvements, prêtres.
Enfin c’est le travail des intéressés eux-mêmes. Souvent ils ne savent rien, ou ils croient savoir, – ce qui ne vaut pas mieux. Qu’ils apprennent, avec sérieux et confiance, leur beau métier d’époux et d’épouse, de père et de mère. Pour cela, ils n’ont pas à prendre des airs effarouchés, ni inversement à se jeter, cœur et corps perdus, dans l’aventure, mais à comprendre l’amour pour mieux l’aimer.
Au travers de ces études courra le souffle d’un optimisme chrétien. Non seulement parce que nous croyons à la valeur d’une doctrine qui ré- pond à tout espoir, et qui met au service de l’amour les joies, ainsi que les épreuves, les tentations, les séparations, la mort même. Mais aussi, parce que partout dans la Chrétienté, éclate le jaillissement d’un printemps spirituel : partout, de jeunes foyers cherchent, méditent, trouvent, agissent. Les chrétiens mettent enfin leur honneur à sauver le monde, non à le fuir. Et de toutes les richesses humaines ainsi capable de rédemption, l’amour leur semble la plus belle : cet amour menacé de toutes parts, et qui est pourtant la pierre fondamentale d’une civilisation et d’une chrétienté nouvelle.
Texte anonyme, édité en 1943
Un jour, sur la route, il a tendu une aiguille de pin à une abeille qui se noyait, il l’a mise à un rayon de soleil, bientôt les petites ailes brillantes se sont ouvertes et l’abeille s’est envolée. Il ne lui en a pas voulu d’aller ainsi aux fleurs qui l’attendent. Ce n’est pas pour lui qu’il l’a sauvée. Ainsi de nous et de nos enfants…
Henri Bremond
La prudence
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SOMMAIRE |
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Editorial |
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3 |
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Le mot de l’aumônier |
Pas plus de cinq ! |
4 |
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La page des pères de famille |
Prudent pour agir avec succès ! |
6 |
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Soutien scolaire |
La numération française et ses bases |
7 |
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Pour nos chers grands-parents |
La Prudence |
8 |
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Discuter en famille |
L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite) |
10 |
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Se former pour rayonner |
La prudence 2.0 |
13 |
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Un peu de douceur |
Parler moins, mais parler bien |
15 |
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Oui, je le veux |
Mariages improvisés… Mariages préparés… |
16 |
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Le coin des jeunes |
– La prudence et le silence |
18 |
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– Prendre conseil |
20 |
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– Vierge folle ou vierge sage ? |
21 |
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De fil en aiguille |
Un petit manque de laine ? |
19 |
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La Cité catholique |
Patiences |
22 |
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Haut les cœurs |
Le cœur léger |
24 |
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Pour les petits comme pour les grands |
La prudence au foyer |
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Actualités juridiques et littéraires |
Stratégie de sécurité nationale aux Etats-Unis |
28 |
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Fiers d’être catholiques ! |
Des choix fondamentaux |
30 |
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Ma bibliothèque |
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31 |
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Connaître et aimer Dieu |
Acte de charité |
32 |
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Histoire de l’art |
Vices et vertus : un combat qui se joue aussi dans l’art |
34 |
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Actualités culturelles |
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36 |
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Trucs et astuces |
Les lourds sacs de patates |
37 |
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La page médicale |
Antiparasitaires naturels |
38 |
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Mes plus belles pages |
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Recettes |
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41 |
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Le Chœur des FA |
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42 |
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Bel canto |
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Abonnement à FOYERS ARDENTS (6 numéros) 2 rue du Maréchal de Lattre de Tassigny 78000 Versailles M, Mme, Mlle……………………………………….…………………………………………………………………………….. Prénom :…………………………………………………………………………………………………………………………… Adresse : …………………………………………………………………………………………………………………………… Code Postal :……………….. Ville :………………………………………………………………………………………………. Adresse mél (important pour les réabonnements) :…………………………………………………………………………… Année de naissance :………………. Tel : ……………………………………………………………………….. J’offre cet abonnement (comme cadeau de naissance, de mariage, d’anniversaire, de Noël, ou autre) à :……………………………………………………………………………………………………………. ………..à partir du n°… ou date ………. Adresse mél obligatoire : ……………………………………………@……………………………………. Comment avez-vous connu Foyers Ardents ? ………………………………………….. J’inclus mon règlement par chèque à l’ordre de : Foyers Ardents Possibilité de régler votre abonnement par CB sans frais sur : https://www.helloasso.com/associations/foyers-ardents □ Tarif normal : 25 € □ Abonnement de soutien : 30 € (pour nous aider à la diffusion) □ Abonnement étranger : 35 € □ Abonnement tarif réduit : 20 € (prix coûtant réservé aux étudiants, période de chômage ou de difficultés financières) |
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Contact : contact@foyers-ardents.org Directeur de Publication: Marie du Tertre
Imprimeries Malinoises
S.A.
Publication bimestrielle.
Date de parution: 1er mars 2026 N°CPPAP : 0927 G 93636
Chers amis,
Editorial
La période des vœux nous a souvent donné l’occasion d’écouter les inquiétudes, les regrets de chacun… On sent une pesanteur tomber sur nos épaules à chaque nouvelle rencontre… Mais ces sentiments doivent-ils emplir l’âme du catholique ? N’est-elle pas emplie de l’espérance depuis le jour de la Résurrection ? Faut-il se laisser envahir par la morosité ambiante, voire le désespoir qui nous entoure ?
Posons-nous les bonnes questions : quelles sont les raisons qui devraient occuper toute notre attention ? Faut-il s’attacher à écouter les
« nouvelles » trois fois par jour pour être sûr de n’en manquer aucune ? Au-delà du fait que même les analystes les plus fiables, n’ayant pas d’envoyé spécial dans toutes les régions du monde, sont eux- mêmes dépendants de ce que l’on veut bien leur dire, reconnaissons que nous sommes bien impuissants sur la marche des évènements. Maîtrisons donc notre curiosité, dominons nos appréhensions et apprenons à prendre du recul en adoptant un plan d’action à notre portée. Quel sera- t-il ? Sous l’inspiration du Saint-Esprit, nous demanderons à la Prudence, reine de toutes les vertus, de guider nos pas sur le chemin que Dieu a ouvert devant nous.
Cette prudence déjà vantée par Platon et Aristote, est la vertu cardinale qui doit diriger les trois autres : justice, force et tempérance.
Vous découvrirez dans ce numéro de nombreux articles donnant des exemples concrets afin de faire fructifier cette qualité et de nous aider à perfectionner les puissances de notre âme.
Cette vertu est tout autre que le « principe de précaution » dont nous avons tant entendu parler… Ce n’est pas non plus une qualité réservée aux personnes d’un certain âge, inquiètes de tout et toujours prêtes à brider les velléités des plus jeunes ; non, la prudence n’est pas le contraire de l’insouciance ; vous comprendrez, à la lecture de ces lignes, la place qu’elle doit prendre pour conduire nos vies. Elle nous aide à mener nos actions avec cohérence, en mettant en adéquation nos convictions avec notre vie quotidienne. Elle nous rappelle que chacun de nos actes entraîne ses conséquences, et ce, même parfois sur plusieurs générations. Que vous soyez premier, centième ou millième maillon d’une chaîne dans la passation de la foi, comme dans les valeurs de la famille, si vous lisez ces lignes, vous comprendrez le rôle que Dieu et la société chrétienne attendent de vous. Point de place pour la médiocrité, le compromis ou les concessions ! Et même si « les vertus s’acquièrent à la pointe de l’épée1 », l’âme qui aime véritablement et qui vit de sa foi, verra la main de Notre-Seigneur la conduire dans le dédale de la vie.
Que Notre-Dame des Foyers Ardents prie le Saint- Esprit de nous envoyer ses dons afin que nous acquerrions les vertus qui nous feront ensemble monter vers le ciel.
Bien amicalement,
Marie du Tertre
1 Père Passerat
Le mot de l’aumônier
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Pas plus de cinq !
omme en toute tragédie classique, il y aura cinq actes et pas un de plus. Le sujet de cette pièce est la conspiration de cinq
femmes animées de la même haine mortelle contre une sixième. Elles dissimulent leurs sentiments derrière une volonté de la servir mais elles ne s’approchent en réalité d’elle que pour lui porter un coup de poignard. Les quatre premières l’ont très grièvement blessée mais elle a survécu. Nous voici parvenus au cinquième acte qui n’est pas encore achevé. Notons cependant que la dernière des mégères est plus déchaînée encore que les quatre premières tandis que jamais leur commune ennemie n’a été si faible. Mais écoutons le récit de leur victime et entendons sa supplique.
« La première de ces femmes naquit le 21 septembre 1792. Elle fit rouler la tête de mon roi le 21 janvier 1793 en m’assurant que commençait pour moi dans son sang une ère de prospérité, de liberté et de gloire. Elle détestait plus encore mon Dieu que mon roi au point qu’elle prétendit ouvrir des temps nouveaux en substituant au calendrier fondé sur la naissance du Fils de Dieu celui de sa propre naissance. Elle n’avait pas encore un an qu’elle mit « à l’ordre du jour » le régime de la Terreur. Elle semblait se repaître de ce bain de sang, de mes enfants, prêtres, aristocrates et gens du peuple. En l’an XII, elle me remit dans les mains d’un Général dont elle me dit qu’il allait panser mes plaies et me couvrir de gloire.
« La deuxième d’entre elles ne vécut pas cinq ans. Elle vit le jour le 25 février 1848 et fut le fruit de la révolution qui renversa le monarque de juillet. Au climat euphorique en ses débuts et à la plantation des arbres de la liberté succéda le coup d’état du 2 décembre 1851 par le neveu de ce général qui devait me donner de la gloire mais me couvrit de honte tandis que mon nom était haï dans toute l’Europe. La deuxième des femmes ne mit donc guère de temps, après le bain de sang des journées de juin 1848, à me placer dans le giron dictatorial du Prince-Président.
« La troisième est la doyenne des cinq. Elle
commença sa
carrière le 4
septembre 1870 et ne l’acheva qu’au
10 juillet 1940. Elle vécut donc presque sept
décades pour me martyriser. Il n’est en effet d’autre mot pour décrire ce troisième acte républicain qui dévoila au mieux sa volonté d’exterminer en mon sein tout ce qui m’était le plus cher : ma foi, mes familles françaises, mes enfants. Je fus livrée à la dictature des loges et je vis mes prêtres, religieuses et religieux honteusement expulsés de mes frontières. Cette furie me saigna à blanc pendant la guerre de 1914- 1918 et, après avoir allumé par son traité de Versailles toutes les rancœurs de l’Allemagne, elle décréta un pacifisme suicidaire. M’ayant précipité dans le gouffre, elle finit par se suicider elle-même et ma seule consolation fut qu’elle n’eût d’autre ressource que de me laisser au prestige du Vainqueur de Verdun. O divine surprise !
« On se dispute encore sur la date de naissance de la quatrième. Quoiqu’il en soit, on brûla la gloire et on condamna à la prison perpétuelle ce Maréchal qui avait mis fin à la dictature des loges et, pire, dans la situation désespérée où l’on m’avait réduite, avait cherché à me soigner. Mais elle aussi voulait du sang et ce furent les cent mille victimes de l’Epuration. Elle donna ensuite au monde la meilleure démonstration qu’on pût souhaiter de la force républicaine par la succession des dix-huit gouvernements qui se succédèrent de 1947 à 1958. Elle aussi finit par me livrer aux mains d’un militaire …
« La cinquième de ces dames est apparue le 8 janvier 1959. Elle a donc 67 ans au moment où j’écris ces lignes. La question est de savoir si elle va détrôner la troisième comme doyenne d’âge. Elle a été la digne héritière des quatre >>>
>>> précédentes et s’est distinguée par un nouveau bain de sang, pire que tous les autres puisqu’il s’est agi de l’assassinat légalisé et constitutionnalisé de mes enfants dans le sein maternel. A 67 ans, cette Athalie concocte maintenant celui des personnes âgées. Quant à moi qui suis à l’agonie, je réclame pour elle seule l’euthanasie. Je demande sa mort et, si mes enfants ne veulent pas que je meure aussi, je les conjure qu’il n’y en ait pas de sixième et je veux cette fois-ci choisir les mains de celui à qui je serai livrée.
Mes enfants, écoutez-moi. Je suis votre mère, la France. Me connaissez-vous encore ? M’aimez- vous encore ? Pourquoi me laissez-vous encore dans les rets de ces sorcières ? Priez. Mais priez Notre-Dame pour que j’en sois délivrée et soyez prêts à souffrir et à batailler si vous ne voulez pas que je meure. Pas de sixième, je vous en conjure !
R.P. Joseph
N° 1 à 7 : Thèmes variés (épuisés) N° 8 : La Patrie (épuisé)
N° 9 : Fatima et le communisme (épuisé)
N° 10 : Des vacances catholiques
pour nos enfants
N° 11 : Pour que le Christ règne ! N° 12 : Savoir donner
N° 13 : Savoir recevoir
N° 14 : Notre amour pour l’Eglise N° 15 : Mission spéciale (épuisé) N° 16 : D’hier à aujourd’hui
N° 17 : Mendiants de Dieu
N° 18 : L’économie familiale
(presque épuisé)
N° 19 : La souffrance (épuisé) N° 20 : La cohérence
N° 21 : La noblesse d’âme N° 22 : La solitude
N° 23 : La vertu de force N° 24 : Le chef de famille N° 25 : Le pardon (épuisé) N° 26 : La prière
N° 27 : Liberté et addictions
(épuisé)
N° 28 : Les foyers dans l’épreuve N° 29 : La joie chrétienne
N° 30 : Notre-Dame et la femme N° 31 : L’âge de la retraite
N° 32 : Apprendre à grandir (presque épuisé)
N° 33 : Répondre au plan divin
N° 34 : Les fiançailles N° 35 : L’école
N° 36 : L’éveil au beau
N° 37 : Confiance – Abandon
N° 38 : L’esprit d’apostolat
N° 39 : Ecologie et respect de la création
N° 40 : Homme et femme, deux êtres complémentaires
N° 41 : Saint Michel, un grand protecteur pour la France (presque épuisé)
N° 42 : L’esprit de famille
N° 43 : Faire fructifier les talents N° 44 : La communion des saints N° 45 : L’amitié
N° 46 : la maternité
N° 47 : La paix intérieure (presque épuisé)
N° 48 : Le Cœur Immaculé de Marie triomphera
N° 49 : Le devoir d’état
N° 50 : Saint Joseph, apprenez- nous
N° 51 : Osons l’enthousiasme
N° 52 : Rome éternelle
N° 53 : Tu honoreras ton père et ta mère
N° 54 : Héroïsme et sainteté (épuisé)
N° 55 : Bienheureux les doux
Prudent pour agir avec succès !
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ans un couloir, Charles coince son chef débordé : « Je suis mécontent de mon salaire, je voudrais une augmentation !
J’ai besoin d’argent pour payer les écoles de mes enfants et ma maison. Sinon, je serai obligé d’al- ler voir ailleurs… »
Même si son objectif est légitime, l’égocentrisme et l’impulsivité de Charles vont nuire au résultat visé, et peut-être à sa réputation.
Pour réussir, il aurait mieux fait de prendre un rendez-vous au calme pour parler de son avenir. Il aurait dû le préparer en réfléchissant aux ambi- tions de sa société, aux objectifs de son patron et à leurs critères de valorisation des salariés. Il aurait pu exprimer son envie de contribuer davantage, de progresser au service de l’entreprise, en comp- tant sur une juste évolution salariale associée. Il a manqué de la vertu de prudence !
La prudence n’a pas pour seul but de nous faire éviter les dangers mais positivement de « nous indiquer les moyens sûrs et légitimes de parvenir à une fin louable1 ». Elle détermine l’usage que nous devons faire de notre esprit en chacune des démarches ou des entreprises de notre vie, pour que nous ne regrettions rien ensuite. Même en cas d’échec, nous saurons que nous avions fait tout ce qui était raisonnablement possible. Quel réconfort pour notre conscience !
La prudence va être utile pour chacune de nos dé- cisions : les grandes – choix de vie ou de métier, écoles, déménagement, gestion d’un projet, inves- tissement – comme les quotidiennes – réaction à la bêtise d’un enfant ou d’un subordonné, difficultés avec une autorité, réaction à un imprévu. Com- ment prendre les bonnes décisions au bon mo- ment ?
Les conditions de succès peuvent se résumer en 3 mots-clés : anticipation, cohérence, focalisation. Donc, éviter improvisation, incohérence, disper- sion.
Les bons managers listent les mêmes bonnes pra- tiques que celles écrites par saint Jean-Baptiste de la Salle pour une prise de décision réussie2, prê- tons-y attention !
Anticipation
Faire appel à ses connaissances et son intelli- gence, ou effectuer des recherches pour bien com- prendre le sujet et le contexte de la décision à prendre. S’ancrer dans le réel : les données fac- tuelles de la situation comme les tempéraments des personnes concernées comptent. Préparer la décision en se rappelant les principes ou règles à suivre (morales, psychologiques ou profession- nelles). Prendre le temps de formuler le but à at- teindre, les moyens d’y arriver, les raisons de faire tel choix et discerner les alternatives, avec leurs avantages et inconvénients. Comment minimiser et rendre acceptables les effets secondaires ? Con- sulter des personnes sûres si besoin.
Savoir jouer avec le temps : faut-il laisser mûrir le sujet, procéder par étapes, tester, ou trancher sans délai ?
Ces pratiques prennent du temps. Il est donc évi- dent que, pour savoir gérer les situations du quoti- dien en temps réel (colère d’un enfant, erreur pro- fessionnelle…), il faut avoir réfléchi et travaillé à l’avance sur les principes et les méthodes d’édu- cation ou de gestion des hommes. Cela se fait se- lon les phases de notre vie, en ménage et avec des personnes expérimentées et de confiance, ainsi qu’en tirant les leçons de nos propres expériences.
Cohérence
Les moyens doivent être cohérents entre eux et avec les principes. Il faut être habile dans le choix des moyens – les actes, les paroles et les attitudes qui se soutiennent renforcent la décision – et du temps de l’action : quand et comment parler à son épouse ? A un adolescent d’un sujet délicat ?
Par ailleurs, chacun sait qu’un alignement entre conjoints est essentiel dans l’éducation des en- fants, de même qu’une coopération ouverte entre la famille et l’école. Bien sûr, l’unité ne fait pas tout : encore faut-il éviter les erreurs de raisonne- ment, souvent dues à un manque de formation, un manque d’anticipation ou un trop plein d’émo- tions. >>>
>>> Focalisation
Une fois la décision prise, il faut être fort et persé- vérer. Observer les effets pour traiter les éventuels effets de bord, ajuster ou introduire des étapes, sans toutefois perdre de vue l’objectif et la straté- gie choisie ! Il faut parfois du temps, surtout dans l’éducation, la conduite des hommes ou de la na- ture. Si notre décision a été prise de la bonne ma- nière, nous pouvons comp-
ter sur la Providence et de- vons lui faire confiance sans nous inquiéter chaque jour.
Émotions et tempéra- ments
Deux écueils opposés sont fréquents. Écoutez votre entourage pour savoir celui qui vous guette ! Cela peut d’ailleurs dépendre des su- jets ou des moments.
Impulsif, vous réagissez trop vite. A peine le sujet est-il identifié qu’il faut lancer des actions ou des répliques catégoriques !
Forcez-vous à vous poser et
analyser ce qui vous pousse : l’activisme ? la peur ? de quoi ? de voir quelqu’un souf-
analyse et les alternatives, les plus et les moins, puis à consul- ter une personne de confiance.
Timoré ou retardataire, vous traînez
pour décider, vous retardez votre implication. Ne pas décider, c’est décider de ne rien faire… Est-ce votre vrai choix ? Forcez-vous donc à anticiper les sujets que vous devrez traiter tôt ou tard et à
vous fixer une date « au plus tard » pour les traiter donc pour commencer à y travailler ; et planifiez du temps. Envisagez des étapes dans la mise en œuvre de la décision pour pouvoir ajuster ou contrô- ler. Si vous avez peur, faites comme indiqué plus haut et posez-vous la question « et pourquoi pas ? »
Dans les deux cas, prenez l’habitude de vous corriger sur des petites décisions : respirez, réfléchissez, déci- dez avec les règles de la prudence, agissez et faites confiance !
Hervé Lepère
frir (empathie) ? du jugement des autres ? de rater
quelque chose ? de l’incertitude ? d’être mal à l’aise tant que le sujet n’est pas clos ? Est-ce si grave ? Forcez-vous à formuler voire écrire votre
1 Les douze vertus d’un bon maître – Saint J.-B. de la Salle et frère Agathon. Manuel pratique de 90 pages.
2 Idem
La Prudence
« Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. »
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uand on parle de prudence, on imagine aisément qu’il s’agit d’un usage raison- nable des moyens pour arriver à la fin
que l’on se donne. On peut la placer entre la témérité – dans laquelle l’emploi des moyens est sans proportion avec le but – et la timidité – dans laquelle la peur de perdre les moyens fait oublier le but.
Il nous a semblé inté- ressant d’articuler notre propos en dissociant la prudence purement hu- maine et la prudence chrétienne, constatant leurs différences et leur complémentarité.
La prudence
« purement » hu- maine
Elle peut être bonne ! Elle peut être une vertu naturelle si la fin pour- suivie est honnête. Il est en effet légitime d’agir avec discerne- ment dans tout ce qui concerne nos affaires temporelles. Tel grand
patron agira avec prudence s’il fait des choix favorables au bon fonctionnement et à la renta- bilité de l’affaire dont il a la charge.
Elle est nécessaire ! Dans toutes nos actions, nous devons réfléchir aux conséquences immé- diates et futures de nos actions. Evidemment on doit être vigilant pour traverser une rue. Evi- demment, on doit chercher un emploi corres- pondant à nos goûts et capacités et permettant de subvenir aux besoins de ceux dont nous avons la charge.
Le bon sens nous conduit naturellement à une prudence instinctive. Notre intelligence, notre tempérament nous conduiront à opter pour des solutions plus ou moins audacieuses mais il est indispensable à tous de prendre le temps néces- saire pour réfléchir avant d’agir.
Cette vertu naturelle est partagée par tous en fonction de leurs talents respectifs. Il existe – heureusement – de très bon patrons athées.
Dieu nous a donné une intelligence naturelle
nous permettant de nous comporter face aux nécessités de la vie, utilisons-la.
La prudence chré-
tienne
C’est une vertu infuse que nous recevons dès le baptême qui se diffé- rencie de la prudence purement humaine par deux points essentiels.
Premièrement, elle est un don de Dieu. Le bé- bé qui reçoit le bap- tême part dans la vie avec une supériorité infinie. Dieu, dans ce sacrement lui donne la
vertu de prudence qui lui permettra – s’il est fidèle – de discerner ce qui est bien dans l’ordre surnaturel.
Deuxièmement, et cela est immédiatement su- bordonné au premier point, c’est le but ! « A quoi sert de gagner le monde si l’on vient à perdre son âme ? » Et cela a de nombreuses conséquences.
Dans la sagesse du monde, seuls les objectifs terrestres comptent. >>>
>>> Tel homme, particulièrement compétent, naturellement altruiste, gouvernera ses affaires avec efficacité et humanité tout en vivant dans le péché. Il sera estimé de tous, permettra à beaucoup de vivre heureusement… mais
« perdra son âme ». Là n’est évidemment pas la prudence chrétienne.
En outre, et ça n’est pas le moindre des sujets, la sagesse de Dieu n’est pas celle des hommes. La Croix – folie pour les gentils – n’entre pas dans le raisonnement de l’incroyant. Dans cer- tains cas, la véritable fin surnaturelle est le seul facteur qui doit guider notre décision. Souvent, un choix est sans conséquences immédiates. Beaucoup de familles de la génération précé- dente ont sombré suite à de mauvaises options apparemment anodines dans l’immédiat. Les choix d’avoir la télévision – pour regarder les infos – de garder telles fréquentations – par charité – d’avoir une maison de vacances à tel endroit – pour être près de la plage… ont eu des effets destructeurs peu prévisibles. Les déci- sions opposées auraient peut-être paru folies aux yeux des hommes. Elles auraient parfois été salutaires ! La sagesse chrétienne est à long terme…
Pour nous grands–parents, peut–être à la re- traite, en quoi notre prudence consistera-t-elle ?
Sans doute à remettre le clo- cher au milieu du village !
Après une vie active, nous bé-
néficions d’une certaine sagesse ac-
quise avec l’âge, parfois de plus de temps libre. Alors profitons-en !
Sachons que nous ne pouvons pas agir sur tout. Nous sommes grands-parents, nos enfants sont mariés et ont acquis une liberté sur laquelle nous n’avons pas forcément beaucoup de prise. Alors, confions-les à la Providence, laissons-les piloter leurs maisons comme ils l’entendent. Ils feront des choses qui ne nous conviendront pas, des erreurs, c’est probable. Gardons le lien, tant qu’il n’y a pas d’orientations clairement mau- vaises, apprenons à parfois être aveugles… Si nous sommes inquiets, prions le Ciel, méditons les Ecritures, n’intervenons qu’en cas de néces- sité impérative ! Pour certains tempéraments, cela sera parfois héroïque, mais si nous voulons garder une influence sur les options impor- tantes, c’est certainement le prix à payer.
Prions sainte Anne de nous donner la force de pratiquer cette prudence, cette patience, que nous demande notre Père du Ciel.
Des grands-parents
4 mars : Saint Casimir (1458 – 1488) – Modèle pour la jeunesse
O Marie, l’honneur et la gloire de toutes les femmes, vous que Dieu a élevée au-dessus de toutes les créatures ;
O Vierge miséricordieuse, exaucez les vœux de ceux qui ne cessent de vous louer ;
Salut, ô Vierge sainte, vous par qui les portes du ciel ont été ouvertes à des misérables, vous que les ruses de l’ancien serpent n’ont jamais séduite ;
Demandez pour moi que je jouisse d’une paix éter- nelle, et que je n’aie pas le malheur d’être en proie aux flammes de l’étang de feu ;
Demandez que je sois chaste et modeste, doux, bon, sobre, pieux, prudent, droit et ennemi du mensonge ; Obtenez-moi la mansuétude et l’amour de la con- corde et de la pureté ; rendez-moi ferme et constant dans la voie du bien.
L’Evangile : LE guide pratique de
la communication réelle (suite2)
A la suite des précédents articles publiés sur ce thème1, nous étudions maintenant le 3e geste :
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Donner de son temps !
ans la continuité des précédentes recom- mandations, s’il est une résolution essen- tielle à mettre en avant dans les relations
humaines, c’est bien celle du temps que l’on dé- cide – ou non – d’offrir à notre prochain, à celui qui sollicite de l’attention, aux personnes qui souf- frent de cette solitude si caractéristique de nos jours. Notre-Seigneur mesure intimement la souf- france réelle de voir ses amis refuser de venir à lui parce qu’ils n’ont pas de temps à lui consacrer en prétextant toutes les bonnes raisons d’être avares de ce temps si précieux : la fatigue, les occupa- tions multiples, les divertissements en tout genre. Qui n’a pas eu un jour à se confronter au mur de cette formule lapidaire et définitive : « Je regrette, je n’ai pas le temps » ? Et nous-mêmes, sommes- nous souvent disponibles, attentifs, disposés à écouter, sans regarder la montre ? Que chacun s’examine sur ce paramètre essentiel de la relation humaine : donner de son temps, même si cela nous coûte.
L’exemple de Notre-Seigneur
Quand Jésus demeure depuis trois jours avec la foule qui le presse de questions, Il ne compte pas son temps et s’inquiète même de nourrir son peuple3. Combien de fois, dans sa vie publique, se montrera-t-il totalement disponible ? Souvenons- nous de la visite de Nicodème en pleine nuit déjà évoquée plus haut4. Aucune réserve de sa part, même pas un petit reproche sur l’heure tardive. Bien au contraire, il lui manifeste de la considéra- tion et s’efforce de lui répondre avec autant de bienveillance que possible. Jésus n’en a jamais privé personne. Parfois, cela irrite les apôtres et Jésus les reprend : « Laissez venir à moi les petits enfants5. » La disponibilité est une des plus belles qualités relationnelles qui soit.
Malheureusement, Notre-Seigneur n’a pas été tou- jours payé de retour. Loin s’en faut. Au moment
de son agonie, ses apôtres qui l’accompagnent, Pierre, Jacques et Jean, n’auront pas la même dis- ponibilité pour notre Sauveur, malgré ses sup- pliques insistantes : « Veillez avec moi6.» Pour- tant, il ne s’agissait que d’une heure, une petite heure pour partager avec leur Maître sa sanglante agonie. Ses apôtres préférés sombrent dans le sommeil et le laissent seul, en butte à de terribles angoisses. Des nuits et des jours offerts aux foules, à tous et à chacun d’entre eux, et pas même une heure d’attention de ses plus proches
« amis » pour l’accompagner, le soutenir, le con- soler, et compatir.
Ce que cela signifie pour nous
Combien de fois ne sommes-nous pas avares de notre temps à l’endroit de nos proches : épouse, époux, enfants, frères, sœurs, amis ? Et, peut-être plus encore, quand nous sommes invités à veiller au moins une heure devant le Saint-Sacrement ! Souvenons-nous de l’adoration du Jeudi Saint où nous sommes invités nous aussi à « veiller et prier » ; serons-nous plus généreux cette année ?
Nous serions bien ingrats de reprocher quoi que ce soit aux apôtres, nous qui comptons, chrono à la main, le temps passé avec nos amis ou nos col- lègues, sans parler de l’inconnu qui mendie un regard. Nous sommes trop souvent inattentifs, in- disponibles pour ces âmes isolées : les personnes âgées, les malades, les pauvres, mais aussi les per- sonnes seules et les jeunes livrés à eux-mêmes, à leur énorme solitude et donc à leur portable ! Pour eux, pas ou peu de temps d’écoute, jamais un sourire affectueux, encore moins une présence patiente et attentive.
Si Dieu a fait l’homme à son image en lui confiant l’usage si précieux de la liberté, que l’homme prenne garde à ne pas se laisser envahir par trop d’activités réalisées dans l’urgence, au détriment de l’important.
La technologie digitale entretient l’idée fausse que l’homme peut désormais tout faire sans contrainte de temps, ni d’espace : un clic, et des milliers de messages parviennent à l’autre bout de la >>>
>>> terre en moins d’une seconde. C’est une illu- sion. Notre nature a véritablement besoin de ré- flexion pour bien agir et parvenir ainsi aux joies éternelles, en entraînant avec elle les âmes que Dieu a placées sur son chemin.
En pratique, que faire ?
Pour éviter cette mécanique du « temps-qui- manque-toujours » et après lequel on court, il n’est guère besoin d’outils sophistiqués de gestion du temps. Il vaut mieux hiérarchiser ses priorités avec discernement en prenant garde de ne pas se laisser envahir par l’accessoire !
Pour cela un vrai tra- vail est nécessaire sur les trois puis- sances supérieures de l’homme énoncées par saint Ignace : la mémoire, l’intelli- gence et la volonté. Ainsi nous parvien- drons à organiser au mieux notre emploi du temps avec sa- gesse, en hiérarchi- sant nos priorités, c’est-à-dire en antici- pant, en éliminant et en sélectionnant.
Alors, comment con-
cilier le progrès tech- nologique et une saine utilisation de son temps, dans les relations humaines ? Pratiquons habituel- lement une règle de discernement préco- nisée par saint Ignace : « Pas plus que, autant que… ». Avec, pour critère principal, ce com-
mandement phare de toutes relations humaines telles que pratiquées par Jésus « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés7.» Ne nous laissons plus éblouir par les tyrannies de l’instan- tané et de la vitesse, nos contemporains ont besoin qu’on leur offre de notre temps. Rien dans la rela-
tion vraiment humaine ne peut
être traité dans la précipitation !
Abordons aussi cette fâcheuse
dérive de la mauvaise gestion du
temps dans les relations humaines : la procrastina- tion, cette tendance à toujours repousser au lende- main nos résolutions en faveur d’autrui. Cessons de dire : « plus tard, plus tard » pour entrer en contact avec untel ou untel. « Plus tard », c’est souvent trop tard. Encore une fois, imagine-t-on Jésus tarder à aller à la rencontre de ses amis comme de ses adversaires ? « Dieu ne retarde jamais d’accomplir ce qu’il a promis ». Le salut
des hommes n’attend pas. Avec lui, le temps n’est pas seu- lement une unité de mesure, il est aussi et surtout un contenu : on ne compte pas son temps pour s’adresser aux âmes. On con- verse avec elles.
Efforçons-nous à faire un examen de prévoyance chaque début de journée : qui vais-je voir ? A qui vais-je offrir un mo- ment de conversa- tion ? Et cela, avant de consulter son ordi- nateur, son portable, sa tablette… « dévo- reurs » de temps ! De manière générale, fixons-nous à l’avance, une limite raisonnable de con- sultation d’internet, interdisons-nous de consulter les écrans sans but précis. L’ex- périence montre que
le temps s’écoule alors de façon vertigineuse. Il
s’opère une sorte de perte de conscience, une ané- mie cognitive contre laquelle on ne peut lutter que par anticipation. Ajoutons que si internet est une grande ouverture sur beaucoup de champs, y com- pris ceux de la culture, le philosophe Gustave >>>
>>> Thibon nous avertit déjà en 1976 que : « La pléthore de l’avoir a pour rançon l’anémie de l’être. » Ce qui compte n’est pas l’accumulation des biens ni des connaissances, mais bien une véritable vie intérieure qui rejaillit sur les apti- tudes à la fidélité, à la disponibilité, à l’écoute et à la convivialité …
Pour aller plus loin et progresser
Pour donner notre temps, il faut cultiver un au- thentique oubli de soi, qui jaillit spontanément de notre cœur ; et c’est par le cœur que l’homme est grand ! « La vertu en cette vie, dit saint Augus- tin, consiste à aimer ce que l’on doit aimer. » Pre- nons à la lettre les préconisations de Notre- Seigneur : « Marthe, Marthe, ta sœur a choisi la meilleure part8. » Cette part c’est le temps consa- cré à la vie spirituelle au quotidien. Un catholique ne devrait pas se contenter de prier matin et soir mais aussi avant de dé-
marrer une tâche, de faire un voyage, de commencer et finir un repas, au profit d’un prochain malheureux, pour une attention par- ticulière, etc. Tout est occasion de vivre avec Notre-Seigneur ! Vie spirituelle, devoirs d’état, vie affective sont alors traités dans le bon ordre. L’usage
immodéré des écrans est de fait ramené à sa juste place. Non sans efforts renouvelés une discipline s’installe, qui donne la priorité absolue à la vie spirituelle. Soyons ponctuels et disponibles comme Jésus. Si nous faisons de notre temps per- sonnel un allié de notre vie spirituelle, nous n’avons pas à avoir peur des moyens modernes de communication. Nous savons distinguer l’im- portant de l’urgent. Donner de son temps à Dieu et à son prochain est la plus grande des marques de sagesse car comment mieux imiter Jésus qui nous donna 33 années de sa vie : 30 ans de si- lence et trois années de vie publique…
« Donner de son temps » est une des plus belles formes de générosité qui soit. Elle se fait rare de nos jours tant nous nous laissons déborder ou dis-
traire par de fausses urgences au détriment de l’important : vivre avec Notre-Seigneur. L’égocentrisme
règne sous nos climats et empêche le
don de soi. Osons le dire, offrir son temps est de- venu aujourd’hui, en particulier, une vertu qui enchâsse un joyau de la relation humaine : la cha- rité. Jésus n’a-t-il pas offert à l’humanité les trente-trois années de sa vie terrestre ?
Frère Charles de Foucauld, cordigère
RESOLUTIONS PRATIQUES : Veiller à ne plus me laisser envahir par mes envies pour donner la priorité à mes objectifs importants de chrétien : mon salut et l’attention que je dois porter à mon prochain.
Privilégier toujours la communication natu- relle à la communica- tion virtuelle.
ENGAGEMENT SPI-
RITUEL : Une dizaine d’AVE – 3ème mystère joyeux : La naissance de Jésus
Notre-Seigneur passe trente-trois années de sa vie dans le silence d’abord, et en préchant
ensuite, jusqu’à la croix où sa dernière parole se- ra « tout est consommé ». Et moi saurai-je donner 5 jours de ma vie cette année pour faire une re- traite ?
« L’humilité et la douceur sont à apprendre à l’école du cœur de Jésus. »
Charles de Foucauld
1 FA 54 : introduction et 1er geste, « Faire le 1er pas »
FA 55 : 2e geste, « Demander service »
2 Lc 14 , 16-24
3 Mt 15, 32-38
4 Jn 3
5 Mc 10, 14
6 Mt 14, 32
7 Jn 15, 12
8 Luc 10,42
La prudence 2.0
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réer l’homme parfait a depuis longtemps été le rêve de nombreux scientifiques ou humanistes, soucieux de dépasser les li-
mites imposées par notre nature. Le transhuma- nisme vise à produire des « surhommes », par la modification de l’ADN, l’ajout de puces électro- niques, l’application de traitement réduisant le vieillissement et d’autres chose encore. Finies les maladies, les déficiences, les imperfections. Sur le papier, cela semble bien beau, mais aussi bien utopique et quelque peu déconnecté : supprimer ce qui fait l’humanité peut-il vraiment concourir à l’améliorer ? Car l’homme, dans sa généralité, est défini par ses limites, et par ce qu’il peut faire au sein de ces limites. Dans son individualité, l’être humain est défini par ses actes, qui le différen- cient de son voisin. Or, le rêve moderne du sur- homme, qui trouve un certain écho dans la société de consommation et de plaisirs actuelle, se justifie dans le rejet de Dieu et de sa création, et par là d’un Bien absolu. Tout devient relatif et sujet à interprétation. Dans ce contexte, les vertus cardi- nales1 autour desquelles s’articule l’agir humain, semblent bien mises à mal. Parmi elles la Pru- dence, la plus importante des vertus cardinales, a principalement souffert des errements et boule- versements de notre époque moderne, athée et individualiste. Mais s’attaquer à la « plus hu- maine des vertus », telle que la décrit Marcel De Corte, n’est-ce pas mettre en danger ce qui fait l’humanité de l’homme, c’est-à-dire sa capacité à surpasser sa part animale et instinctive ? En effet, la déformation des trois actes de la Prudence2, à savoir le conseil, le jugement et l’action, détourne du Bien et nous enracine dans ce qui lui est con- traire.
Difficulté du conseil
Premier acte de la prudence, le conseil est une étape souvent négligée. Il implique de se rappor- ter à une personne considérée comme faisant autorité en matière de morale, de savoir, de vertu, afin de déterminer le meilleur moyen d’atteindre l’objectif fixé. Cette prise de conseil peut se faire directement, en allant consulter les personnes convenables, mais également de manière plus in-
directe par la lecture de leurs ouvrages ou de leurs biographies. Il est de cette manière toujours pos- sible de trouver le meilleur avis, la sagesse des anciens venant souvent pallier le manque d’expé- rience ou de vertu des contemporains. Précisons que le temps du conseil, impliquant un certain délai avant une prise de décision, dépendra de plusieurs facteurs. Par exemple, un choix inédit nécessitera plus de conseil qu’un choix déjà expé- rimenté, de même qu’un choix important par rap- port à un autre plus simple. Malheureusement, prendre conseil n’est pas aussi simple dans notre monde moderne.
Le premier obstacle à cette étape du conseil est lié à notre nature humaine blessée : il s’agit de l’or- gueil. René Descartes nous en donne un bon exemple, lorsqu’il décide de remettre en doute tout l’héritage intellectuel des anciens philo- sophes, pour ne se fier qu’à lui-même. Cela est hautement imprudent, puisqu’il se prive d’une sagesse et d’une expérience accumulée au fil des siècles, et par là même immensément riche en enseignement. Se priver du conseil des sages re- vient à bâtir une maison sans fondation, comme Notre-Seigneur nous le présente dans la para- bole3. Le monde moderne accentue ce sentiment de suffisance issu de notre orgueil et du rationa- lisme : « Je suis mon propre maître, pourquoi m’en remettre à d’autres pour décider à ma place ? ». On fait passer pour une faiblesse ce qui n’est que l’attitude sage de celui qui connaît ses limites. Seuls les suffisants et les idiots savent tout, alors que le sage et le prudent savent qu’ils ne savent rien, ou pas grand-chose. Un autre obs- tacle que met le monde moderne au conseil, est l’usage déréglé de la technologie. Internet et l’intelligence artificielle, par la masse de données que l’on y trouve en quelques clics, donnent une illusion de savoir infini et à la portée de tous. Le phénomène du « demande à Chat GPT » est à ce sujet inquiétant et révélateur : la recherche d’une réponse immédiate à un problème donné entraîne une déresponsabilisation de l’individu, et une in- fantilisation constante, avec bien sûr la multipli- cation des mauvais choix. En effet, si l’étape >>>
>>> préliminaire du conseil est négligée, la prise
de décision en sera immanquablement affectée.
Jugement contre impulsion
La deuxième étape de la prudence est le jugement, la prise de décision. Si le conseil a été bien mené, que ce soit par la consultation des personnes com- pétentes ou par une réflexion convenable, il per- met d’isoler parmi les différents choix possibles, celui qui semble le plus adapté pour atteindre le bien visé. On pourrait croire qu’il s’agit-là de l’étape la plus facile, puisque le conseil est sou- vent la partie la plus longue et la plus ardue, mais les obstacles au jugement restent nombreux. Ils proviennent tout d’abord de nous-même : un ca- ractère indécis ou pusillanime a plus de mal à choisir qu’un caractère fougueux. L’inquiétude de faire le mauvais choix paralyse certains, et d’autres refusent tout simplement de s’engager, par peur des conséquences possibles ou refus de l’inconfort qu’implique immanquablement un choix difficile. Ces traits de caractère ne sont pas aisés à cor-
riger, mais
peuvent
l’être à
force de
travail sur
soi et de discipline.
La clé réside dans l’amour du but visé : plus l’on aimera ce bien, et mieux on le connaîtra, plus il sera aisé de porter le bon jugement et de prendre les bonnes décisions.
Aux difficultés naturelles que nous rencontrons dans l’exercice de notre jugement, viennent s’ajouter les complications du monde. La façon dont la modernité s’est installée dans notre quoti- dien entraîne en effet la déresponsabilisation et l’infantilisation. Nous évoluons dans un temps où la relativité est reine, et l’individu dieu. Alors que chaque décision implique un choix, et par là un renoncement, on nous apprend qu’il est toujours possible de faire marche arrière, voire de revenir sur sa parole : les délais de rétractation concernant les achats de biens sont à ce sujet révélateurs. Ce n’est pas faire preuve de jugement que de sans cesse revenir en arrière, et c’est surtout manquer de sagesse. D’autre part, le refus de juger, de choi- sir parmi les options qui se présentent, est une
mentalité d’enfant. C’est pour
désigner cette catégorie de per-
sonnes, refusant de choisir pour
conserver leur confort et leurs plai-
sirs, que le terme « adulescent » a été créé4. La recherche des plaisirs et la perte de sens que nous expérimentons autour de nous ne poussent pas à faire des choix, à s’engager, et à réaliser ce qui a été décidé.
L’agir des fous
Cette dernière étape de la prudence est la plus im- portante : il ne sert en effet à rien de prendre con- seil et de bien juger, si aucun acte n’est posé à la suite. A titre personnel, mieux vaut agir selon sa conscience, même en se trompant, que de ne rien faire. Celui qui n’agit pas, n’est pas, n’a pas d’existence, de caractère. L’homme qui se trompe, mais qui a sincèrement voulu faire le bien, sera toujours plus excusable que celui qui, connaissant le bien et la manière de l’atteindre, s’est abstenu par paresse, peur ou désintérêt. L’homme se défi-
nit par ce qu’il fait, et Aristote
précise
« Nous sommes ce que nous faisons de
manière répétée (sic) », ce qui intègre la notion d’habitus, de vertu ou de vice. Plus nous sommes capables de poser rapidement les actes bons en vue du bien visé, plus nous serons prudents. Au contraire, agir de manière irréfléchie et impulsive, sans chercher à améliorer son conseil et son juge- ment, est purement une folie de l’esprit devant laquelle il n’y a pas d’excuse. On peut occasion- nellement arguer de la nécessité d’agir vite, mais cela ne peut tenir dans le temps.
Le monde moderne préfère le Faire à l’Agir. Dans son ouvrage Condition de l’homme moderne, la philosophe Hannah Arendt s’interroge sur le manque d’engagement déjà présent à son époque, et reprend la distinction classique entre agir (« agere ») et faire (« facere »). Dans le premier cas, il s’agit de l’acte de gouvernement sur soi et sur les autres, de l’acte organisateur qui est l’objet même de la vertu de prudence. Dans le second cas, il s’agit de l’acte de production, >>>
>>> obéissant non pas à une délibération et un jugement personnels, mais à la volonté imposée par autrui. Cette préférence du faire sur l’agir est visible aujourd’hui aussi bien dans le monde pro- fessionnel que dans la vie sociale. On ne parle plus que de process, méthodes, recettes : on réduit l’acte humain à une forme d’obéissance servile à des instructions impersonnelles, et il n’est plus donné d’importance qu’aux résultats matériels et quantitatifs. On tue petit à petit l’initiative, l’amour du bien supérieur, le sens du beau. L’Ho- mo Faber remplace l’Homo Sapiens.
actuel, livré à lui-même, sol-
licité de tout côté par les si-
rènes de nos sociétés devenues
folles, et sommé de rentrer dans le
moule que les autorités technocratiques
et productivistes lui ont assigné, est bien en mal d’atteindre le Bien. Seul un combat constant et courageux, mené avec l’aide de la Providence di- vine, pourra le libérer. Alors s’accomplira en nous cette parole de Notre-Seigneur : « soyez dans le monde, sans être du monde6 ».
R.J.
« Il est impossible d’être prudent, si l’on n’est
bon5 ». La prudence implique de rassembler l’en-
semble des vertus, avec un accent sur l’humilité, la tempérance et la force. Ce sont malheureuse- ment des vertus qui pâtissent considérablement de la modernité, qui facilite bien plus le diktat des passions que le règne de la raison et de la vertu. Le monde moderne, matérialiste et athée, ne veut pas de la Prudence, car le bien qu’elle vise est op- posé à son idéologie de l’homme-Dieu. L’homme
1 Du latin cardo, qui signifie « charnière ». On les appelle aussi vertus morales, car régissant les mœurs des hommes. 2 Cf Foyer Ardent n° 29, Oct. 2021 :
La prudence
3 Mat. VII, 24
4 Les « adulescents », Tony Anatrella : étude de psycholo- gie portant sur les jeunes adultes qui conservent un mode de vie d’enfants.
5 Aristote, Ethique à Nicomaque
6 Jean, XVII, 15
Un peu de douceur…
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Parler moins, mais parler bien
l est une vertu que l’on apprend au fur et à mesure que les années passent, qui est la marque de la sa- gesse des anciens : c’est la modération dans les pa-
roles, et la prudence dans les jugements que l’on pour-
rait vouloir exprimer.
Car l’expérience montre que, même quelque chose qui pourrait apparaître évident, recèle plusieurs facettes, et l’appréciation que nous lui portons en pensant avoir complète connaissance de la réalité, peut être tronquée ou faussée par nos sens, ou par l’idée que nous nous en faisons.
Alors, dans un monde où tout le monde exprime son avis immédiatement, à tort et à travers, tout en reconnaissant rarement, après coup, s’être trompé, où la parole débridée est considérée comme une marque d’intelligence et de modernité, n’hésitons pas à penser et à nous exprimer à contre-courant, à modérer ou différer nos jugements, à utiliser des conditionnels ou des périphrases quand nous ne sommes pas tout à fait sûrs de ce que nous affirmons.
Que cela n’empêche pas cependant d’appeler un chat, un chat. Que cela ne nous fasse cependant pas tomber dans l’écueil inverse du verbiage inconsistant ! Mais au contraire, si nous usons habituelle- ment de prudence dans nos paroles, celles-ci auront d’autant plus de poids que nos auditeurs sauront que nous n’avons pas l’habitude de parler pour ne rien dire, et que nous étayons nos jugements.
Alors la prudence nous guidera pour parler Moins, mais parler Bien.
Mariages improvisés…
Mariages préparés…
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a famille se meurt, la famille est morte. Oui, c’est un fait : dénatalité, divorces dé- noncent un effritement de l’institution. De
ce mal, on accuse bien des coupables : les lois, les spectacles, les journaux, la rue, les mœurs. Mais est-on sûr que ce soient des causes ? Et si par ha- sard il fallait y voir aussi des effets ? Le vrai mal est dans l’âme : on a perdu le sens même de l’amour et du mariage. Alors à quoi bon réformer les institutions ou veiller à la police des mœurs, si d’abord on ne refait pas à l’homme son âme ? À quoi bon changer le bain
de teinture, quand c’est le tissu lui-même qui lâche ?
Dans ce péril, les chré- tiens ne sont pas à l’écart. Ne nous croyons pas trop vite cuirassés de vertu et d’honneur. Les mariages, chez nous, sont-ils moins bâclés qu’ailleurs ? Quand l’Église veut faire un prêtre, elle y met six ans ; un communiant, trois ans. Quand des pa- rents chrétiens condui- sent leur fils ou leur fille à l’autel, ont-ils seule- ment passé trois se- maines à les préparer ? Et les intéressés y ont-ils eux-mêmes réfléchi ?
Après coup, on pourra
se scandaliser devant les foyers qui se brisent, éructer de solennelles malédictions, refuser de recevoir les divorcés. Il est bien temps ! On a lais- sé des enfants se marier à l’aventure, on n’a rien fait pour les soutenir, et l’on vient ensuite parler devoir, vertu, religion ? Sinistre inconscience. Pharisaïsme.
Notre responsabilité n’est pas seulement dans
cette hypocrisie : parler autrement que les autres tout en agissant comme eux. Elle est surtout dans la mission qui nous est confiée, dans le secret qui nous a été dit : nous savons de qui vient l’amour, et vers qui il va ; nous savons à quelle source il s’abreuve, de quel poids de grâce, et donc de force, Dieu l’a chargé ; nous savons par quels re- mèdes il peut se guérir, et de quelle manière il peut rayonner. Mais si Dieu nous a parlé, c’est pour que nous parlions.
Il est donc urgent de réagir… et d’agir. En 1930, Pie XI lançait un premier cri d’alarme, parlait d’une « doctrine à enseigner avec zèle » et d’une « nécessaire préparation au ma- riage ». Depuis, dans quelques diocèses, des prêtres spécialisés se consacrent aux confé- rences, aux récollec- tions, aux retraites de fiancés et de ménages. Pourtant ces efforts sont beaucoup trop rares, trop isolés. Nos prêtres s’y mettraient-ils tous, que ce serait encore in- suffisant. Cette refonte des âmes, cet éveil pro- fond du sens de l’amour dans le cœur des jeunes chrétiens, est l’œuvre de
tous ceux qui, de près ou de loin, préparent
l’homme ou la femme à la vie.
C’est l’œuvre des parents, tout d’abord, car ce sont eux qui ont reçu les premiers le dépôt de l’amour et la mission de le faire fructifier. Qu’ils repensent leur propre histoire conjugale, qu’ils forment leurs propres enfants, qu’ils s’intéressent
– autrement que pour les condamner – aux >>>
>>> jeunes gens et jeunes filles, aux fiancés, aux jeunes foyers. Un immense programme de médi- tation, de prière, d’action, s’ouvre devant eux.
À côté d’eux, c’est l’affaire des éducateurs : ceux qui forment l’intelligence, ceux qui forgent le ca- ractère, ceux qui enseignent à prier. Professeurs, chefs de mouvements, prêtres.
Enfin c’est le travail des intéressés eux-mêmes. Souvent ils ne savent rien, ou ils croient savoir, – ce qui ne vaut pas mieux. Qu’ils apprennent, avec sérieux et confiance, leur beau métier d’époux et d’épouse, de père et de mère. Pour cela, ils n’ont pas à prendre des airs effarouchés, ni inversement à se jeter, cœur et corps perdus, dans l’aventure, mais à comprendre l’amour pour mieux l’aimer.
Au travers de ces études courra le souffle d’un optimisme chrétien. Non seulement parce que nous croyons à la valeur d’une doctrine qui ré- pond à tout espoir, et qui met au service de l’amour les joies, ainsi que les épreuves, les tenta- tions, les séparations, la mort même. Mais aussi, parce que partout dans la Chrétienté, éclate le jail-
lissement d’un printemps spiri-
tuel : partout, de jeunes foyers
cherchent, méditent, trouvent, agis-
sent. Les chrétiens mettent enfin leur
honneur à sauver le monde, non à le fuir. Et de toutes les richesses humaines ainsi capable de ré- demption, l’amour leur semble la plus belle : cet amour menacé de toutes parts, et qui est pourtant la pierre fondamentale d’une civilisation et d’une chrétienté nouvelle.
Texte anonyme, édité en 1943
Un jour, sur la route, il a tendu une aiguille de pin à une abeille qui se noyait, il l’a mise à un rayon de soleil, bientôt les petites ailes bril- lantes se sont ouvertes et l’abeille s’est envolée. Il ne lui en a pas voulu d’aller ainsi aux fleurs qui l’attendent. Ce n’est pas pour lui qu’il l’a sauvée. Ainsi de nous et de nos enfants…
Henri Bremond
7 mars : saint Thomas d’Aquin, confesseur et docteur de l’Eglise – patron de l’enseignement catholique (1225-1274)
Ô Dieu qui pouvez tout, qui savez tout, qui n’avez ni com- mencement ni fin, Vous qui donnez les vertus, les conservez et les récompensez, daignez me stabiliser sur le sol ferme de la foi, me protéger de l’inexpugnable bouclier de l’espé- rance, me parer du vêtement nuptial de la charité. Donnez- moi par la justice de Vous être soumis, par la prudence d’éviter les pièges du diable, par la tempérance de garder un juste milieu, par la force de supporter patiemment l’ad- versité. Donnez-moi de partager volontiers le bien que j’ai avec celui qui en manque, le bien que je n’ai pas, de le de- mander humblement à qui en est pourvu ; le mal que j’ai fait, de l’avouer loyalement, le mal que je souffre, de le sup- porter avec égalité d’âme, le bien du prochain, de le regar- der sans envie, vos bienfaits, de vous en rendre toujours grâces.
La prudence et le silence
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a chère Bertille,
Merci beaucoup pour ta dernière lettre et les nouvelles que tu me donnes… Lorsque tu évoques les difficultés que tu rencontres avec tes différentes camarades, j’ai immédiatement pensé à cette histoire que l’on rapporte à propos de Socrate, ce philosophe grec. Un homme arrive en trombe et s’ex- clame : « Socrate, Socrate, sais-tu ce que l’on dit à propos de ton ami ? Il… » Mais Socrate de l’inter- rompre aussitôt : « Attends, mon ami, as-tu passé tes propos dans les trois tamis ? » Face à la mine per- plexe de son interlocuteur, Socrate poursuit : « Oui, avant de parler, il faut passer ses paroles dans trois filtres. Le premier est celui de la vérité. As-tu vérifié que ce que tu allais me dire est vrai ? » « Pas tout à fait, j’ai entendu dire que… » « Bon, peut-être as-tu filtré tes propos dans le second tamis : celui de la bonté ? » « Malheureusement non, je dois avouer que cette nouvelle n’était pas en faveur de ton ami… Et quel est ton dernier filtre ? » « Celui de l’utilité… Ce que tu voulais me dire était-il nécessaire à savoir ? »
« Pas vraiment, non ! » « Eh bien, mon ami, je pense que nous pouvons donc nous arrêter là et que tu peux t’empresser d’oublier cette information inutile ! » Cette histoire, qui est restée célèbre pourra, je pense, aider à résoudre bien des difficultés. Très souvent, des heurts, des problèmes naissent suite à des impru- dences dans les conversations. Elles auraient donc pu être facilement évitées !
Pourtant, attention, être prudente dans ses paroles et surveiller ses propos, ce n’est pas ne rien dire, ou ne pas parler ! Quelqu’un qui ne parle pas peut être aussi imprudent que quelqu’un qui parle trop… Qu’est- ce donc que la prudence dans ses paroles ? Tu le sais, la prudence, c’est choisir les moyens adaptés en fonction d’un but. Et quel est le but ultime, ce vers quoi doivent tendre tous les actes de prudence ? L’Amour suprême, l’héroïsme de la charité, comme dirait le Père Calmel : « La prudence évangélique ne réside que dans celui qui s’engage à fond dans le don de soi à Dieu et à ses frères ; elle est la vertu qui découvre les meilleurs moyens au service de cette générosité sans limites et qui les met en œuvre avec jus- tesse et résolution1 ». C’est donc la prudence qui t’aidera à sentir s’il est meilleur de parler ou de se taire, de choisir les bonnes personnes à qui s’adresser, les circonstances favorables. C’est elle aussi qui t’aidera à avoir la force nécessaire pour parler quand d’autres se taisent par lâcheté. Ainsi, la prudence dans les conversations ne se mesure pas au nombre de paroles. Est prudente, celle qui saura user du silence ou des paroles en vue de la chari-
té. Et tu entrevois mainte- nant sans doute, chère Bertille, à quel point cela peut parfois demander de l’héroïsme…
Aussi, est-il nécessaire, pour acquérir cette belle vertu de prudence, d’aimer le silence.
Aime le silence car il donne l’intelligence. Ceux qui parlent à tort et à tra- vers sont souvent vides, dominés par les >>>
>>> impressions du moment, ils nous fatiguent. Le silence est nécessaire pour prendre du recul, découvrir ce à quoi nous n’avions pas prêté attention et c’est souvent la seule atti- tude sage face à ce qui nous dépasse : la profondeur d’une souffrance, l’éblouissement
d’une beauté qui se révèle soudain, les mystères qui nous heurtent… Seul le silence donne du poids et de la fécondité à nos paroles. Saint Jean de la Croix écrivait ceci : « Le Père n’a dit
qu’une parole : ce fut son Fils. Et dans un silence éternel, Il la dit toujours : l’âme doit écouter en si- lence. »
Car oui, il faut aimer le silence, aussi et surtout car il nous met en contact avec Dieu : regarde l’évan- gile : Jésus encourage souvent au silence (« prends garde, ne le dis à personne » (Matt, 8, 4) « Si tu veux prier, entre dans ta chambre (c’est-à-dire dans un endroit retiré), ferme ta porte (c’est-à-dire, ferme-toi aux bruits extérieurs) et prie ton Père qui est là dans le secret » (Matt. 6, 6)). Il ne parle pas à tous et gardera le silence face à ses délateurs lors de la Passion… Tout ce qui est grand commence dans le si- lence et souvent dans le silence de la nuit : la Nativité, la Résurrection.
Alors, ma chère Bertille, il ne me reste plus qu’à t’encourager à apprécier le silence : profite du prin- temps qui arrive pour admirer la nature qui se réveille, profite des vacances pour avoir des temps calmes et silencieux de lecture, de dessin, de couture… Oublie un peu tout ce qui t’entraîne dans un mouvement perpétuel pour descendre dans les profondeurs de ton âme, y goûter la paix de Dieu. Alors, tes échanges, tes conversations seront plus riches, plus nourrissantes, plus prudentes,
Avec toute mon affection,
Anne
1 P. Calmel, o.p., Sur nos routes d’exil, les Béatitudes, p. 75
Prendre conseil
Cher Charles,
« Soyez prudents ! », « On n’est jamais assez prudent ! », « Prudence sur la route ! » Tu me faisais part de ton étonnement sur ces expressions coutumières où la prudence apparaît de façon né- gative, spontanément associée à la retenue, à la peur du danger, voire à l’immobilisme. Essayons ensemble de voir ce qu’il en est.
Comprendre la prudence de cette manière revient à la réduire à une simple stratégie d’évitement du risque. Or, une telle conception est non seulement restrictive, mais aussi largement trompeuse. La pensée aristoté- licienne définit la prudence de manière tout autre. Elle est un acte de l’intelligence pratique, qui nous oriente vers le Bien en nous indiquant, de manière concrète, les moyens justes pour y parvenir. Saint Tho- mas la caractérise comme « l’art de bien vivre ». L’acte prudent se décompose en trois étapes successives : le conseil, le jugement et enfin l’exécution. Définie ainsi, la prudence ne se réduit pas à une attitude de pré- caution. Au contraire, elle permet de discerner avec justesse quand un risque doit être évité… et quand il mérite d’être assumé au service d’un bien plus grand. C’est une vertu importante car elle est la vertu des chefs et elle guide les autres vertus.
Arrêtons-nous un instant sur la première de ces étapes : le conseil. Elle mérite une attention particulière, car elle est le point de départ de toute décision vraiment prudente – et elle demande du temps. Il s’agit d’examiner les options possibles, de recueillir des avis, de peser les conséquences, bref, de prendre au sé- rieux la complexité du réel.
Cette étape est d’autant plus décisive pour nous qui sommes jeunes. Nous manquons parfois de recul et nous n’avons pas l’expérience du passé pour comparer et évaluer nos choix avec justesse, alors même que nous traversons une période charnière de notre existence : choix des études ou d’un métier, discernement d’une vocation ou alors choix d’un conjoint en vue du mariage. En plus de ce manque de recul inhérent à la jeunesse, notre époque est propice à la légèreté d’esprit et à l’esprit d’indépendance que nous pouvons facilement entretenir par la dispersion sur les réseaux sociaux où nous réagissons sous le coup de l’émo- tion. Petit à petit, cette fascination pour les écrans et la précipitation qui en découle risquent de perturber le conseil sans que nous nous en rendions compte.
Je te propose donc quelques pistes pour apprendre à travailler cette étape fondamentale du conseil :
- Tout d’abord, il est important de ne pas se précipiter et de laisser le temps au temps pour mûrir des choix, pour gravir les marches une à une sans brûler les étapes de la réflexion. La précipitation est souvent le pre- mier obstacle au conseil !
- Selon la nature de la situation, certaines personnes sont mieux placées pour offrir un avis pertinent : les parents, un confesseur, un professeur, une personne en particulier ayant un jugement sûr dans un domaine précis. Attention à ne pas se laisser influencer par des personnes imprudentes par nature et facilement por- tées à la critique. Leurs propos sont souvent séduisants mais trompeurs avec des conséquences parfois fâ- cheuses. La curiosité sur internet notamment par le visionnage fréquent de vidéos Youtube est un danger réel.
- Ensuite, il est nécessaire d’être docile aux conseils reçus, sans laisser les sentiments prendre le dessus sur la raison. La susceptibilité et l’amour-propre peuvent ici jouer de bien mauvais tours et conduire rapide- ment à l’imprudence.
- Enfin, développer la mémoire du passé, en particulier par l’étude de l’Histoire et donc les lectures, permet de tirer des leçons précieuses. L’Histoire est, comme on le dit souvent, « maîtresse de vie ». Nous appro- fondirons ce point la prochaine fois.
Amicalement,
Laurent
Vierge folle ou vierge sage ?
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eux-tu réussir plutôt ta vie naturelle ou ta vie surnaturelle ?
Veux-tu profiter de l’instant présent sans tarder, sans voir les conséquences proches ou loin- taines tant ici-bas, que pour l’éternité ?
Seras-tu vierge folle ou vierge sage ?
Vierge folle, tu te précipites sans réfléchir, suivant tes passions. Tu penses tout savoir, tout maîtriser, et en cela faire preuve de maturité, un peu comme le petit enfant qui veut tout faire seul. Ton but est ta personne dont tu satisfais d’abord les désirs sans tenir compte de leur bien-fondé ni des conséquences sur ton âme ou sur ton prochain.
Vierge folle…
Vierge sage, tu te poses, tu réfléchis avant d’agir, tu prévois l’ordre des choses avec prudence et recul. Tu as bien compris que la prudence n’est pas faiblesse ou pusillanimité mais « droite raison dans l’agir », comme nous le dit saint Thomas d’Aquin et a pour but le Royaume des Cieux. Tu fais tes choix en conséquence et veille à ta vie intérieure.
Vierge sage…
Vierge folle, ta devise serait « carpe diem » (profites du jour présent). Peu importe ce qui arrivera, tout s’arrangera, et puis Dieu est bon… C’est effectivement tellement confortable de le penser. Si tu es de bonne volonté, elle est sans consistance et si tu entreprends une action, tu ne la termines pas, distraite par la nouvelle idée, le dernier avis donné, ou le rappel à l’ordre de ta cabine téléphonique portative…
Vierge folle…
Vierge sage, tu connais l’importance de tes actes pour ton âme et pour les autres. Tu mesures tes pa- roles et répares le mal que tu as pu commettre, tu prépares ta route vers l’Eternité. Tu as fait tienne l’ex- périence des anciens et connaissant tes limites, tu n’hésites pas à leur demander conseil, notamment à tes parents, aux prêtres, ou aux plus compétents.
Une fois la décision prise, tu vas jusqu’au bout avec la grâce, malgré les difficultés car le but est sûr et
les moyens appropriés.
Vierge sage…
Vierge folle, tu cherches à vivre selon la mode, tu fais les choix qui fatiguent le moins, qui coûtent le moins, qui sont prudents aux yeux du monde. Tu penses ainsi être avisée, mais quel est ton objectif ? L’as-tu bien compris ?
Vierge folle…
Vierge sage, lorsque la décision est difficile, ton intelligence n’y suffisant pas, tu pries et places tout dans les mains du Seigneur avec humilité, à l’image de la Vierge Marie. Tu sais attendre calmement pour agir, avec confiance, la grâce d’être éclairée sans illusion, l’âme en paix.
Vierge sage, puisses-tu, sans orgueil, guider tes sœurs vers le Père.
Jeanne de Thuringe
Patiences
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remière est la patience de Dieu Lui-même. En considérant la constance avec laquelle Il songe toujours à notre bien, plus encore
que les ennemis de notre salut ne pensent à notre mal, nous pouvons en pressentir toute la précieuse qualité. C’est une patience sûre, vigilante et droite, qui ne se décourage jamais ni ne dévie, une pa- tience endurante, à l’image de celle qui anima l’es- pérance des anciens prophètes, puis qui conduisit Jésus-Christ de la crèche à la Croix. La patience de Dieu ne se perd
jamais dans l’inac- tion ou l’attente vaine : elle est agissante à travers la Provi-
dence, efficace à travers la Grâce. Cette véritable patience, celle qui consiste à suppor- ter tous les maux pour acquérir le Bien suprême pro- cède, dit saint Thomas d’Aquin,
« de l’amour sur- naturel ». C’est pourquoi nul ne peut l’acquérir, la véritable patience, sans le secours de la grâce sancti- fiante. « Quand l’ennemi travaille- ra à ravager le champ de mon
Pour qu’une graine croisse, il y faut certes du temps : pas une seconde de ce lent processus ne s’égare cependant dans de vains instants. Et s’il semble, de prime abord, que rien ne s’agite dans un paysage naturel, tout, pourtant, derrière cet ap- parent calme, demeure en incessant travail : comme le rappelle Héraclite, « on ne se baigne jamais dans le même fleuve ». La nature est un harmonieux modèle d’activités, dont la moindre possède sa signification au regard de tout l’en-
semble, modèle que louèrent les poètes de chaque époque, avec une semblable admira- tion. « Adopte le rythme de la na- ture, son secret est la patience », con- seille l’américain Emerson. Il y a là une sagesse dont la portée universelle n’est plus à démon- trer, dont les hommes modernes, malgré leurs idéo- logies moralisa- trices, font peu de cas. C’est qu’ils ne comprennent plus le propos du Doc- teur Angélique :
« Si la nature hu-
maine était intacte, l’inclination de la raison y prévau-
âme, Ô Dieu bon,
aidez-nous à suppor-
Martyre de saint Polycarpe
drait. Mais dans la
nature corrompue, ce
ter nos maux avec cet esprit de patience dont Jé- sus nous a donné de si grands exemples1 » : ainsi priait saint Antoine de Padoue.
Contemplons à présent la patience à l’œuvre dans le minutieux labeur de la Création. Car Dieu a voulu qu’elle nous soit comme un livre ouvert.
qui prévaut, c’est l’inclination de convoitise. Et c’est pourquoi l’homme est plus enclin à suppor- ter les maux là où la convoitise trouve son plaisir dès maintenant, que de supporter les maux en vue des biens futurs désirés selon la raison2. »
L’impatience caractérise ainsi l’esprit humain,>>>
>>> même celui le plus apparemment maître de lui-même. Si Bernanos a pu parler, en son temps, à propos du monde moderne, d’une conspiration contre la vie intérieure, que dirait-il aujourd’hui ? L’homme post moderne entraîné à la compétition avec les autres et confronté à des interactions so- ciales de plus en plus complexes, a soif de résul- tats immédiats dans toutes les prétendues perfor- mances de son développement personnel. Cela s’observe dans tous les domaines, qu’ils soient pu- blics ou privés ; l’impatience affecte toutes nos activités, partout, conditionne tous nos comporte- ments, la hardiesse de nos utopies politiques comme celle de nos désirs particuliers. Elle mo- tive aussi bien les spéculateurs des marchés qui incitent au >>> >>> crédit que les publicistes des médias qui poussent à la consommation, les poli- ticiens que les coachs de vie. La vitesse, l’immé- diateté, les réseaux sociaux, l’IA ne sont là que pour forger des armées d’impatients, bien discipli- nés…
Que peut un catholique face à cela ? Si la patience est une vertu, c’est d’abord parce qu’elle nous rapproche de l’esprit de Force. Or la force est un don du Saint-Esprit. Prions-nous assez ce der- nier ? « Agir et souffrir sont les deux objets du
Don de Force » note Mgr Gaume3
qui cite saint Paul comme
exemple : « Courons par la patience
dans la carrière qui nous est ouverte. » La
patience est bien, en effet, une médecine des pas- sions, qui vient à bout tout autant du caprice que du désespoir, tant elle aide à supporter tous les maux. L’exemple des martyrs, triomphants jusque dans la mort, en est la plus éclatante preuve.
Saint Polycarpe, le presbytre dont le martyr à Smyrne marqua l’Église primitive, exhortait ainsi les Philippiens dans la Lettre qu’il leur adressa.
« Soyons donc les imitateurs de la patience de Jé- sus-Christ et, si nous souffrons pour son nom, rendons-lui gloire. C’est ce modèle qu’il nous a présenté en Lui-même, et c’est cela que nous avons cru4. »
Guillaume Guindon
1 Litanies de la patience
2 Saint Thomas d’Aquin, Somme, III, Question 136
3 Traité du Saint Esprit, « Le don de force », p 606.
4 Polycarpe de Smyrne, « Aux Philippiens », IX, 1
16 avril :
Saint Benoît-Joseph Labre ( 1748 – 1783)
« Sainte Vierge, préservez-moi dans ce jour et tous ceux de ma vie de tout péché afin que je ne perde point l’Amour de mon Dieu que je veux aimer tous les jours et tous les mo- ments de vie. Je Vous rends grâce, Vierge Sainte, au nom de tous les fidèles, du grand Amour que Vous leur portez ; je Vous remercie encore pour tous les fidèles et les pé- cheurs, aidez-les, assistez-les, afin qu’ils retournent à leur aimable Dieu ; soyez le secours de tous dans cette journée et toujours. Amen. »
Le cœur léger
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l est appuyé contre la voiture, le moteur est encore chaud après la route pour venir à Fla- vigny. Il tire une taffe sur sa cigarette. Son
sac est à ses pieds. Pendant le trajet, les parents et leur garçon ont parlé de mille choses. Au milieu des souvenirs évoqués, ses parents lui ont glissé quelques derniers conseils. Des conseils… beau- coup lui en ont donné. Ses parents, l’abbé, ses meilleurs amis aussi. Peu à peu, sa décision a pris corps dans son esprit. Aujourd’hui, il rentre au séminaire. Il est serein. Il crache un long panache de fumée. Puis il éteint sa cigarette en l’écrasant, sa dernière, avant de la jeter sans regret. Des re- grets ? Il n’en a pas. Il sait ce qu’il fait. Il a tout laissé derrière lui. Sa vie est devant, au séminaire.
« Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis. »
Un homme est la somme de ses actes. Encore faut
-il agir ! Notre société moderne corrompt l’agir humain. Aujourd’hui, on ne sait que réagir et res- sentir. Les Français sont comme des feuilles mortes et des chiens crevés emportés par les eaux boueuses du fleuve. Tout n’est que masque et posture. Tout n’est que lâchetés déguisées en
« valeurs ». Quels hommes aujourd’hui savent
encore nager contre le courant du monde, libres dans la Charité, éclairés dans l’intelligence par la Foi et debout car affermis par l’Espérance ? Si peu… si rares… mais si éclairants pour les hommes perdus. Le jeune homme qui pousse la porte du séminaire, la jeune femme qui entre au couvent, les jeunes gens qui se passent l’alliance au doigt à 23 ou 25 ans, laissant derrière eux leurs égoïsmes, mettant l’amour de Dieu véritable au centre de leur vie, sont la lumière du monde et l’espoir de la Chrétienté. Mais pour en arriver là, tôt ou tard, ils auront acquis la vertu de prudence. Le monde ne sait plus ce qu’est la Prudence. Il la voit comme un manque de courage, alors qu’elle est le courage. Le conseil d’abord, le jugement ensuite, l’agir enfin. Le prudent est celui qui agit, mais qui agit en vue de sa fin : l’amour de Dieu.
C’est le jeune homme qui choisit une formation et
un métier car il correspond à ses aptitudes, car il ne sera pas un obstacle au salut de son âme, et car il permettra de lui offrir une rémunération suffi- sante pour faire vivre sa famille. L’homme impru- dent fondera ses choix sur son caprice, pour as- souvir ses passions, ne cherchant que lui-même dans ses décisions. Ou il restera incapable d’agir, repoussant sans cesse les échéances. >>>
>>> C’est la jeune femme qui décide de prendre le voile, parce qu’elle en a les capacités intellec- tuelles et psychologiques, parce qu’elle veut cor- respondre à l’amour de Dieu sur elle.
C’est le père de famille qui renonce à une muta- tion pour s’assurer que ses enfants soient dans une bonne école. Tant pis pour le parcours de carrière qui sera peut-être moins glorieux, ou tant pis pour l’aventure en outre-mer.
C’est le ménage qui accueille généreusement une nouvelle vie dans son foyer, quitte à tirer un peu le diable par la queue et renoncer à des vacances ou un confort légitime, car ils savent que Dieu prend soin de ses enfants, mieux qu’Il ne nourrit les oiseaux du ciel ou ne vêt les lys des champs. Au-delà des vies personnelles, les choix des hommes engagent la cité. La France est le fruit des décisions et de l’agir de nos pères. C’est parce que des hommes et des femmes, des clercs et des laïcs courageux se sont levés, que des écoles catholiques existent, que la messe de tou- jours est ce trésor continué et transmis malgré la turpitude de ce siècle, que des familles chré- tiennes accueillent de nombreux enfants, que de jeunes gens poussent encore les portes des sémi- naires. Dans notre époque qui se saoule de senti- ments dévoyés et de pulsions aussi violentes qu’instantanées, notre devoir de chrétiens est de préserver et d’affermir l’agir « bon », dans notre cœur comme dans celui de nos enfants. C’est le seul moyen pour que le courage ne meure pas
dans notre pays qui fut chrétien et qui le redeviendra un jour, si Dieu le veut, et s’Il trouve encore des cœurs courageux.
C’est le mois de mars. Le directeur a égrené les noms des jeunes séminaristes qui s’apprêtent à recevoir le sous-diaconat. Tous ont répondu
« adsum – présent ». Les ordinands sont dans le chœur maintenant. La dernière cigarette sur le parking de Flavigny est loin désormais. L’âme du jeune homme a grandi, nourrie de la grâce et de la vie du séminaire. Aujourd’hui, son cœur est prêt, rempli de charité. L’évêque termine son ad- monestation : « Proinde, dum tempus est, cogi- tate, et, si in sancto proposito perseverare placet, in nomine Domini huc accedite – donc, tandis qu’il est encore temps, songez-y, et, s’il vous plaît de persister dans votre saint propos, au nom de Dieu, avancez ici. »
Ce pas est sans retour, il engage toute une vie. Le jeune homme le fait sans regret, le cœur léger. Puis tous se prosternent. Les litanies des saints résonnent sous la voûte. Toute l’Eglise est tendue vers cet instant solennel qui continue une œuvre éternelle. Les litanies des saints s’achèvent, mais dans le cœur des jeunes gens, tout ne fait que commencer.
Louis d’Henriques
La Prudence au foyer
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our être heureux autant qu’on le peut ici- bas, il nous faut vivre selon l’ordre mo- ral : être vertueux et éviter les vices. On
appelle vertu une disposition habituelle et ferme à faire le bien. Elle permet non seulement d’ac- complir des actes bons, mais de donner aussi le meilleur de soi-même. De toutes ses forces natu- relles et spirituelles, une personne vertueuse tend vers le bien, elle le recherche et le choisit dans des actions concrètes.
Or, les vertus morales forment un édifice harmo- nieux ; si une seule s’effondre, tout l’ensemble est en danger. Si on n’est pas honnête, ou si on n’est pas sincère, ou courageux, la vie entière sera désorganisée, désordonnée. Dans la vie mo- rale, comme dans un édifice, il y a des piliers qui supportent l’ensemble ; ce sont les vertus cardi- nales. Dans l’édifice des vertus morales, quatre vertus supportent l’ensemble des bonnes disposi- tions : la Prudence, la Force, la Tempérance et la Justice.
La famille catholique est le premier lieu d’exer- cice des vertus ; elle doit être un foyer d’appren- tissage où la nature humaine de chacun de ses membres se forge, aidée de la grâce du baptême et des sacrements.
En nous enseignant les vertus cardinales, l’Église donne aux hommes les clés nécessaires à la maî- trise de leur tempérament, les encourageant à or- donner leurs passions, affinant leur intelligence et domptant leur volonté. Ces dispositions mises en œuvre augmentent en nos âmes le travail des ver- tus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité. Ici nous parlerons de la vertu de prudence, qui doit régir toute vertu, même les autres vertus car- dinales.
La prudence, vertu de l’intelligence
La prudence est la juste appréciation de ce qu’il faut faire en un cas déterminé. Elle est une vertu intellectuelle qui concerne en effet des opérations qui sont commandées par l’intelligence. Nous pouvons distinguer trois étapes dans l’exécution d’un acte : la délibération, le choix ou jugement, l’ordre ou intimation.
Prenons l’exemple d’une mère de famille dont
l’état de son enfant gravement malade exige une présence constante. Nous sommes dimanche et elle est seule avec son petit : devra-t-elle le quit- ter pour aller à la messe ?
La délibération fait apparaître un conflit du de- voir entre sa présence obligatoire auprès de son enfant et l’assistance à la messe. La mère mesure alors que l’ordre de la charité lui fait une obliga- tion de ne pas quitter son enfant, il y va de sa vie. Cette obligation passe avant le devoir dominical. Après avoir porté ce jugement, la mère fait le choix de rester près de l’enfant en renonçant à l’assistance à la messe. Elle s’ordonne alors à elle-même et exécute ce qui a été décidé.
Ce que l’on appelle prudence est donc une sa- gesse pratique par laquelle la raison discerne ce qu’il faut faire pour bien agir dans la conduite de la vie courante.
La prudence morale repose sur l’obéissance aux principes et lois qui sont conformes à la raison, comme le code de la route ; de même les martyrs ne courent pas au-devant du péril, c’est par raison qu’ils refusent de renoncer à l’essentiel.
La vertu d’humilité est mobilisée dans la pru- dence, l’être humain étant sociable par nature, on est prudent dans un monde fait de semblables, ce qui oblige à considérer tout autre comme son prochain : ne pas vouloir dominer, savoir écouter, ne pas être « mouton de Panurge » (influencé par les médias), ni un personnage vaniteux (« je sais, je sais ! » « je me suis imposé aux autres », etc.). Être attentif à son prochain, c’est quelquefois cé- der, même si on est « dans son droit », à condi- tion que ce soit pour un bien supérieur.
Vices opposés à la prudence
- La précipitation, ou témérité qui s’oppose au bon conseil par défaut de réflexion. L’action devance la réflexion et empêche la plupart du temps de prendre l’option la meilleure. Par exemple, un jeune enfant tombe en courant, sans trop se faire mal… Le sang de sa mère ne fait qu’un tour, et la voilà accourant pour relever son petit qui, sachant que sa mère vient toujours le >>>
>>> ramasser, pleure abondamment ne fai- sant aucun effort pour se relever. Le bien supérieur de l’enfant est ici l’occasion de lui apprendre à se relever, et de l’encourager à surmonter cette « épreuve », lui disant en souriant calmement : « Ce n’est pas grave, tu ne t’es pas fait mal ; allez, debout ! Bra- vo, tu es courageux ! » Le calme de sa ma- man l’apaise aussitôt, on frotte à deux les petites mains et le genou un peu écorché… en réalité on prépare l’homme de de- main qui aura bien d’autres épreuves à sur- monter dans sa vie !
- L’incons-
tance qui consiste à délaisser, au moment du choix, le vrai bien envisagé
dans le con- seil et le jugement
préalables. La raison a su débattre, conclure, et elle ne sait
pas commander ou résister à une volonté mauvaise ou à une passion. Si on a, par exemple, privé de dessert un enfant qui a menti, et qu’en voyant sa désolation le mo- ment venu, on cède en lui recommandant de promettre de ne plus faire de mensonge. On peut dire que, par faiblesse, pour seulement le revoir sourire, on a œuvré contre le bien de cet enfant qui n’aura aucun remord à mentir de nouveau !
- La négligence qui provient d’une inertie vo- lontaire. Les bonnes intentions vagues et générales ne suffisent pas pour rendre quel- qu’un vertueux. Les bonnes intentions doi- vent être servies par une loyale prudence. Sauf cas de force majeure, si, parce qu’il est trop tard ou qu’on est fatigué et mal organi- sé, on se permet de ne pas faire dire la prière aux enfants, mais qu’on n’omet pas de leur
faire se brosser les dents, on inverse les valeurs. L’enfant sait
bien que c’est mal de man-
quer à ce devoir quotidien dû au
Bon Dieu. On peut toujours raccourcir la prière ou même, pour les petits, la limiter à un signe de croix « beaucoup plus beau que d’habitude », mais on n’occultera jamais to- talement ce moment rituel qui pourrait en- traîner des relâchements spirituels au mo- ment de l’adolescence, et peut-être même avant ! Il faut du courage et laisser la priori- té à ce qui prime.
La liste pour- rait bien sûr être plus longue, rete- nons que nous péchons contre la pru- dence par défaut ou par excès : étour- derie, légère- té (langage), confiance
aveugle, amour déré-
glé, haute opinion de soi-même, astuce-tromperie- fraude, inquiétude exagérée, etc.
Lorsque l’esprit doit faire appel à la prudence, il trouve en la force le pouvoir d’écarter les obs- tacles, la volonté d’obéir à la raison pratique. Se- lon le choix à faire, ou l’épreuve à traverser, la Force éclaire la prudence, et soit l’âme résiste, soit elle livre un combat pour atteindre le meilleur but. Il n’est guère de plus grande satisfaction que d’avoir bien rempli sa journée, ou de voir croître des vrais hommes, de vraies femmes en ses en- fants. L’exercice de la vertu dans l’accomplisse- ment du devoir d’état s’accompagne toujours de contentement, malgré les misères inévitables de cette vie, c’est ainsi que nous pourrons restaurer patiemment la cité et l’Église.
Sophie de Lédinghen
Stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis :
quelles leçons en tirer pour la France ?
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a « stratégie de sécurité nationale des États
-Unis d’Amérique » signée par le prési- dent Donald Trump et publiée en no-
vembre 2025 est un exercice auquel se livre pério- diquement le gouvernement américain. Ce docu- ment marque une rupture avec la doxa qui préva- lait depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. Il se situe dans la lignée du discours du vice- président J.D. Vance à Munich le 14 février 2025 et de celui du président Trump à l’ONU le 23 sep- tembre 2025,
tout en allant plus loin sur le fond.
L’objectif gé- néral de la stratégie amé- ricaine semble demeurer le même : les Etats-Unis doi- vent rester « le pays le plus
fort, le plus riche, le plus puissant et le plus pros- père du monde » mais le document regrette que, depuis la fin de la guerre froide, les élites améri- caines se soient convaincues « que la domination permanente des Etats-Unis sur le monde entier était de l’intérêt supérieur de notre pays. Pour- tant, les affaires des autres pays ne nous concer- nent que si leurs activités menacent directement nos intérêts ». Les États-Unis n’ont pas toutefois cessé d’être impérialistes depuis le second avène- ment de Donald Trump en janvier 2025 et celui-ci n’est pas devenu « isolationniste ». Cela dit, il veut limiter les interventions militaires améri- caines au minimum. Il rejette la théorie des néo- conservateurs qui voulaient voir les États-Unis imposer par les armes leur modèle démocratique dans tous les pays du monde. En suivant un tel raisonnement, Bill Clinton n’aurait pas bombardé
la Serbie, George Bush junior n’aurait pas détruit l’Irak et Barack Obama n’aurait pas aidé Nicolas Sarkozy à anéantir la Libye. En outre, au-delà du principe, cette politique de domination perma- nente a un coût gigantesque que l’Amérique n’a plus les moyens de financer. La menace principale qui pèse sur les Etats-Unis se trouve en Asie où il faut gagner la compétition économique et prévenir les affrontements militaires avec la Chine en réé- quilibrant la relation et, pour cela, renforcer la dis-
suasion mili- taire en s’ap- puyant sur le Japon, l’Aus- tralie et surtout l’Inde, pivot de ce « Quad », alliance à quatre censée tenir la Chine en respect.
La stratégie de sécurité natio-
nale dit expressément que les États-Unis respec- tent les traditions et le système politique de chaque pays, ainsi que la souveraineté des nations. La suite va à rebours de ce que font les dirigeants européens : « L’unité politique fondamentale du monde est et restera l’Etat-nation. » Le mondia- lisme est enterré, tout le monde l’a compris, sauf les dirigeants français et européens. Le document dresse à juste titre un tableau sombre des nations européennes, dont la France, qui sont en pleine décadence et menacées de disparaître, ce qui rap- pelle les mots de Paul Valéry : « Nous autres civi- lisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles. » C’est encore plus vrai des nations et c’est l’enjeu fondamental. Pour que la France demeure, il est impératif qu’elle retrouve sa grandeur. Le mot d’ordre de Donald Trump :
« Rendez sa grandeur à l’Amérique (make >>>
>>> America great again) » est exportable dans
les autres pays.
Le document souligne que les pays européens re- présentaient 25% du PIB mondial en 1990 à com- parer aux 14% d’aujourd’hui. Mais il y a pire :
« Ce déclin économique n’est rien au regard de la perspective bien réelle et encore plus sombre d’un effacement civilisationnel. Les sujets les plus graves auxquels l’Europe doit faire face sont : les entreprises de l’Union européenne et d’autres en- tités transnationales qui sapent la liberté poli- tique et la souveraineté, les politiques migratoires qui sont en voie de transformer le continent et sont la source de conflits, la censure de la liberté d’expression et la disqualification de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité, la perte des identités nationales et de l’estime de soi. »
Cette stratégie nationale de sécurité aborde aussi des sujets de politique intérieure, en évoquant no- tamment l’éradication des mesures de diversité, équité et inclusion qui instituaient une discrimina- tion illégitime au détriment des personnes plus talentueuses et plus méritantes. Le document ma- nifeste la volonté de refaire des États-Unis une
« méritocratie » pour que seule soit prise en compte la valeur des individus. Il appelle à la ré- industrialisation des États-Unis, tout comme nous devrions faire de la réindustrialisation en France
et en Europe une ardente obligation. Il rejette à bon droit le libre-échange érigé en
valeur suprême. Le document dé-
nonce les théories du GIEC et l’origine
anthropique du changement climatique : « Nous rejetons les idéologies désastreuses du “changement climatique” et du “zéro émission nette” qui ont tant nui à l’Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires. » L’adversaire en question est bien sûr la Chine, qui inonde le monde entier de ses panneaux photovol- taïques avec les encouragements béats des écolo- gistes et de leurs affidés. L’immigration est l’un des sujets principaux traités dans le document. Y est rappelée cette évidence trop souvent oubliée qu’une nation souveraine est libre de décider qui peut entrer, séjourner et s’installer sur son terri- toire.
La politique que préconisent le président Donald Trump et l’administration américaine dans ce do- cument peut être pour nous une source d’inspira- tion. Il nous faut donc « un renouveau spirituel » et « cultiver la résistance ». Une phrase attire l’at- tention : « L’influence croissante des partis pa- triotiques européens est source d’un grand opti- misme. » Nous voudrions le croire. A vue hu- maine, rien n’est moins sûr.
Thierry de la Rollandière
28 avril :
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673 – 1716)
« Ô Père tout-puissant, ô Dieu plein de bonté, envoyez-nous des Cieux la divine Sagesse, donnez-nous-La, don- nez, la charité nous presse. Exaucez, exaucez les soupirs de notre pauvreté. Douce Vierge Marie, exaucez Vos enfants, obtenez-nous de Dieu la di- vine Sagesse, priez pour nous, priez, la charité nous presse. Laissez-Vous attendrir à nos besoins pressants. Ainsi soit-il. »
Des choix fondamentaux
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ous pouvons avoir une fierté légitime de notre prudence terrestre dans la conduite de notre car- rière professionnelle ou celle de nos affaires familiales, bien que, la vie passant, les évènements inattendus ou les circonstances imprévues viennent souvent perturber ce que nous avions prévu
ou anticipé.
En effet, il semble que rien ne doive se passer comme nous l’avions planifié, et que la Providence soit fa- cétieuse et contrarie souvent nos beaux projets matériels. Cela remet en place notre petit orgueil qui a ten- dance à tout régenter !
Et pourtant, il est une prudence à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, et qui est facilitée par les inspi- rations du Saint-Esprit : c’est le choix que nous faisons des conditions dans lesquelles nous nous plaçons, nous et notre famille, pour que tout converge vers l’acquisition des vertus et la possibilité d’atteindre le bonheur éternel à la fin de nos jours. Les choix fondamentaux se font très jeune : dès la prime jeunesse, le choix de vie, de bons camarades, d’études ayant un sens, marque la prudence du jeune adulte. Viendront également la réponse à sa vocation, ou le choix d’un conjoint, selon ces mêmes principes de prudence sur- naturelle, puis celui des conditions dans lesquelles cette famille s’établira, près d’une paroisse et d’une école en harmonie avec la ligne de conduite
des parents.
Certes, ces choix ne sont souvent pas faciles, mais ils sont primordiaux pour atteindre le but final. Si le royaume des Cieux souffre vio- lence, combien est-il facilité par ce faisceau de décisions qui permettent de tenir le cap tout au long de la vie ! Le Saint-Esprit et Notre-Dame, Vierge très prudente, sont des conseils émi- nemment puissants en ces circonstances.
Quelle chance nous avons, nous catholiques, de pouvoir en bénéficier et de les savoir nos soutiens infaillibles !
Ma bibliothèque
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ous trouverez ici des titres que nous conseillons sans aucune réserve (avec les remarques nécessaires si besoin) pour chaque âge de la famille.
En effet, ne perdons pas de vue combien la lecture d’un bon livre est un aliment complet ! Elle augmente la puissance de notre cerveau, déve- loppe la créativité, participe à notre développement personnel, nous dis- trait, nous détend et enfin elle enrichit notre vocabulaire.
Dès l’enfance, habituons nos enfants à aimer les livres ! Mais, quel que soit l’âge, le choix est délicat tant l’on trouve des genres variés… N’ou- blions jamais qu’un mauvais livre peut faire autant de mal qu’un mau- vais ami !
ATTENTION : Quand nous conseillons un titre, cela ne signifie pas que tous les ouvrages du même auteur sont recommandables.
EVE LAVALLIERE – Une Marie-Madeleine des temps modernes – H. Lannier – 2025
Belle biographie de cette comédienne de variété, talentueuse et admirée, célèbre auprès du « Tout Paris » au début du XXe siècle. En juin 1917, au faîte de sa carrière, frappée par la grâce, elle se convertit profon- dément, abandonne tout et passera le reste de sa vie proche du Bon Dieu en supportant saintement l’oubli, la solitude et de multiples épreuves. Une belle preuve de la Toute-Puissance divine ! En deuxième partie, on trouvera une sélection de lettres et de prières qui permettront de découvrir ses conseils pour progresser dans la voie de l’amour de Dieu.
LES CORPS INTERMEDIAIRES – Michel Creuzet – DPF – 2025
Ouvrage magistral publié en 1964 par l’un des cadres éminents de la Cité Catholique, ce livre d’étude heu- reusement réédité est plus pertinent que jamais alors que la faillite de l’Etat semble consommée, que notre société se disloque et que notre civilisation s’éteint. Solide et accessible, ce livre conviendra particulière- ment à tous ceux qui souhaitent contribuer au redressement du corps social en vue du règne de Notre- Seigneur sur les nations et sur les âmes.
FABLES de La Fontaine – ill. par Ph Mignon – Nathan – 2025
A l’occasion des 330 ans de la mort de Jean de La Fontaine, Philippe Mignon a choisi d’illustrer cet album en incorporant les animaux cités dans des paysages signés par de grands peintres : Dürer, Chardin, Brueghel… Vous découvrirez ici les 15 fables les plus célèbres dont l’illustration originale marquera pour longtemps l’imagination des lecteurs.
COLORIAGE BALADES EN FORET – Miss Fauvine – Marabout – 2025
Ces 22 planches à colorier, (imprimées sur du papier épais convenant autant à l’aquarelle qu’à la gouache, aux feutres ou aux crayons de couleur) réjouiront les enfants. Le modèle de la page de gauche leur donnera les indications de couleur. Ces scènes champêtres sont un bon support pour former les goûts et les cou- leurs !
Acte de charité
« Bien vivre n’est rien d’autre qu’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son
esprit, » et comment aimer Dieu si nous ne le connaissons pas ? Aimer Dieu ! Vaste programme ! Et l’aimerons-nous jamais assez ?
La maman pourra lire ou simplement s’inspirer de ces pensées pour entretenir un dialogue avec ses en- fants ; elle l’adaptera à l’âge de chacun mais y trouvera l’inspiration nécessaire pour rendre la pré- sence de Dieu réelle dans le quotidien matériel et froid qui nous entoure. Elle apprendra ainsi à ses en- fants, petit à petit, à méditer ; point n’est besoin pour cela de développer tous les points de ce texte si un seul nourrit l’âme de l’enfant lors de ce moment privilégié. Ainsi, quand les difficultés surgiront, que les épreuves inévitables surviendront, chacun aura acquis l’habitude de retrouver au fond de son cœur Ce- lui qui ne déçoit jamais !
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on Dieu je vous aime de tout mon cœur, et par-dessus toutes choses, parce que vous êtes infi- niment bon, infiniment aimable, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous.
Composition de lieu
« Jésus dit à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : oui, Sei- gneur, vous savez que je vous aime. » (Jean, XXI, 15). Après sa résurrection, Notre-Seigneur pose trois fois de suite cette question à saint Pierre, qui l’avait trahi quelques jours auparavant.
Corps de la méditation
A moi aussi Jésus pose cette question, et à chaque fois je veux répondre avec la même spontanéité que saint Pierre : « Vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime ! » et surtout lorsque je viens de le trahir par le péché, Notre-Seigneur attend que je lui redise, avec mon repentir, tout mon amour.
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme et ton prochain comme toi-même. » Tel est le premier de tous les commandements. Mon Dieu, je Vous aime de tout mon pauvre cœur faible et misérable, et par-dessus toute créature : mes parents, ma famille et mes amis, mais aussi par-dessus cette part de gâteau dont j’ai tellement envie, ou cette collection de playmobils dont je rêve ; et surtout je Vous aime par-dessus moi- même, moi et ma petite volonté propre. Est-il possible de ne pas aimer par-dessus tout ce qu’il y a de meilleur et de plus aimable ? Non seule- ment Vous êtes le meilleur des pères pour moi, mais surtout aucune créature ne peut Vous éga- ler ! Même la très sainte Vierge Marie, celle qui m’a pris pour son enfant au pied de la croix, ne peut Vous être comparée ! Si je ne Vous aime pas plus que tout, c’est que je ne Vous connais >>>
>>> pas, ou mal. Celui qui n’a jamais goûté le chocolat ne peut l’aimer, c’est évident.
Alors il faut que je Vous connaisse toujours plus pour vous aimer toujours mieux.
Vous aimer plus que tout peut sembler facile à côté du commandement qui suit : tu aimeras
ton prochain comme toi-même. Cela peut devenir vraiment douloureux, comment aimer autant
ce camarade de classe qui ricane à chaque fois que je bafouille dans la récitation de ma poésie ? Ou ma cousine qui joue si bien du violon qu’elle en devient agaçante ? Et surtout ceux qui nous persécutent ? Qu’est-ce donc qu’aimer ?
Aimer, c’est vouloir le bien pour l’autre, c’est-à dire le Ciel ! Se réjouir de ce qui l’en rapproche et s’attris- ter de ce qui l’en éloigne. J’aimerai mon prochain comme moi-même en me rappelant que nous avons tous étés faits à l’image de Dieu, et je dois respecter cette image, surtout quand la Sainte Trinité a fait sa de- meure dans le cœur de mon prochain par le saint baptême. Alors, par amour pour l’Hôte sacré des âmes qui m’entourent, je vais m’appliquer à les aimer chrétiennement.
Colloque
Sur la Croix, mon Jésus, Vous m’avez montré ce que veut dire ce mot : aimer. Et Vous êtes mort par amour pour moi ! Alors, mon âme, réponds généreusement à tant d’amour ! Sainte Vierge Marie, ma tendre mère, apprenez-moi à aimer comme vous, en regardant mon prochain avec les yeux de la charité et de la miséricorde. Mon saint Ange, ami fidèle, aidez-moi à rechercher sans cesse le bon plaisir de Celui que j’aime.
Germaine Thionville
Toujours disponibles : deux ouvrages sont publiés par « Foyers Ardents »
– Le Petit catéchisme de l’éducation à la pureté du R.P. Joseph :
5 € le livre.
+ frais de port : 2,32 € (1 exemplaire) ; 4,64 € (2 ou 3 exemplaires) ; 6,96 €
(4 à 6 exemplaires) ; 9,28 € (7 à 9 exemplaires) ; offerts à partir de 10
exemplaires. Librairies, procures : nous consulter.
– Le Rosaire des Mamans : 6 € le livre.
+ frais de port : 4,64 € (1 ou 2 exemplaires) ; 6,96 € (3 ou 4 exemplaires) ; 9,28 € (5 à 9 exemplaires) ; offerts à partir de 10 exem- plaires. Librairies, procures : nous consulter.
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Vices et vertus
Un combat qui se joue aussi dans l’art
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u Ve siècle, le poète chrétien Prudence écrivit la Psychomachie, poème épique en vers latin rédigé dans un style rappelant celui de l’Enéide de Virgile. Il relate le combat de l’âme qui, sous la plume de Prudence, prend la forme d’une lutte opposant de manière allégorique les vices aux ver-
tus. Héritier d’une thématique populaire dans l’Antiquité, la Psychomachie fut l’un des poèmes les plus appréciés de la littérature médiévale.
Les vertus dans l’Antiquité
Dès l’Antiquité, différents auteurs théorisent les vices et les vertus. L’Apologue de Prodicos évoque Her- cule, amené à choisir entre le chemin du vice, celui de la facilité, et celui de la vertu, ardu et semé d’em- buches. De son côté, Aristote définit la vertu comme un juste milieu entre deux excès, les vices étant des déviations de ce juste milieu. C’est à lui que l’on doit la définition des quatre vertus cardinales : Prudence, Justice, Force et Tempérance.
Etymologiquement la vertu, virtus, dérive de vir, l’homme, ce qui en fait en apparence une qualité exclusivement virile. Pourtant, dans les arts comme dans la litté- rature, les vertus sont presque toujours repré- sentées sous les traits d’une femme. Aux yeux des Romains, elles in- carnent l’ordre et la dis- cipline exigée du citoyen
romain, par contraste avec la mollesse prétendue des « barbares ». Certaines sont divinisées telle la Con- corde, fille de Jupiter et de Thémis, ou la Piété. Elles figurent notamment sur les monnaies impériales.
Dès les premiers siècles, les auteurs chré- tiens comme Tertullien ou Grégoire le Grand reprennent la classification d’Aris- tote et christianisent les vertus et les vices. D’autres comme Prudence déve- loppent la thématique sous forme litté- raire.
La psychomachie
La Psychomachie est largement connue et répandue dès les premiers siècles, mais il faut attendre le XIe siècle pour que les manuscrits enluminés du texte se multi- plient. L’iconographie du combat des vices et des vertus apparaît alors >>>
>>> également dans le décor mo- numental des églises. Comme auparavant, chaque vertu est per- sonnifiée et dotée d’attributs, telle la Patience, casquée et ar- mée, affrontant la colère aux che- veux hirsutes qui se blesse avec sa propre arme.
La plupart du temps, c’est le combat lui-même qui est mis en image : de manière très militaire un vice à terre est piétiné par une vertu dont la représentation est parée de toutes les marques du guerrier triomphant : heaume,
bouclier, étendard, etc… Répété autant de fois qu’il y a de vices et de vertus, ce type de combat militaire apparaît parfois dans les intrados des fenêtres ou sur le tympan des portails. Apotropaïques, les vertus re- poussent les vices en dehors de l’édifice.
Conclusion
La Psychomachie demeure populaire et largement répandue jusqu’à la fin du Moyen-Âge. Puis elle dispa- raît progressivement au profit du simple triomphe de la vertu sur le vice. Couronnées de laurier, les vertus chassent les vices comme sur le tableau d’Andrea Mantegna (XVIe siècle) où Minerve chasse les vices du jardin de la vertu.
Une médiéviste
Actualités culturelles
· Hisardere (Turquie)
L’archéologie ne cessera jamais de nous émerveiller ! C’est en Turquie, près de la ville d’Iznik, qu’a eu lieu cette fois une découverte majeure. Berceau du christianisme, Iznik était autrefois appelée Nicée, lieu du concile du même nom ; c’est donc ici qu’a été proclamé le Credo il y a 1 700 ans. Dans le proche vil- lage d’Hisardere, les archéologues ont mis au jour une tombe paléochrétienne datant probablement du IIIe siècle après J.-C. Erigé à une période où les chrétiens étaient encore persécutés par les Romains, ce caveau funéraire est enseveli sous terre. Les fouilles y ont dévoilé une splendide fresque représentant le Christ en Bon Pasteur, dans un état de conservation exceptionnel. Jeune et imberbe, Jésus y est vêtu d’une toge ro- maine, portant une brebis sur ses épaules ; des très rares exemples de Christ en Bon Pasteur en Anatolie, celui-ci est le mieux préservé et l’un des seuls où l’on voit Jésus avec des attributs romains.
· Le Caire (Egypte)
Depuis le 23 décembre dernier, le Grand Musée Egyptien du Caire mène une restauration d’envergure sous les yeux-mêmes du public ! Inauguré le 1er no- vembre 2025, le tout récent musée a en effet accueilli la fameuse barque solaire de Khéops, qui constitue « le plus grand et le plus ancien artefact en bois de l’histoire de l’humanité » ; longue de 43,5 mètres et large de 6 mètres, le vestige de 20 tonnes est composé de 1250 pièces de bois (acacia et cèdre). Découverte (en pièces détachées) en 1954 dans l’une des cinq fosses formant le complexe funéraire de Khéops, l’embarcation était destinée au transport de l’âme du Pharaon dans l’au-delà. Elle a donc été construite sous le règne-même de Khéops, il y a environ 4 600 ans. Aujourd’hui, sa restaura- tion a lieu au sein du musée, sous les yeux des visiteurs, dans un bâtiment de 4 000 m2 construit à cet effet ; elle devrait s’achever dans quatre ans.
· Montluçon (France, Allier)
C’est dès le XIe siècle que l’on peut observer un pre- mier espace de fortifications, à l’emplacement actuel du château des ducs de Bourbon (Montluçon). Quelques modifications ont lieu jusqu’en 1375, date à laquelle Louis II de Bourbon et ses frères amorcent la construction d’un château-fort qui s’achèvera en 1410. De nombreuses transformations ont ensuite lieu du XVe au XIXe siècle, jusqu’à lui donner son aspect actuel. Logement privé, tribunal, caserne mili- taire, salle de spectacle et même café, le château con- naît de nombreux changements d’affectation jusqu’à
devenir un musée particulièrement éclectique en 1959. Celui-ci ferma définitivement en 2013, laissant le monument désaffecté, à l’exception de quelques expositions temporaires au rez-de-chaussée (les étages servant de réserves pour les collections municipales). Après de nombreuses réflexions et 18 mois de tra- vaux, le bâtiment a enfin trouvé sa nouvelle affectation : depuis le 11 novembre dernier, vous pouvez ef- fectivement y découvrir un tout nouveau musée dédié à l’histoire locale. Une approche particulièrement intéressante qui redonnera sans aucun doute un nouvel essor à la ville.
· Paris (France)
Alors que plusieurs capitales européennes comme Londres, Berlin ou Stockholm possèdent un musée des transports, la capitale de la France, elle, ne présente rien de similaire. Mais c’est une affaire résolue puisque la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP) a récemment annoncé l’ouverture d’un >>>
>>> musée des transports urbains parisiens en 2032. Ce lieu de mémoire unique s’installera dans les ateliers de maintenance de Championnet, dans le XVIIIe arrondissement ; dévolu aux transports urbains depuis le XIXe siècle et appartenant aujourd’hui à la RATP, ce site est emblématique puisqu’il a été le té- moin de l’évolution des modes de transports, depuis les omnibus à chevaux et les métros en bois jusqu’aux moyens de locomotion actuels. Une centaine de véhicules anciens, ferrés ou routiers, y seront exposés (dont une reconstitution de la première rame en bois de la ligne 1 du métro), ainsi que 5 000 objets et élé- ments de signalétique, maquettes, mobiliers, outils, uniformes, etc. On peut ajouter à cela quelques-unes des 260 000 photos, 9 000 vidéos et 1 300 affiches que possèdent les archives de la RATP. Aux collections permanentes seront associées des expositions temporaires qui ajouteront à la richesse de l’ensemble. Ren- dez-vous donc dans 6 ans pour découvrir cet espace mythique retraçant plus de 100 ans d’histoire pari- sienne.
PLUS RAPIDE, PLUS EFFICACE …
Les 1001 astuces qui facilitent la vie quotidienne !
Une rubrique qui tente de vous aider dans vos aléas domestiques.
Les lourds sacs de patates
Tout est dans l’image à observer de près…
Pour porter un sac de pommes de terre de 10, 15 ou 20 kg, la prise est difficile… Non ! Très facile avec ce truc. A travers la maille du filet,
saisissez à une distance d’un avant-bras, dans chacun de vos poings une pomme de terre. Ainsi, votre prise sera assurée grâce à ces pseudo poignées. Le seul inconvénient sera peut-être des mains saupoudrées de terre… Alors, mettez des gants ! Et vous ne porterez plus jamais de la même façon cette charge !
Je le redis : que les championnes de l’organisation n’hésitent pas à partager leurs trésors d’organisation en écrivant au journal. Partageons nos talents…
Antiparasitaires naturels
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près avoir présenté quelques thérapies conventionnelles fabriquées par l’indus- trie, comme le Flubendazole
(Fluvermal), l’Albendazole (Zentel) ou le Pyran- tel (Combantrin) pour le traitement des infections parasitaires, traitements efficaces mais qui ne sont pas dépourvus d’effets secondaires, il faut main- tenant parler des anti-parasitaires naturels que sont les plantes.
Cependant il ne faut pas non plus s’imaginer que ces anti-parasitaires naturels
sont tout à fait anodins et dépourvus d’effets toxiques. Ce sont des plantes, certes, mais il faut également être attentif aux effets secon- daires et toxiques de ces plantes.
Ces remèdes naturels sont utilisés depuis des siècles. Parmi les plantes couram- ment citées on trouve l’anis, le noyer noir, le clou de gi- rofle, la menthe frisée, l’ail, la gentiane, l’extrait de pé- pins de pamplemousse, le lapacho, le neem, la feuille d’olivier, l’origan, la propo- lis, la graine de courge, le lierre odorant, la tanaisie, le terminalia arjuna, le thym, la sève de vermillon et l’ab- sinthe.
Aujourd’hui nous porterons nos regards sur l’origan.
L’origan est une plante aromatique utilisée depuis des siècles en Egypte et en Inde, cette plante y est même considérée comme sacrée. A l’époque des Grecs et des Romains, cette plante était très ap- préciée et utilisée comme symbole de bonheur et d’amour en étant offerte aux jeunes mariés. Son nom, origanum, signifie « joie des mon- tagnes » (étymologie grecque : « oros-montagne »
et « ganos-joie ») car elle embellissait les pentes et les coteaux arides.
L’origan, aussi appelé origanum vulgare, appar- tient à la famille des Lamiacées. Elle est aussi appelée marjolaine sauvage et possède une forte odeur de thym très reconnaissable. C’est une plante aromatique très utilisée pour parfumer les aliments, notamment les pizzas, les pâtes, les sa- lades, les poissons, les viandes et diverses sauces,
en ajoutant une légère touche piquante et aromatique aux plats. L’origan est très appré- cié notamment dans la cui- sine italienne et méditerra- néenne, devenant une herbe pratiquement incontournable sur les pizzas. C’est égale- ment une plante embléma- tique de la cuisine grecque où on le retrouve dans des plats comme le tzatziki ou la salade crétoise. De plus il se marie très bien avec le thym et le basilic.
D’un point de vue médicinal, l’origan possède de nom- breuses vertus grâce à ses propriétés antioxydantes, antimicrobiennes, anti- inflammatoires et anticancé- reuses.
Propriétés thérapeutiques :
– Antibiotique : l’origan est un antibiotique naturel très puissant : il devient un allié de choix contre la grippe et autres maladies hivernales. Il a aussi une action anti-virale. Il est avant tout connu pour ses propriétés antimicro- biennes : il agit comme un antibiotique naturel contre un large spectre de bactéries, virus et champignons. Cette efficacité est due à deux composants majeurs de son huile essentielle : le carvacrol et le thymol. >>>
>>> – Antiparasitaire : il permet de lutter contre les problèmes intestinaux tels que les parasites intestinaux et les gastro-entérites.
– Anti-inflammatoire : il contient une multitude de flavonoïdes qui sont de puissants antioxydants. Ceux-ci protègent des radicaux libres. Ils sont également anti-inflammatoires. Certains de ces flavonoïdes régulent le métabolisme des glucides, sont antalgiques et anti-allergiques. Selon une étude de Food Chemistry (2017), cette herbe aro- matique possède une activité antioxydante supé- rieure à celle de nombreuses autres (romarin, thym, basilic), grâce à sa richesse en flavonoïdes, polyphénols, acides phénoliques. L’inflammation chronique, souvent silencieuse, est aujourd’hui reconnue comme un facteur-clé dans le développement de nombreuses patholo- gies : maladies cardiovasculaires, troubles méta- boliques, affections neuro-dégénératives…
L’huile essentielle stimulerait la production de
sucs digestifs pour faciliter la digestion des ali- ments. Ses propriétés carminatives aident à ré- duire la formation de gaz intestinaux, soulageant les ballonnements inconfortables. Enfin, son ac- tion légèrement spasmolytique contribuerait à dé-
tendre les muscles digestifs, apaisant les crampes
et les spasmes.
Effets secondaires : l’huile essentielle d’origan est très puissante et présente une causticité éle- vée ! Elle est réservée aux adultes et adolescents et pour des occasions exceptionnelles ; elle s’uti- lise sur des temps très courts. Cette huile ne peut être utilisée par les femmes enceintes. La prise d’huile essentielle d’origan par voie orale est ré- servée à la prescription médicale et toute per- sonne asthmatique ou épileptique doit demander un avis médical avant d’utiliser cette huile essen- tielle.
Son action anti-microbienne peut aussi affecter l’équilibre de votre flore intestinale. Cette flore joue un rôle important dans la digestion, l’immu- nité et même le bien-être psychologique. Pour cette raison, on vous invite à utiliser, en parallèle, des probiotiques.
Dr Rémy
Mes plus belles pages
Mes plus belles pages… Pour les mamans
Ballade à Marie
Mère de Dieu, divine ménagère
Qui besognez aux célestes parvis,
Reine angélique et pauvre sur la terre, Tout occupée à frotter le logis,
A cuisiner, à tirer l’eau du puits, Apprenez-nous cet art du sacrifice Car nous serions disposées au dépit
S’il nous fallait n’attendre que justice ! Lasse ce soir de besognes vulgaires, Le cœur serré d’absurdes chamaillis,
Je viens à vous pour vous dire, ô ma Mère, Donnez courage aux femmes d’aujourd’hui ! Vous qui, trente ans, travaillâtes sans bruit En attendant de vider le calice,
Épargnez-nous d’être âprement surpris S’il nous fallait n’attendre que justice ! Cancan, laideur, sottise m’exaspère,
Je ne suis pas bien indulgente ni
Douce pour ceux qui ne me plaisent guère, Je souris peu à qui me contredit.
Reine de paix qui voyez mes délits, Dame de qui dépend tout bénéfice, Je le sais trop, mon lot serait réduit S’il fallait n’attendre que justice !
Reine, à ma mort, m’accordez votre appui
Quand s’ouvrira l’infernal précipice !
Quels sombres lieux recevraient notre esprit S’il nous fallait n’attendre que justice !
Henriette Charasson (1884-1972)
RECETTES
Notre citation pour mars et avril :
Le chœur de Foyers Ardents
« … Mais, entre ces accords, à mon gré le plus doux, C’est l’air vague et plaintif, la sourde cantilène
Que les matelots grecs, hôtes fréquents chez nous, Chantent sur leur navire, assis vers la poulaine.
Sans varier d’un son, d’où viens-tu, chant si vieux, Héritage flottant qu’un siècle à l’autre envoie ? Est-il vrai, matelots, que, parmi vos aïeux,
On le chantait aux jours de la guerre de Troie ?… Joseph Autran « Chanson du soir » Les poèmes de la Mer, 1859
Le « Media voce sumus » est sans doute d’origine byzantine, très ancienne. Cette antienne apparaît dans les textes du XIe siècle. Il est rapporté dans la vie de saint Thomas d’Aquin que ce dernier pleura un soir, lors de l’office des complies de Carême en l’entendant.
Saint Thomas d’Aquin ne souhaitant d’autre récompense que le Seigneur, a trouvé cette demande ma-
gnifiquement concrétisée dans le texte de cette antienne.
“Media vita in morte sumus”
Media vita in morte sumus ; quem quærimus adjutorem, nisi te, Domine ?
qui pro peccatis nostris juste irasceris.
Sancte Deus, Sancte fortis, Sancte misericors Salvator, amare morti ne tradas nos.
In te speravimus, patres nostris Speraverunt et liberasti eos.
Sancte Deus, Sancte fortis, Sancte misericors Salvator, amare morti ne tradas nos.
En cette vie nous cheminons à moitié dans la mort
Que cherchons-nous comme aide
Si ce n’est Vous, Seigneur ?
Vous qui Vous irritez justement pour nos péchés.
Dieu Saint, saint et fort
Saint miséricordieux Sauveur
Ne nous livrez pas à l’amère mort.
Nos pères ont placé leur espoir en Vous Ils ont espéré et Vous les avez libérés.
Dieu Saint, saint et fort
Saint miséricordieux Sauveur
Ne nous livrez pas à l’amère mort.
Media vita in morte sumus • Chœur de l’abbaye de Saint-Wandrille de Fontenelle
BEL CANTO
La chanson d’ici
Ici quand on s’arrête
On fait son nid comme un oiseau On laisse fuir le temps et l’eau
Et les nuages sur sa tête Ici, quand on s’arrête
Refrain :
C’est ici mon pays
Mon peu de terre, mon peu de ciel Ici que pousse mon soleil
Et que ma vie passe trop vite Avec ses fleurs et ses limites C’est ici mon pays
Ici quand mon cœur aime
Il faut que tout aime avec lui Que le jour chante avec la nuit
Que la joie vienne après la peine Ici, quand mon cœur aime (Refrain)
Ici quand le temps passe
On voit fleurir d’autres vingt ans Qui nous ramènent au bon temps De ceux qui chantent à notre place
Ici, quand le temps passe (Refrain ) C’est ici mes vieux amis
Chansons d’ici – Album par L’Accroche-Choeur, ensemble vocal Fribourg | Spotify
La prudence
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SOMMAIRE |
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Editorial |
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3 |
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Le mot de l’aumônier |
Pas plus de cinq ! |
4 |
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La page des pères de famille |
Prudent pour agir avec succès ! |
6 |
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Soutien scolaire |
La numération française et ses bases |
7 |
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Pour nos chers grands-parents |
La Prudence |
8 |
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Discuter en famille |
L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite) |
10 |
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Se former pour rayonner |
La prudence 2.0 |
13 |
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Un peu de douceur |
Parler moins, mais parler bien |
15 |
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Oui, je le veux |
Mariages improvisés… Mariages préparés… |
16 |
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Le coin des jeunes |
– La prudence et le silence |
18 |
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|
– Prendre conseil |
20 |
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|
– Vierge folle ou vierge sage ? |
21 |
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De fil en aiguille |
Un petit manque de laine ? |
19 |
|
La Cité catholique |
Patiences |
22 |
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Haut les cœurs |
Le cœur léger |
24 |
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Pour les petits comme pour les grands |
La prudence au foyer |
26 |
|
Actualités juridiques et littéraires |
Stratégie de sécurité nationale aux Etats-Unis |
28 |
|
Fiers d’être catholiques ! |
Des choix fondamentaux |
30 |
|
Ma bibliothèque |
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31 |
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Connaître et aimer Dieu |
Acte de charité |
32 |
|
Histoire de l’art |
Vices et vertus : un combat qui se joue aussi dans l’art |
34 |
|
Actualités culturelles |
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36 |
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Trucs et astuces |
Les lourds sacs de patates |
37 |
|
La page médicale |
Antiparasitaires naturels |
38 |
|
Mes plus belles pages |
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39 |
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Recettes |
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41 |
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Le Chœur des FA |
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42 |
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Bel canto |
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Contact : contact@foyers-ardents.org Directeur de Publication: Marie du Tertre
Imprimeries Malinoises
S.A.
Publication bimestrielle.
Date de parution: 1er mars 2026 N°CPPAP : 0927 G 93636
Chers amis,
Editorial
La période des vœux nous a souvent donné l’occasion d’écouter les inquiétudes, les regrets de chacun… On sent une pesanteur tomber sur nos épaules à chaque nouvelle rencontre… Mais ces sentiments doivent-ils emplir l’âme du catholique ? N’est-elle pas emplie de l’espérance depuis le jour de la Résurrection ? Faut-il se laisser envahir par la morosité ambiante, voire le désespoir qui nous entoure ?
Posons-nous les bonnes questions : quelles sont les raisons qui devraient occuper toute notre attention ? Faut-il s’attacher à écouter les
« nouvelles » trois fois par jour pour être sûr de n’en manquer aucune ? Au-delà du fait que même les analystes les plus fiables, n’ayant pas d’envoyé spécial dans toutes les régions du monde, sont eux- mêmes dépendants de ce que l’on veut bien leur dire, reconnaissons que nous sommes bien impuissants sur la marche des évènements. Maîtrisons donc notre curiosité, dominons nos appréhensions et apprenons à prendre du recul en adoptant un plan d’action à notre portée. Quel sera- t-il ? Sous l’inspiration du Saint-Esprit, nous demanderons à la Prudence, reine de toutes les vertus, de guider nos pas sur le chemin que Dieu a ouvert devant nous.
Cette prudence déjà vantée par Platon et Aristote, est la vertu cardinale qui doit diriger les trois autres : justice, force et tempérance.
Vous découvrirez dans ce numéro de nombreux articles donnant des exemples concrets afin de faire fructifier cette qualité et de nous aider à perfectionner les puissances de notre âme.
Cette vertu est tout autre que le « principe de précaution » dont nous avons tant entendu parler… Ce n’est pas non plus une qualité réservée aux personnes d’un certain âge, inquiètes de tout et toujours prêtes à brider les velléités des plus jeunes ; non, la prudence n’est pas le contraire de l’insouciance ; vous comprendrez, à la lecture de ces lignes, la place qu’elle doit prendre pour conduire nos vies. Elle nous aide à mener nos actions avec cohérence, en mettant en adéquation nos convictions avec notre vie quotidienne. Elle nous rappelle que chacun de nos actes entraîne ses conséquences, et ce, même parfois sur plusieurs générations. Que vous soyez premier, centième ou millième maillon d’une chaîne dans la passation de la foi, comme dans les valeurs de la famille, si vous lisez ces lignes, vous comprendrez le rôle que Dieu et la société chrétienne attendent de vous. Point de place pour la médiocrité, le compromis ou les concessions ! Et même si « les vertus s’acquièrent à la pointe de l’épée1 », l’âme qui aime véritablement et qui vit de sa foi, verra la main de Notre-Seigneur la conduire dans le dédale de la vie.
Que Notre-Dame des Foyers Ardents prie le Saint- Esprit de nous envoyer ses dons afin que nous acquerrions les vertus qui nous feront ensemble monter vers le ciel.
Bien amicalement,
Marie du Tertre
1 Père Passerat
Le mot de l’aumônier
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Pas plus de cinq !
omme en toute tragédie classique, il y aura cinq actes et pas un de plus. Le sujet de cette pièce est la conspiration de cinq
femmes animées de la même haine mortelle contre une sixième. Elles dissimulent leurs sentiments derrière une volonté de la servir mais elles ne s’approchent en réalité d’elle que pour lui porter un coup de poignard. Les quatre premières l’ont très grièvement blessée mais elle a survécu. Nous voici parvenus au cinquième acte qui n’est pas encore achevé. Notons cependant que la dernière des mégères est plus déchaînée encore que les quatre premières tandis que jamais leur commune ennemie n’a été si faible. Mais écoutons le récit de leur victime et entendons sa supplique.
« La première de ces femmes naquit le 21 septembre 1792. Elle fit rouler la tête de mon roi le 21 janvier 1793 en m’assurant que commençait pour moi dans son sang une ère de prospérité, de liberté et de gloire. Elle détestait plus encore mon Dieu que mon roi au point qu’elle prétendit ouvrir des temps nouveaux en substituant au calendrier fondé sur la naissance du Fils de Dieu celui de sa propre naissance. Elle n’avait pas encore un an qu’elle mit « à l’ordre du jour » le régime de la Terreur. Elle semblait se repaître de ce bain de sang, de mes enfants, prêtres, aristocrates et gens du peuple. En l’an XII, elle me remit dans les mains d’un Général dont elle me dit qu’il allait panser mes plaies et me couvrir de gloire.
« La deuxième d’entre elles ne vécut pas cinq ans. Elle vit le jour le 25 février 1848 et fut le fruit de la révolution qui renversa le monarque de juillet. Au climat euphorique en ses débuts et à la plantation des arbres de la liberté succéda le coup d’état du 2 décembre 1851 par le neveu de ce général qui devait me donner de la gloire mais me couvrit de honte tandis que mon nom était haï dans toute l’Europe. La deuxième des femmes ne mit donc guère de temps, après le bain de sang des journées de juin 1848, à me placer dans le giron dictatorial du Prince-Président.
« La troisième est la doyenne des cinq. Elle
commença sa
carrière le 4
septembre 1870 et ne l’acheva qu’au
10 juillet 1940. Elle vécut donc presque sept
décades pour me martyriser. Il n’est en effet d’autre mot pour décrire ce troisième acte républicain qui dévoila au mieux sa volonté d’exterminer en mon sein tout ce qui m’était le plus cher : ma foi, mes familles françaises, mes enfants. Je fus livrée à la dictature des loges et je vis mes prêtres, religieuses et religieux honteusement expulsés de mes frontières. Cette furie me saigna à blanc pendant la guerre de 1914- 1918 et, après avoir allumé par son traité de Versailles toutes les rancœurs de l’Allemagne, elle décréta un pacifisme suicidaire. M’ayant précipité dans le gouffre, elle finit par se suicider elle-même et ma seule consolation fut qu’elle n’eût d’autre ressource que de me laisser au prestige du Vainqueur de Verdun. O divine surprise !
« On se dispute encore sur la date de naissance de la quatrième. Quoiqu’il en soit, on brûla la gloire et on condamna à la prison perpétuelle ce Maréchal qui avait mis fin à la dictature des loges et, pire, dans la situation désespérée où l’on m’avait réduite, avait cherché à me soigner. Mais elle aussi voulait du sang et ce furent les cent mille victimes de l’Epuration. Elle donna ensuite au monde la meilleure démonstration qu’on pût souhaiter de la force républicaine par la succession des dix-huit gouvernements qui se succédèrent de 1947 à 1958. Elle aussi finit par me livrer aux mains d’un militaire …
« La cinquième de ces dames est apparue le 8 janvier 1959. Elle a donc 67 ans au moment où j’écris ces lignes. La question est de savoir si elle va détrôner la troisième comme doyenne d’âge. Elle a été la digne héritière des quatre >>>
>>> précédentes et s’est distinguée par un nouveau bain de sang, pire que tous les autres puisqu’il s’est agi de l’assassinat légalisé et constitutionnalisé de mes enfants dans le sein maternel. A 67 ans, cette Athalie concocte maintenant celui des personnes âgées. Quant à moi qui suis à l’agonie, je réclame pour elle seule l’euthanasie. Je demande sa mort et, si mes enfants ne veulent pas que je meure aussi, je les conjure qu’il n’y en ait pas de sixième et je veux cette fois-ci choisir les mains de celui à qui je serai livrée.
Mes enfants, écoutez-moi. Je suis votre mère, la France. Me connaissez-vous encore ? M’aimez- vous encore ? Pourquoi me laissez-vous encore dans les rets de ces sorcières ? Priez. Mais priez Notre-Dame pour que j’en sois délivrée et soyez prêts à souffrir et à batailler si vous ne voulez pas que je meure. Pas de sixième, je vous en conjure !
R.P. Joseph
N° 1 à 7 : Thèmes variés (épuisés) N° 8 : La Patrie (épuisé)
N° 9 : Fatima et le communisme (épuisé)
N° 10 : Des vacances catholiques
pour nos enfants
N° 11 : Pour que le Christ règne ! N° 12 : Savoir donner
N° 13 : Savoir recevoir
N° 14 : Notre amour pour l’Eglise N° 15 : Mission spéciale (épuisé) N° 16 : D’hier à aujourd’hui
N° 17 : Mendiants de Dieu
N° 18 : L’économie familiale
(presque épuisé)
N° 19 : La souffrance (épuisé) N° 20 : La cohérence
N° 21 : La noblesse d’âme N° 22 : La solitude
N° 23 : La vertu de force N° 24 : Le chef de famille N° 25 : Le pardon (épuisé) N° 26 : La prière
N° 27 : Liberté et addictions
(épuisé)
N° 28 : Les foyers dans l’épreuve N° 29 : La joie chrétienne
N° 30 : Notre-Dame et la femme N° 31 : L’âge de la retraite
N° 32 : Apprendre à grandir (presque épuisé)
N° 33 : Répondre au plan divin
N° 34 : Les fiançailles N° 35 : L’école
N° 36 : L’éveil au beau
N° 37 : Confiance – Abandon
N° 38 : L’esprit d’apostolat
N° 39 : Ecologie et respect de la création
N° 40 : Homme et femme, deux êtres complémentaires
N° 41 : Saint Michel, un grand protecteur pour la France (presque épuisé)
N° 42 : L’esprit de famille
N° 43 : Faire fructifier les talents N° 44 : La communion des saints N° 45 : L’amitié
N° 46 : la maternité
N° 47 : La paix intérieure (presque épuisé)
N° 48 : Le Cœur Immaculé de Marie triomphera
N° 49 : Le devoir d’état
N° 50 : Saint Joseph, apprenez- nous
N° 51 : Osons l’enthousiasme
N° 52 : Rome éternelle
N° 53 : Tu honoreras ton père et ta mère
N° 54 : Héroïsme et sainteté (épuisé)
N° 55 : Bienheureux les doux
Prudent pour agir avec succès !
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ans un couloir, Charles coince son chef débordé : « Je suis mécontent de mon salaire, je voudrais une augmentation !
J’ai besoin d’argent pour payer les écoles de mes enfants et ma maison. Sinon, je serai obligé d’al- ler voir ailleurs… »
Même si son objectif est légitime, l’égocentrisme et l’impulsivité de Charles vont nuire au résultat visé, et peut-être à sa réputation.
Pour réussir, il aurait mieux fait de prendre un rendez-vous au calme pour parler de son avenir. Il aurait dû le préparer en réfléchissant aux ambi- tions de sa société, aux objectifs de son patron et à leurs critères de valorisation des salariés. Il aurait pu exprimer son envie de contribuer davantage, de progresser au service de l’entreprise, en comp- tant sur une juste évolution salariale associée. Il a manqué de la vertu de prudence !
La prudence n’a pas pour seul but de nous faire éviter les dangers mais positivement de « nous indiquer les moyens sûrs et légitimes de parvenir à une fin louable1 ». Elle détermine l’usage que nous devons faire de notre esprit en chacune des démarches ou des entreprises de notre vie, pour que nous ne regrettions rien ensuite. Même en cas d’échec, nous saurons que nous avions fait tout ce qui était raisonnablement possible. Quel réconfort pour notre conscience !
La prudence va être utile pour chacune de nos dé- cisions : les grandes – choix de vie ou de métier, écoles, déménagement, gestion d’un projet, inves- tissement – comme les quotidiennes – réaction à la bêtise d’un enfant ou d’un subordonné, difficultés avec une autorité, réaction à un imprévu. Com- ment prendre les bonnes décisions au bon mo- ment ?
Les conditions de succès peuvent se résumer en 3 mots-clés : anticipation, cohérence, focalisation. Donc, éviter improvisation, incohérence, disper- sion.
Les bons managers listent les mêmes bonnes pra- tiques que celles écrites par saint Jean-Baptiste de la Salle pour une prise de décision réussie2, prê- tons-y attention !
Anticipation
Faire appel à ses connaissances et son intelli- gence, ou effectuer des recherches pour bien com- prendre le sujet et le contexte de la décision à prendre. S’ancrer dans le réel : les données fac- tuelles de la situation comme les tempéraments des personnes concernées comptent. Préparer la décision en se rappelant les principes ou règles à suivre (morales, psychologiques ou profession- nelles). Prendre le temps de formuler le but à at- teindre, les moyens d’y arriver, les raisons de faire tel choix et discerner les alternatives, avec leurs avantages et inconvénients. Comment minimiser et rendre acceptables les effets secondaires ? Con- sulter des personnes sûres si besoin.
Savoir jouer avec le temps : faut-il laisser mûrir le sujet, procéder par étapes, tester, ou trancher sans délai ?
Ces pratiques prennent du temps. Il est donc évi- dent que, pour savoir gérer les situations du quoti- dien en temps réel (colère d’un enfant, erreur pro- fessionnelle…), il faut avoir réfléchi et travaillé à l’avance sur les principes et les méthodes d’édu- cation ou de gestion des hommes. Cela se fait se- lon les phases de notre vie, en ménage et avec des personnes expérimentées et de confiance, ainsi qu’en tirant les leçons de nos propres expériences.
Cohérence
Les moyens doivent être cohérents entre eux et avec les principes. Il faut être habile dans le choix des moyens – les actes, les paroles et les attitudes qui se soutiennent renforcent la décision – et du temps de l’action : quand et comment parler à son épouse ? A un adolescent d’un sujet délicat ?
Par ailleurs, chacun sait qu’un alignement entre conjoints est essentiel dans l’éducation des en- fants, de même qu’une coopération ouverte entre la famille et l’école. Bien sûr, l’unité ne fait pas tout : encore faut-il éviter les erreurs de raisonne- ment, souvent dues à un manque de formation, un manque d’anticipation ou un trop plein d’émo- tions. >>>
>>> Focalisation
Une fois la décision prise, il faut être fort et persé- vérer. Observer les effets pour traiter les éventuels effets de bord, ajuster ou introduire des étapes, sans toutefois perdre de vue l’objectif et la straté- gie choisie ! Il faut parfois du temps, surtout dans l’éducation, la conduite des hommes ou de la na- ture. Si notre décision a été prise de la bonne ma- nière, nous pouvons comp-
ter sur la Providence et de- vons lui faire confiance sans nous inquiéter chaque jour.
Émotions et tempéra- ments
Deux écueils opposés sont fréquents. Écoutez votre entourage pour savoir celui qui vous guette ! Cela peut d’ailleurs dépendre des su- jets ou des moments.
Impulsif, vous réagissez trop vite. A peine le sujet est-il identifié qu’il faut lancer des actions ou des répliques catégoriques !
Forcez-vous à vous poser et
analyser ce qui vous pousse : l’activisme ? la peur ? de quoi ? de voir quelqu’un souf-
analyse et les alternatives, les plus et les moins, puis à consul- ter une personne de confiance.
Timoré ou retardataire, vous traînez
pour décider, vous retardez votre implication. Ne pas décider, c’est décider de ne rien faire… Est-ce votre vrai choix ? Forcez-vous donc à anticiper les sujets que vous devrez traiter tôt ou tard et à
vous fixer une date « au plus tard » pour les traiter donc pour commencer à y travailler ; et planifiez du temps. Envisagez des étapes dans la mise en œuvre de la décision pour pouvoir ajuster ou contrô- ler. Si vous avez peur, faites comme indiqué plus haut et posez-vous la question « et pourquoi pas ? »
Dans les deux cas, prenez l’habitude de vous corriger sur des petites décisions : respirez, réfléchissez, déci- dez avec les règles de la prudence, agissez et faites confiance !
Hervé Lepère
frir (empathie) ? du jugement des autres ? de rater
quelque chose ? de l’incertitude ? d’être mal à l’aise tant que le sujet n’est pas clos ? Est-ce si grave ? Forcez-vous à formuler voire écrire votre
1 Les douze vertus d’un bon maître – Saint J.-B. de la Salle et frère Agathon. Manuel pratique de 90 pages.
2 Idem
La Prudence
« Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. »
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uand on parle de prudence, on imagine aisément qu’il s’agit d’un usage raison- nable des moyens pour arriver à la fin
que l’on se donne. On peut la placer entre la témérité – dans laquelle l’emploi des moyens est sans proportion avec le but – et la timidité – dans laquelle la peur de perdre les moyens fait oublier le but.
Il nous a semblé inté- ressant d’articuler notre propos en dissociant la prudence purement hu- maine et la prudence chrétienne, constatant leurs différences et leur complémentarité.
La prudence
« purement » hu- maine
Elle peut être bonne ! Elle peut être une vertu naturelle si la fin pour- suivie est honnête. Il est en effet légitime d’agir avec discerne- ment dans tout ce qui concerne nos affaires temporelles. Tel grand
patron agira avec prudence s’il fait des choix favorables au bon fonctionnement et à la renta- bilité de l’affaire dont il a la charge.
Elle est nécessaire ! Dans toutes nos actions, nous devons réfléchir aux conséquences immé- diates et futures de nos actions. Evidemment on doit être vigilant pour traverser une rue. Evi- demment, on doit chercher un emploi corres- pondant à nos goûts et capacités et permettant de subvenir aux besoins de ceux dont nous avons la charge.
Le bon sens nous conduit naturellement à une prudence instinctive. Notre intelligence, notre tempérament nous conduiront à opter pour des solutions plus ou moins audacieuses mais il est indispensable à tous de prendre le temps néces- saire pour réfléchir avant d’agir.
Cette vertu naturelle est partagée par tous en fonction de leurs talents respectifs. Il existe – heureusement – de très bon patrons athées.
Dieu nous a donné une intelligence naturelle
nous permettant de nous comporter face aux nécessités de la vie, utilisons-la.
La prudence chré-
tienne
C’est une vertu infuse que nous recevons dès le baptême qui se diffé- rencie de la prudence purement humaine par deux points essentiels.
Premièrement, elle est un don de Dieu. Le bé- bé qui reçoit le bap- tême part dans la vie avec une supériorité infinie. Dieu, dans ce sacrement lui donne la
vertu de prudence qui lui permettra – s’il est fidèle – de discerner ce qui est bien dans l’ordre surnaturel.
Deuxièmement, et cela est immédiatement su- bordonné au premier point, c’est le but ! « A quoi sert de gagner le monde si l’on vient à perdre son âme ? » Et cela a de nombreuses conséquences.
Dans la sagesse du monde, seuls les objectifs terrestres comptent. >>>
>>> Tel homme, particulièrement compétent, naturellement altruiste, gouvernera ses affaires avec efficacité et humanité tout en vivant dans le péché. Il sera estimé de tous, permettra à beaucoup de vivre heureusement… mais
« perdra son âme ». Là n’est évidemment pas la prudence chrétienne.
En outre, et ça n’est pas le moindre des sujets, la sagesse de Dieu n’est pas celle des hommes. La Croix – folie pour les gentils – n’entre pas dans le raisonnement de l’incroyant. Dans cer- tains cas, la véritable fin surnaturelle est le seul facteur qui doit guider notre décision. Souvent, un choix est sans conséquences immédiates. Beaucoup de familles de la génération précé- dente ont sombré suite à de mauvaises options apparemment anodines dans l’immédiat. Les choix d’avoir la télévision – pour regarder les infos – de garder telles fréquentations – par charité – d’avoir une maison de vacances à tel endroit – pour être près de la plage… ont eu des effets destructeurs peu prévisibles. Les déci- sions opposées auraient peut-être paru folies aux yeux des hommes. Elles auraient parfois été salutaires ! La sagesse chrétienne est à long terme…
Pour nous grands–parents, peut–être à la re- traite, en quoi notre prudence consistera-t-elle ?
Sans doute à remettre le clo- cher au milieu du village !
Après une vie active, nous bé-
néficions d’une certaine sagesse ac-
quise avec l’âge, parfois de plus de temps libre. Alors profitons-en !
Sachons que nous ne pouvons pas agir sur tout. Nous sommes grands-parents, nos enfants sont mariés et ont acquis une liberté sur laquelle nous n’avons pas forcément beaucoup de prise. Alors, confions-les à la Providence, laissons-les piloter leurs maisons comme ils l’entendent. Ils feront des choses qui ne nous conviendront pas, des erreurs, c’est probable. Gardons le lien, tant qu’il n’y a pas d’orientations clairement mau- vaises, apprenons à parfois être aveugles… Si nous sommes inquiets, prions le Ciel, méditons les Ecritures, n’intervenons qu’en cas de néces- sité impérative ! Pour certains tempéraments, cela sera parfois héroïque, mais si nous voulons garder une influence sur les options impor- tantes, c’est certainement le prix à payer.
Prions sainte Anne de nous donner la force de pratiquer cette prudence, cette patience, que nous demande notre Père du Ciel.
Des grands-parents
4 mars : Saint Casimir (1458 – 1488) – Modèle pour la jeunesse
O Marie, l’honneur et la gloire de toutes les femmes, vous que Dieu a élevée au-dessus de toutes les créatures ;
O Vierge miséricordieuse, exaucez les vœux de ceux qui ne cessent de vous louer ;
Salut, ô Vierge sainte, vous par qui les portes du ciel ont été ouvertes à des misérables, vous que les ruses de l’ancien serpent n’ont jamais séduite ;
Demandez pour moi que je jouisse d’une paix éter- nelle, et que je n’aie pas le malheur d’être en proie aux flammes de l’étang de feu ;
Demandez que je sois chaste et modeste, doux, bon, sobre, pieux, prudent, droit et ennemi du mensonge ; Obtenez-moi la mansuétude et l’amour de la con- corde et de la pureté ; rendez-moi ferme et constant dans la voie du bien.
L’Evangile : LE guide pratique de
la communication réelle (suite2)
A la suite des précédents articles publiés sur ce thème1, nous étudions maintenant le 3e geste :
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Donner de son temps !
ans la continuité des précédentes recom- mandations, s’il est une résolution essen- tielle à mettre en avant dans les relations
humaines, c’est bien celle du temps que l’on dé- cide – ou non – d’offrir à notre prochain, à celui qui sollicite de l’attention, aux personnes qui souf- frent de cette solitude si caractéristique de nos jours. Notre-Seigneur mesure intimement la souf- france réelle de voir ses amis refuser de venir à lui parce qu’ils n’ont pas de temps à lui consacrer en prétextant toutes les bonnes raisons d’être avares de ce temps si précieux : la fatigue, les occupa- tions multiples, les divertissements en tout genre. Qui n’a pas eu un jour à se confronter au mur de cette formule lapidaire et définitive : « Je regrette, je n’ai pas le temps » ? Et nous-mêmes, sommes- nous souvent disponibles, attentifs, disposés à écouter, sans regarder la montre ? Que chacun s’examine sur ce paramètre essentiel de la relation humaine : donner de son temps, même si cela nous coûte.
L’exemple de Notre-Seigneur
Quand Jésus demeure depuis trois jours avec la foule qui le presse de questions, Il ne compte pas son temps et s’inquiète même de nourrir son peuple3. Combien de fois, dans sa vie publique, se montrera-t-il totalement disponible ? Souvenons- nous de la visite de Nicodème en pleine nuit déjà évoquée plus haut4. Aucune réserve de sa part, même pas un petit reproche sur l’heure tardive. Bien au contraire, il lui manifeste de la considéra- tion et s’efforce de lui répondre avec autant de bienveillance que possible. Jésus n’en a jamais privé personne. Parfois, cela irrite les apôtres et Jésus les reprend : « Laissez venir à moi les petits enfants5. » La disponibilité est une des plus belles qualités relationnelles qui soit.
Malheureusement, Notre-Seigneur n’a pas été tou- jours payé de retour. Loin s’en faut. Au moment
de son agonie, ses apôtres qui l’accompagnent, Pierre, Jacques et Jean, n’auront pas la même dis- ponibilité pour notre Sauveur, malgré ses sup- pliques insistantes : « Veillez avec moi6.» Pour- tant, il ne s’agissait que d’une heure, une petite heure pour partager avec leur Maître sa sanglante agonie. Ses apôtres préférés sombrent dans le sommeil et le laissent seul, en butte à de terribles angoisses. Des nuits et des jours offerts aux foules, à tous et à chacun d’entre eux, et pas même une heure d’attention de ses plus proches
« amis » pour l’accompagner, le soutenir, le con- soler, et compatir.
Ce que cela signifie pour nous
Combien de fois ne sommes-nous pas avares de notre temps à l’endroit de nos proches : épouse, époux, enfants, frères, sœurs, amis ? Et, peut-être plus encore, quand nous sommes invités à veiller au moins une heure devant le Saint-Sacrement ! Souvenons-nous de l’adoration du Jeudi Saint où nous sommes invités nous aussi à « veiller et prier » ; serons-nous plus généreux cette année ?
Nous serions bien ingrats de reprocher quoi que ce soit aux apôtres, nous qui comptons, chrono à la main, le temps passé avec nos amis ou nos col- lègues, sans parler de l’inconnu qui mendie un regard. Nous sommes trop souvent inattentifs, in- disponibles pour ces âmes isolées : les personnes âgées, les malades, les pauvres, mais aussi les per- sonnes seules et les jeunes livrés à eux-mêmes, à leur énorme solitude et donc à leur portable ! Pour eux, pas ou peu de temps d’écoute, jamais un sourire affectueux, encore moins une présence patiente et attentive.
Si Dieu a fait l’homme à son image en lui confiant l’usage si précieux de la liberté, que l’homme prenne garde à ne pas se laisser envahir par trop d’activités réalisées dans l’urgence, au détriment de l’important.
La technologie digitale entretient l’idée fausse que l’homme peut désormais tout faire sans contrainte de temps, ni d’espace : un clic, et des milliers de messages parviennent à l’autre bout de la >>>
>>> terre en moins d’une seconde. C’est une illu- sion. Notre nature a véritablement besoin de ré- flexion pour bien agir et parvenir ainsi aux joies éternelles, en entraînant avec elle les âmes que Dieu a placées sur son chemin.
En pratique, que faire ?
Pour éviter cette mécanique du « temps-qui- manque-toujours » et après lequel on court, il n’est guère besoin d’outils sophistiqués de gestion du temps. Il vaut mieux hiérarchiser ses priorités avec discernement en prenant garde de ne pas se laisser envahir par l’accessoire !
Pour cela un vrai tra- vail est nécessaire sur les trois puis- sances supérieures de l’homme énoncées par saint Ignace : la mémoire, l’intelli- gence et la volonté. Ainsi nous parvien- drons à organiser au mieux notre emploi du temps avec sa- gesse, en hiérarchi- sant nos priorités, c’est-à-dire en antici- pant, en éliminant et en sélectionnant.
Alors, comment con-
cilier le progrès tech- nologique et une saine utilisation de son temps, dans les relations humaines ? Pratiquons habituel- lement une règle de discernement préco- nisée par saint Ignace : « Pas plus que, autant que… ». Avec, pour critère principal, ce com-
mandement phare de toutes relations humaines telles que pratiquées par Jésus « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés7.» Ne nous laissons plus éblouir par les tyrannies de l’instan- tané et de la vitesse, nos contemporains ont besoin qu’on leur offre de notre temps. Rien dans la rela-
tion vraiment humaine ne peut
être traité dans la précipitation !
Abordons aussi cette fâcheuse
dérive de la mauvaise gestion du
temps dans les relations humaines : la procrastina- tion, cette tendance à toujours repousser au lende- main nos résolutions en faveur d’autrui. Cessons de dire : « plus tard, plus tard » pour entrer en contact avec untel ou untel. « Plus tard », c’est souvent trop tard. Encore une fois, imagine-t-on Jésus tarder à aller à la rencontre de ses amis comme de ses adversaires ? « Dieu ne retarde jamais d’accomplir ce qu’il a promis ». Le salut
des hommes n’attend pas. Avec lui, le temps n’est pas seu- lement une unité de mesure, il est aussi et surtout un contenu : on ne compte pas son temps pour s’adresser aux âmes. On con- verse avec elles.
Efforçons-nous à faire un examen de prévoyance chaque début de journée : qui vais-je voir ? A qui vais-je offrir un mo- ment de conversa- tion ? Et cela, avant de consulter son ordi- nateur, son portable, sa tablette… « dévo- reurs » de temps ! De manière générale, fixons-nous à l’avance, une limite raisonnable de con- sultation d’internet, interdisons-nous de consulter les écrans sans but précis. L’ex- périence montre que
le temps s’écoule alors de façon vertigineuse. Il
s’opère une sorte de perte de conscience, une ané- mie cognitive contre laquelle on ne peut lutter que par anticipation. Ajoutons que si internet est une grande ouverture sur beaucoup de champs, y com- pris ceux de la culture, le philosophe Gustave >>>
>>> Thibon nous avertit déjà en 1976 que : « La pléthore de l’avoir a pour rançon l’anémie de l’être. » Ce qui compte n’est pas l’accumulation des biens ni des connaissances, mais bien une véritable vie intérieure qui rejaillit sur les apti- tudes à la fidélité, à la disponibilité, à l’écoute et à la convivialité …
Pour aller plus loin et progresser
Pour donner notre temps, il faut cultiver un au- thentique oubli de soi, qui jaillit spontanément de notre cœur ; et c’est par le cœur que l’homme est grand ! « La vertu en cette vie, dit saint Augus- tin, consiste à aimer ce que l’on doit aimer. » Pre- nons à la lettre les préconisations de Notre- Seigneur : « Marthe, Marthe, ta sœur a choisi la meilleure part8. » Cette part c’est le temps consa- cré à la vie spirituelle au quotidien. Un catholique ne devrait pas se contenter de prier matin et soir mais aussi avant de dé-
marrer une tâche, de faire un voyage, de commencer et finir un repas, au profit d’un prochain malheureux, pour une attention par- ticulière, etc. Tout est occasion de vivre avec Notre-Seigneur ! Vie spirituelle, devoirs d’état, vie affective sont alors traités dans le bon ordre. L’usage
immodéré des écrans est de fait ramené à sa juste place. Non sans efforts renouvelés une discipline s’installe, qui donne la priorité absolue à la vie spirituelle. Soyons ponctuels et disponibles comme Jésus. Si nous faisons de notre temps per- sonnel un allié de notre vie spirituelle, nous n’avons pas à avoir peur des moyens modernes de communication. Nous savons distinguer l’im- portant de l’urgent. Donner de son temps à Dieu et à son prochain est la plus grande des marques de sagesse car comment mieux imiter Jésus qui nous donna 33 années de sa vie : 30 ans de si- lence et trois années de vie publique…
« Donner de son temps » est une des plus belles formes de générosité qui soit. Elle se fait rare de nos jours tant nous nous laissons déborder ou dis-
traire par de fausses urgences au détriment de l’important : vivre avec Notre-Seigneur. L’égocentrisme
règne sous nos climats et empêche le
don de soi. Osons le dire, offrir son temps est de- venu aujourd’hui, en particulier, une vertu qui enchâsse un joyau de la relation humaine : la cha- rité. Jésus n’a-t-il pas offert à l’humanité les trente-trois années de sa vie terrestre ?
Frère Charles de Foucauld, cordigère
RESOLUTIONS PRATIQUES : Veiller à ne plus me laisser envahir par mes envies pour donner la priorité à mes objectifs importants de chrétien : mon salut et l’attention que je dois porter à mon prochain.
Privilégier toujours la communication natu- relle à la communica- tion virtuelle.
ENGAGEMENT SPI-
RITUEL : Une dizaine d’AVE – 3ème mystère joyeux : La naissance de Jésus
Notre-Seigneur passe trente-trois années de sa vie dans le silence d’abord, et en préchant
ensuite, jusqu’à la croix où sa dernière parole se- ra « tout est consommé ». Et moi saurai-je donner 5 jours de ma vie cette année pour faire une re- traite ?
« L’humilité et la douceur sont à apprendre à l’école du cœur de Jésus. »
Charles de Foucauld
1 FA 54 : introduction et 1er geste, « Faire le 1er pas »
FA 55 : 2e geste, « Demander service »
2 Lc 14 , 16-24
3 Mt 15, 32-38
4 Jn 3
5 Mc 10, 14
6 Mt 14, 32
7 Jn 15, 12
8 Luc 10,42
La prudence 2.0
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réer l’homme parfait a depuis longtemps été le rêve de nombreux scientifiques ou humanistes, soucieux de dépasser les li-
mites imposées par notre nature. Le transhuma- nisme vise à produire des « surhommes », par la modification de l’ADN, l’ajout de puces électro- niques, l’application de traitement réduisant le vieillissement et d’autres chose encore. Finies les maladies, les déficiences, les imperfections. Sur le papier, cela semble bien beau, mais aussi bien utopique et quelque peu déconnecté : supprimer ce qui fait l’humanité peut-il vraiment concourir à l’améliorer ? Car l’homme, dans sa généralité, est défini par ses limites, et par ce qu’il peut faire au sein de ces limites. Dans son individualité, l’être humain est défini par ses actes, qui le différen- cient de son voisin. Or, le rêve moderne du sur- homme, qui trouve un certain écho dans la société de consommation et de plaisirs actuelle, se justifie dans le rejet de Dieu et de sa création, et par là d’un Bien absolu. Tout devient relatif et sujet à interprétation. Dans ce contexte, les vertus cardi- nales1 autour desquelles s’articule l’agir humain, semblent bien mises à mal. Parmi elles la Pru- dence, la plus importante des vertus cardinales, a principalement souffert des errements et boule- versements de notre époque moderne, athée et individualiste. Mais s’attaquer à la « plus hu- maine des vertus », telle que la décrit Marcel De Corte, n’est-ce pas mettre en danger ce qui fait l’humanité de l’homme, c’est-à-dire sa capacité à surpasser sa part animale et instinctive ? En effet, la déformation des trois actes de la Prudence2, à savoir le conseil, le jugement et l’action, détourne du Bien et nous enracine dans ce qui lui est con- traire.
Difficulté du conseil
Premier acte de la prudence, le conseil est une étape souvent négligée. Il implique de se rappor- ter à une personne considérée comme faisant autorité en matière de morale, de savoir, de vertu, afin de déterminer le meilleur moyen d’atteindre l’objectif fixé. Cette prise de conseil peut se faire directement, en allant consulter les personnes convenables, mais également de manière plus in-
directe par la lecture de leurs ouvrages ou de leurs biographies. Il est de cette manière toujours pos- sible de trouver le meilleur avis, la sagesse des anciens venant souvent pallier le manque d’expé- rience ou de vertu des contemporains. Précisons que le temps du conseil, impliquant un certain délai avant une prise de décision, dépendra de plusieurs facteurs. Par exemple, un choix inédit nécessitera plus de conseil qu’un choix déjà expé- rimenté, de même qu’un choix important par rap- port à un autre plus simple. Malheureusement, prendre conseil n’est pas aussi simple dans notre monde moderne.
Le premier obstacle à cette étape du conseil est lié à notre nature humaine blessée : il s’agit de l’or- gueil. René Descartes nous en donne un bon exemple, lorsqu’il décide de remettre en doute tout l’héritage intellectuel des anciens philo- sophes, pour ne se fier qu’à lui-même. Cela est hautement imprudent, puisqu’il se prive d’une sagesse et d’une expérience accumulée au fil des siècles, et par là même immensément riche en enseignement. Se priver du conseil des sages re- vient à bâtir une maison sans fondation, comme Notre-Seigneur nous le présente dans la para- bole3. Le monde moderne accentue ce sentiment de suffisance issu de notre orgueil et du rationa- lisme : « Je suis mon propre maître, pourquoi m’en remettre à d’autres pour décider à ma place ? ». On fait passer pour une faiblesse ce qui n’est que l’attitude sage de celui qui connaît ses limites. Seuls les suffisants et les idiots savent tout, alors que le sage et le prudent savent qu’ils ne savent rien, ou pas grand-chose. Un autre obs- tacle que met le monde moderne au conseil, est l’usage déréglé de la technologie. Internet et l’intelligence artificielle, par la masse de données que l’on y trouve en quelques clics, donnent une illusion de savoir infini et à la portée de tous. Le phénomène du « demande à Chat GPT » est à ce sujet inquiétant et révélateur : la recherche d’une réponse immédiate à un problème donné entraîne une déresponsabilisation de l’individu, et une in- fantilisation constante, avec bien sûr la multipli- cation des mauvais choix. En effet, si l’étape >>>
>>> préliminaire du conseil est négligée, la prise
de décision en sera immanquablement affectée.
Jugement contre impulsion
La deuxième étape de la prudence est le jugement, la prise de décision. Si le conseil a été bien mené, que ce soit par la consultation des personnes com- pétentes ou par une réflexion convenable, il per- met d’isoler parmi les différents choix possibles, celui qui semble le plus adapté pour atteindre le bien visé. On pourrait croire qu’il s’agit-là de l’étape la plus facile, puisque le conseil est sou- vent la partie la plus longue et la plus ardue, mais les obstacles au jugement restent nombreux. Ils proviennent tout d’abord de nous-même : un ca- ractère indécis ou pusillanime a plus de mal à choisir qu’un caractère fougueux. L’inquiétude de faire le mauvais choix paralyse certains, et d’autres refusent tout simplement de s’engager, par peur des conséquences possibles ou refus de l’inconfort qu’implique immanquablement un choix difficile. Ces traits de caractère ne sont pas aisés à cor-
riger, mais
peuvent
l’être à
force de
travail sur
soi et de discipline.
La clé réside dans l’amour du but visé : plus l’on aimera ce bien, et mieux on le connaîtra, plus il sera aisé de porter le bon jugement et de prendre les bonnes décisions.
Aux difficultés naturelles que nous rencontrons dans l’exercice de notre jugement, viennent s’ajouter les complications du monde. La façon dont la modernité s’est installée dans notre quoti- dien entraîne en effet la déresponsabilisation et l’infantilisation. Nous évoluons dans un temps où la relativité est reine, et l’individu dieu. Alors que chaque décision implique un choix, et par là un renoncement, on nous apprend qu’il est toujours possible de faire marche arrière, voire de revenir sur sa parole : les délais de rétractation concernant les achats de biens sont à ce sujet révélateurs. Ce n’est pas faire preuve de jugement que de sans cesse revenir en arrière, et c’est surtout manquer de sagesse. D’autre part, le refus de juger, de choi- sir parmi les options qui se présentent, est une
mentalité d’enfant. C’est pour
désigner cette catégorie de per-
sonnes, refusant de choisir pour
conserver leur confort et leurs plai-
sirs, que le terme « adulescent » a été créé4. La recherche des plaisirs et la perte de sens que nous expérimentons autour de nous ne poussent pas à faire des choix, à s’engager, et à réaliser ce qui a été décidé.
L’agir des fous
Cette dernière étape de la prudence est la plus im- portante : il ne sert en effet à rien de prendre con- seil et de bien juger, si aucun acte n’est posé à la suite. A titre personnel, mieux vaut agir selon sa conscience, même en se trompant, que de ne rien faire. Celui qui n’agit pas, n’est pas, n’a pas d’existence, de caractère. L’homme qui se trompe, mais qui a sincèrement voulu faire le bien, sera toujours plus excusable que celui qui, connaissant le bien et la manière de l’atteindre, s’est abstenu par paresse, peur ou désintérêt. L’homme se défi-
nit par ce qu’il fait, et Aristote
précise
« Nous sommes ce que nous faisons de
manière répétée (sic) », ce qui intègre la notion d’habitus, de vertu ou de vice. Plus nous sommes capables de poser rapidement les actes bons en vue du bien visé, plus nous serons prudents. Au contraire, agir de manière irréfléchie et impulsive, sans chercher à améliorer son conseil et son juge- ment, est purement une folie de l’esprit devant laquelle il n’y a pas d’excuse. On peut occasion- nellement arguer de la nécessité d’agir vite, mais cela ne peut tenir dans le temps.
Le monde moderne préfère le Faire à l’Agir. Dans son ouvrage Condition de l’homme moderne, la philosophe Hannah Arendt s’interroge sur le manque d’engagement déjà présent à son époque, et reprend la distinction classique entre agir (« agere ») et faire (« facere »). Dans le premier cas, il s’agit de l’acte de gouvernement sur soi et sur les autres, de l’acte organisateur qui est l’objet même de la vertu de prudence. Dans le second cas, il s’agit de l’acte de production, >>>
>>> obéissant non pas à une délibération et un jugement personnels, mais à la volonté imposée par autrui. Cette préférence du faire sur l’agir est visible aujourd’hui aussi bien dans le monde pro- fessionnel que dans la vie sociale. On ne parle plus que de process, méthodes, recettes : on réduit l’acte humain à une forme d’obéissance servile à des instructions impersonnelles, et il n’est plus donné d’importance qu’aux résultats matériels et quantitatifs. On tue petit à petit l’initiative, l’amour du bien supérieur, le sens du beau. L’Ho- mo Faber remplace l’Homo Sapiens.
actuel, livré à lui-même, sol-
licité de tout côté par les si-
rènes de nos sociétés devenues
folles, et sommé de rentrer dans le
moule que les autorités technocratiques
et productivistes lui ont assigné, est bien en mal d’atteindre le Bien. Seul un combat constant et courageux, mené avec l’aide de la Providence di- vine, pourra le libérer. Alors s’accomplira en nous cette parole de Notre-Seigneur : « soyez dans le monde, sans être du monde6 ».
R.J.
« Il est impossible d’être prudent, si l’on n’est
bon5 ». La prudence implique de rassembler l’en-
semble des vertus, avec un accent sur l’humilité, la tempérance et la force. Ce sont malheureuse- ment des vertus qui pâtissent considérablement de la modernité, qui facilite bien plus le diktat des passions que le règne de la raison et de la vertu. Le monde moderne, matérialiste et athée, ne veut pas de la Prudence, car le bien qu’elle vise est op- posé à son idéologie de l’homme-Dieu. L’homme
1 Du latin cardo, qui signifie « charnière ». On les appelle aussi vertus morales, car régissant les mœurs des hommes. 2 Cf Foyer Ardent n° 29, Oct. 2021 :
La prudence
3 Mat. VII, 24
4 Les « adulescents », Tony Anatrella : étude de psycholo- gie portant sur les jeunes adultes qui conservent un mode de vie d’enfants.
5 Aristote, Ethique à Nicomaque
6 Jean, XVII, 15
Un peu de douceur…
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Parler moins, mais parler bien
l est une vertu que l’on apprend au fur et à mesure que les années passent, qui est la marque de la sa- gesse des anciens : c’est la modération dans les pa-
roles, et la prudence dans les jugements que l’on pour-
rait vouloir exprimer.
Car l’expérience montre que, même quelque chose qui pourrait apparaître évident, recèle plusieurs facettes, et l’appréciation que nous lui portons en pensant avoir complète connaissance de la réalité, peut être tronquée ou faussée par nos sens, ou par l’idée que nous nous en faisons.
Alors, dans un monde où tout le monde exprime son avis immédiatement, à tort et à travers, tout en reconnaissant rarement, après coup, s’être trompé, où la parole débridée est considérée comme une marque d’intelligence et de modernité, n’hésitons pas à penser et à nous exprimer à contre-courant, à modérer ou différer nos jugements, à utiliser des conditionnels ou des périphrases quand nous ne sommes pas tout à fait sûrs de ce que nous affirmons.
Que cela n’empêche pas cependant d’appeler un chat, un chat. Que cela ne nous fasse cependant pas tomber dans l’écueil inverse du verbiage inconsistant ! Mais au contraire, si nous usons habituelle- ment de prudence dans nos paroles, celles-ci auront d’autant plus de poids que nos auditeurs sauront que nous n’avons pas l’habitude de parler pour ne rien dire, et que nous étayons nos jugements.
Alors la prudence nous guidera pour parler Moins, mais parler Bien.
Mariages improvisés…
Mariages préparés…
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a famille se meurt, la famille est morte. Oui, c’est un fait : dénatalité, divorces dé- noncent un effritement de l’institution. De
ce mal, on accuse bien des coupables : les lois, les spectacles, les journaux, la rue, les mœurs. Mais est-on sûr que ce soient des causes ? Et si par ha- sard il fallait y voir aussi des effets ? Le vrai mal est dans l’âme : on a perdu le sens même de l’amour et du mariage. Alors à quoi bon réformer les institutions ou veiller à la police des mœurs, si d’abord on ne refait pas à l’homme son âme ? À quoi bon changer le bain
de teinture, quand c’est le tissu lui-même qui lâche ?
Dans ce péril, les chré- tiens ne sont pas à l’écart. Ne nous croyons pas trop vite cuirassés de vertu et d’honneur. Les mariages, chez nous, sont-ils moins bâclés qu’ailleurs ? Quand l’Église veut faire un prêtre, elle y met six ans ; un communiant, trois ans. Quand des pa- rents chrétiens condui- sent leur fils ou leur fille à l’autel, ont-ils seule- ment passé trois se- maines à les préparer ? Et les intéressés y ont-ils eux-mêmes réfléchi ?
Après coup, on pourra
se scandaliser devant les foyers qui se brisent, éructer de solennelles malédictions, refuser de recevoir les divorcés. Il est bien temps ! On a lais- sé des enfants se marier à l’aventure, on n’a rien fait pour les soutenir, et l’on vient ensuite parler devoir, vertu, religion ? Sinistre inconscience. Pharisaïsme.
Notre responsabilité n’est pas seulement dans
cette hypocrisie : parler autrement que les autres tout en agissant comme eux. Elle est surtout dans la mission qui nous est confiée, dans le secret qui nous a été dit : nous savons de qui vient l’amour, et vers qui il va ; nous savons à quelle source il s’abreuve, de quel poids de grâce, et donc de force, Dieu l’a chargé ; nous savons par quels re- mèdes il peut se guérir, et de quelle manière il peut rayonner. Mais si Dieu nous a parlé, c’est pour que nous parlions.
Il est donc urgent de réagir… et d’agir. En 1930, Pie XI lançait un premier cri d’alarme, parlait d’une « doctrine à enseigner avec zèle » et d’une « nécessaire préparation au ma- riage ». Depuis, dans quelques diocèses, des prêtres spécialisés se consacrent aux confé- rences, aux récollec- tions, aux retraites de fiancés et de ménages. Pourtant ces efforts sont beaucoup trop rares, trop isolés. Nos prêtres s’y mettraient-ils tous, que ce serait encore in- suffisant. Cette refonte des âmes, cet éveil pro- fond du sens de l’amour dans le cœur des jeunes chrétiens, est l’œuvre de
tous ceux qui, de près ou de loin, préparent
l’homme ou la femme à la vie.
C’est l’œuvre des parents, tout d’abord, car ce sont eux qui ont reçu les premiers le dépôt de l’amour et la mission de le faire fructifier. Qu’ils repensent leur propre histoire conjugale, qu’ils forment leurs propres enfants, qu’ils s’intéressent
– autrement que pour les condamner – aux >>>
>>> jeunes gens et jeunes filles, aux fiancés, aux jeunes foyers. Un immense programme de médi- tation, de prière, d’action, s’ouvre devant eux.
À côté d’eux, c’est l’affaire des éducateurs : ceux qui forment l’intelligence, ceux qui forgent le ca- ractère, ceux qui enseignent à prier. Professeurs, chefs de mouvements, prêtres.
Enfin c’est le travail des intéressés eux-mêmes. Souvent ils ne savent rien, ou ils croient savoir, – ce qui ne vaut pas mieux. Qu’ils apprennent, avec sérieux et confiance, leur beau métier d’époux et d’épouse, de père et de mère. Pour cela, ils n’ont pas à prendre des airs effarouchés, ni inversement à se jeter, cœur et corps perdus, dans l’aventure, mais à comprendre l’amour pour mieux l’aimer.
Au travers de ces études courra le souffle d’un optimisme chrétien. Non seulement parce que nous croyons à la valeur d’une doctrine qui ré- pond à tout espoir, et qui met au service de l’amour les joies, ainsi que les épreuves, les tenta- tions, les séparations, la mort même. Mais aussi, parce que partout dans la Chrétienté, éclate le jail-
lissement d’un printemps spiri-
tuel : partout, de jeunes foyers
cherchent, méditent, trouvent, agis-
sent. Les chrétiens mettent enfin leur
honneur à sauver le monde, non à le fuir. Et de toutes les richesses humaines ainsi capable de ré- demption, l’amour leur semble la plus belle : cet amour menacé de toutes parts, et qui est pourtant la pierre fondamentale d’une civilisation et d’une chrétienté nouvelle.
Texte anonyme, édité en 1943
Un jour, sur la route, il a tendu une aiguille de pin à une abeille qui se noyait, il l’a mise à un rayon de soleil, bientôt les petites ailes bril- lantes se sont ouvertes et l’abeille s’est envolée. Il ne lui en a pas voulu d’aller ainsi aux fleurs qui l’attendent. Ce n’est pas pour lui qu’il l’a sauvée. Ainsi de nous et de nos enfants…
Henri Bremond
7 mars : saint Thomas d’Aquin, confesseur et docteur de l’Eglise – patron de l’enseignement catholique (1225-1274)
Ô Dieu qui pouvez tout, qui savez tout, qui n’avez ni com- mencement ni fin, Vous qui donnez les vertus, les conservez et les récompensez, daignez me stabiliser sur le sol ferme de la foi, me protéger de l’inexpugnable bouclier de l’espé- rance, me parer du vêtement nuptial de la charité. Donnez- moi par la justice de Vous être soumis, par la prudence d’éviter les pièges du diable, par la tempérance de garder un juste milieu, par la force de supporter patiemment l’ad- versité. Donnez-moi de partager volontiers le bien que j’ai avec celui qui en manque, le bien que je n’ai pas, de le de- mander humblement à qui en est pourvu ; le mal que j’ai fait, de l’avouer loyalement, le mal que je souffre, de le sup- porter avec égalité d’âme, le bien du prochain, de le regar- der sans envie, vos bienfaits, de vous en rendre toujours grâces.
La prudence et le silence
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a chère Bertille,
Merci beaucoup pour ta dernière lettre et les nouvelles que tu me donnes… Lorsque tu évoques les difficultés que tu rencontres avec tes différentes camarades, j’ai immédiatement pensé à cette histoire que l’on rapporte à propos de Socrate, ce philosophe grec. Un homme arrive en trombe et s’ex- clame : « Socrate, Socrate, sais-tu ce que l’on dit à propos de ton ami ? Il… » Mais Socrate de l’inter- rompre aussitôt : « Attends, mon ami, as-tu passé tes propos dans les trois tamis ? » Face à la mine per- plexe de son interlocuteur, Socrate poursuit : « Oui, avant de parler, il faut passer ses paroles dans trois filtres. Le premier est celui de la vérité. As-tu vérifié que ce que tu allais me dire est vrai ? » « Pas tout à fait, j’ai entendu dire que… » « Bon, peut-être as-tu filtré tes propos dans le second tamis : celui de la bonté ? » « Malheureusement non, je dois avouer que cette nouvelle n’était pas en faveur de ton ami… Et quel est ton dernier filtre ? » « Celui de l’utilité… Ce que tu voulais me dire était-il nécessaire à savoir ? »
« Pas vraiment, non ! » « Eh bien, mon ami, je pense que nous pouvons donc nous arrêter là et que tu peux t’empresser d’oublier cette information inutile ! » Cette histoire, qui est restée célèbre pourra, je pense, aider à résoudre bien des difficultés. Très souvent, des heurts, des problèmes naissent suite à des impru- dences dans les conversations. Elles auraient donc pu être facilement évitées !
Pourtant, attention, être prudente dans ses paroles et surveiller ses propos, ce n’est pas ne rien dire, ou ne pas parler ! Quelqu’un qui ne parle pas peut être aussi imprudent que quelqu’un qui parle trop… Qu’est- ce donc que la prudence dans ses paroles ? Tu le sais, la prudence, c’est choisir les moyens adaptés en fonction d’un but. Et quel est le but ultime, ce vers quoi doivent tendre tous les actes de prudence ? L’Amour suprême, l’héroïsme de la charité, comme dirait le Père Calmel : « La prudence évangélique ne réside que dans celui qui s’engage à fond dans le don de soi à Dieu et à ses frères ; elle est la vertu qui découvre les meilleurs moyens au service de cette générosité sans limites et qui les met en œuvre avec jus- tesse et résolution1 ». C’est donc la prudence qui t’aidera à sentir s’il est meilleur de parler ou de se taire, de choisir les bonnes personnes à qui s’adresser, les circonstances favorables. C’est elle aussi qui t’aidera à avoir la force nécessaire pour parler quand d’autres se taisent par lâcheté. Ainsi, la prudence dans les conversations ne se mesure pas au nombre de paroles. Est prudente, celle qui saura user du silence ou des paroles en vue de la chari-
té. Et tu entrevois mainte- nant sans doute, chère Bertille, à quel point cela peut parfois demander de l’héroïsme…
Aussi, est-il nécessaire, pour acquérir cette belle vertu de prudence, d’aimer le silence.
Aime le silence car il donne l’intelligence. Ceux qui parlent à tort et à tra- vers sont souvent vides, dominés par les >>>
>>> impressions du moment, ils nous fatiguent. Le silence est nécessaire pour prendre du recul, découvrir ce à quoi nous n’avions pas prêté attention et c’est souvent la seule atti- tude sage face à ce qui nous dépasse : la profondeur d’une souffrance, l’éblouissement
d’une beauté qui se révèle soudain, les mystères qui nous heurtent… Seul le silence donne du poids et de la fécondité à nos paroles. Saint Jean de la Croix écrivait ceci : « Le Père n’a dit
qu’une parole : ce fut son Fils. Et dans un silence éternel, Il la dit toujours : l’âme doit écouter en si- lence. »
Car oui, il faut aimer le silence, aussi et surtout car il nous met en contact avec Dieu : regarde l’évan- gile : Jésus encourage souvent au silence (« prends garde, ne le dis à personne » (Matt, 8, 4) « Si tu veux prier, entre dans ta chambre (c’est-à-dire dans un endroit retiré), ferme ta porte (c’est-à-dire, ferme-toi aux bruits extérieurs) et prie ton Père qui est là dans le secret » (Matt. 6, 6)). Il ne parle pas à tous et gardera le silence face à ses délateurs lors de la Passion… Tout ce qui est grand commence dans le si- lence et souvent dans le silence de la nuit : la Nativité, la Résurrection.
Alors, ma chère Bertille, il ne me reste plus qu’à t’encourager à apprécier le silence : profite du prin- temps qui arrive pour admirer la nature qui se réveille, profite des vacances pour avoir des temps calmes et silencieux de lecture, de dessin, de couture… Oublie un peu tout ce qui t’entraîne dans un mouvement perpétuel pour descendre dans les profondeurs de ton âme, y goûter la paix de Dieu. Alors, tes échanges, tes conversations seront plus riches, plus nourrissantes, plus prudentes,
Avec toute mon affection,
Anne
1 P. Calmel, o.p., Sur nos routes d’exil, les Béatitudes, p. 75
Prendre conseil
Cher Charles,
« Soyez prudents ! », « On n’est jamais assez prudent ! », « Prudence sur la route ! » Tu me faisais part de ton étonnement sur ces expressions coutumières où la prudence apparaît de façon né- gative, spontanément associée à la retenue, à la peur du danger, voire à l’immobilisme. Essayons ensemble de voir ce qu’il en est.
Comprendre la prudence de cette manière revient à la réduire à une simple stratégie d’évitement du risque. Or, une telle conception est non seulement restrictive, mais aussi largement trompeuse. La pensée aristoté- licienne définit la prudence de manière tout autre. Elle est un acte de l’intelligence pratique, qui nous oriente vers le Bien en nous indiquant, de manière concrète, les moyens justes pour y parvenir. Saint Tho- mas la caractérise comme « l’art de bien vivre ». L’acte prudent se décompose en trois étapes successives : le conseil, le jugement et enfin l’exécution. Définie ainsi, la prudence ne se réduit pas à une attitude de pré- caution. Au contraire, elle permet de discerner avec justesse quand un risque doit être évité… et quand il mérite d’être assumé au service d’un bien plus grand. C’est une vertu importante car elle est la vertu des chefs et elle guide les autres vertus.
Arrêtons-nous un instant sur la première de ces étapes : le conseil. Elle mérite une attention particulière, car elle est le point de départ de toute décision vraiment prudente – et elle demande du temps. Il s’agit d’examiner les options possibles, de recueillir des avis, de peser les conséquences, bref, de prendre au sé- rieux la complexité du réel.
Cette étape est d’autant plus décisive pour nous qui sommes jeunes. Nous manquons parfois de recul et nous n’avons pas l’expérience du passé pour comparer et évaluer nos choix avec justesse, alors même que nous traversons une période charnière de notre existence : choix des études ou d’un métier, discernement d’une vocation ou alors choix d’un conjoint en vue du mariage. En plus de ce manque de recul inhérent à la jeunesse, notre époque est propice à la légèreté d’esprit et à l’esprit d’indépendance que nous pouvons facilement entretenir par la dispersion sur les réseaux sociaux où nous réagissons sous le coup de l’émo- tion. Petit à petit, cette fascination pour les écrans et la précipitation qui en découle risquent de perturber le conseil sans que nous nous en rendions compte.
Je te propose donc quelques pistes pour apprendre à travailler cette étape fondamentale du conseil :
- Tout d’abord, il est important de ne pas se précipiter et de laisser le temps au temps pour mûrir des choix, pour gravir les marches une à une sans brûler les étapes de la réflexion. La précipitation est souvent le pre- mier obstacle au conseil !
- Selon la nature de la situation, certaines personnes sont mieux placées pour offrir un avis pertinent : les parents, un confesseur, un professeur, une personne en particulier ayant un jugement sûr dans un domaine précis. Attention à ne pas se laisser influencer par des personnes imprudentes par nature et facilement por- tées à la critique. Leurs propos sont souvent séduisants mais trompeurs avec des conséquences parfois fâ- cheuses. La curiosité sur internet notamment par le visionnage fréquent de vidéos Youtube est un danger réel.
- Ensuite, il est nécessaire d’être docile aux conseils reçus, sans laisser les sentiments prendre le dessus sur la raison. La susceptibilité et l’amour-propre peuvent ici jouer de bien mauvais tours et conduire rapide- ment à l’imprudence.
- Enfin, développer la mémoire du passé, en particulier par l’étude de l’Histoire et donc les lectures, permet de tirer des leçons précieuses. L’Histoire est, comme on le dit souvent, « maîtresse de vie ». Nous appro- fondirons ce point la prochaine fois.
Amicalement,
Laurent
Vierge folle ou vierge sage ?
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eux-tu réussir plutôt ta vie naturelle ou ta vie surnaturelle ?
Veux-tu profiter de l’instant présent sans tarder, sans voir les conséquences proches ou loin- taines tant ici-bas, que pour l’éternité ?
Seras-tu vierge folle ou vierge sage ?
Vierge folle, tu te précipites sans réfléchir, suivant tes passions. Tu penses tout savoir, tout maîtriser, et en cela faire preuve de maturité, un peu comme le petit enfant qui veut tout faire seul. Ton but est ta personne dont tu satisfais d’abord les désirs sans tenir compte de leur bien-fondé ni des conséquences sur ton âme ou sur ton prochain.
Vierge folle…
Vierge sage, tu te poses, tu réfléchis avant d’agir, tu prévois l’ordre des choses avec prudence et recul. Tu as bien compris que la prudence n’est pas faiblesse ou pusillanimité mais « droite raison dans l’agir », comme nous le dit saint Thomas d’Aquin et a pour but le Royaume des Cieux. Tu fais tes choix en conséquence et veille à ta vie intérieure.
Vierge sage…
Vierge folle, ta devise serait « carpe diem » (profites du jour présent). Peu importe ce qui arrivera, tout s’arrangera, et puis Dieu est bon… C’est effectivement tellement confortable de le penser. Si tu es de bonne volonté, elle est sans consistance et si tu entreprends une action, tu ne la termines pas, distraite par la nouvelle idée, le dernier avis donné, ou le rappel à l’ordre de ta cabine téléphonique portative…
Vierge folle…
Vierge sage, tu connais l’importance de tes actes pour ton âme et pour les autres. Tu mesures tes pa- roles et répares le mal que tu as pu commettre, tu prépares ta route vers l’Eternité. Tu as fait tienne l’ex- périence des anciens et connaissant tes limites, tu n’hésites pas à leur demander conseil, notamment à tes parents, aux prêtres, ou aux plus compétents.
Une fois la décision prise, tu vas jusqu’au bout avec la grâce, malgré les difficultés car le but est sûr et
les moyens appropriés.
Vierge sage…
Vierge folle, tu cherches à vivre selon la mode, tu fais les choix qui fatiguent le moins, qui coûtent le moins, qui sont prudents aux yeux du monde. Tu penses ainsi être avisée, mais quel est ton objectif ? L’as-tu bien compris ?
Vierge folle…
Vierge sage, lorsque la décision est difficile, ton intelligence n’y suffisant pas, tu pries et places tout dans les mains du Seigneur avec humilité, à l’image de la Vierge Marie. Tu sais attendre calmement pour agir, avec confiance, la grâce d’être éclairée sans illusion, l’âme en paix.
Vierge sage, puisses-tu, sans orgueil, guider tes sœurs vers le Père.
Jeanne de Thuringe
Patiences
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remière est la patience de Dieu Lui-même. En considérant la constance avec laquelle Il songe toujours à notre bien, plus encore
que les ennemis de notre salut ne pensent à notre mal, nous pouvons en pressentir toute la précieuse qualité. C’est une patience sûre, vigilante et droite, qui ne se décourage jamais ni ne dévie, une pa- tience endurante, à l’image de celle qui anima l’es- pérance des anciens prophètes, puis qui conduisit Jésus-Christ de la crèche à la Croix. La patience de Dieu ne se perd
jamais dans l’inac- tion ou l’attente vaine : elle est agissante à travers la Provi-
dence, efficace à travers la Grâce. Cette véritable patience, celle qui consiste à suppor- ter tous les maux pour acquérir le Bien suprême pro- cède, dit saint Thomas d’Aquin,
« de l’amour sur- naturel ». C’est pourquoi nul ne peut l’acquérir, la véritable patience, sans le secours de la grâce sancti- fiante. « Quand l’ennemi travaille- ra à ravager le champ de mon
Pour qu’une graine croisse, il y faut certes du temps : pas une seconde de ce lent processus ne s’égare cependant dans de vains instants. Et s’il semble, de prime abord, que rien ne s’agite dans un paysage naturel, tout, pourtant, derrière cet ap- parent calme, demeure en incessant travail : comme le rappelle Héraclite, « on ne se baigne jamais dans le même fleuve ». La nature est un harmonieux modèle d’activités, dont la moindre possède sa signification au regard de tout l’en-
semble, modèle que louèrent les poètes de chaque époque, avec une semblable admira- tion. « Adopte le rythme de la na- ture, son secret est la patience », con- seille l’américain Emerson. Il y a là une sagesse dont la portée universelle n’est plus à démon- trer, dont les hommes modernes, malgré leurs idéo- logies moralisa- trices, font peu de cas. C’est qu’ils ne comprennent plus le propos du Doc- teur Angélique :
« Si la nature hu-
maine était intacte, l’inclination de la raison y prévau-
âme, Ô Dieu bon,
aidez-nous à suppor-
Martyre de saint Polycarpe
drait. Mais dans la
nature corrompue, ce
ter nos maux avec cet esprit de patience dont Jé- sus nous a donné de si grands exemples1 » : ainsi priait saint Antoine de Padoue.
Contemplons à présent la patience à l’œuvre dans le minutieux labeur de la Création. Car Dieu a voulu qu’elle nous soit comme un livre ouvert.
qui prévaut, c’est l’inclination de convoitise. Et c’est pourquoi l’homme est plus enclin à suppor- ter les maux là où la convoitise trouve son plaisir dès maintenant, que de supporter les maux en vue des biens futurs désirés selon la raison2. »
L’impatience caractérise ainsi l’esprit humain,>>>
>>> même celui le plus apparemment maître de lui-même. Si Bernanos a pu parler, en son temps, à propos du monde moderne, d’une conspiration contre la vie intérieure, que dirait-il aujourd’hui ? L’homme post moderne entraîné à la compétition avec les autres et confronté à des interactions so- ciales de plus en plus complexes, a soif de résul- tats immédiats dans toutes les prétendues perfor- mances de son développement personnel. Cela s’observe dans tous les domaines, qu’ils soient pu- blics ou privés ; l’impatience affecte toutes nos activités, partout, conditionne tous nos comporte- ments, la hardiesse de nos utopies politiques comme celle de nos désirs particuliers. Elle mo- tive aussi bien les spéculateurs des marchés qui incitent au >>> >>> crédit que les publicistes des médias qui poussent à la consommation, les poli- ticiens que les coachs de vie. La vitesse, l’immé- diateté, les réseaux sociaux, l’IA ne sont là que pour forger des armées d’impatients, bien discipli- nés…
Que peut un catholique face à cela ? Si la patience est une vertu, c’est d’abord parce qu’elle nous rapproche de l’esprit de Force. Or la force est un don du Saint-Esprit. Prions-nous assez ce der- nier ? « Agir et souffrir sont les deux objets du
Don de Force » note Mgr Gaume3
qui cite saint Paul comme
exemple : « Courons par la patience
dans la carrière qui nous est ouverte. » La
patience est bien, en effet, une médecine des pas- sions, qui vient à bout tout autant du caprice que du désespoir, tant elle aide à supporter tous les maux. L’exemple des martyrs, triomphants jusque dans la mort, en est la plus éclatante preuve.
Saint Polycarpe, le presbytre dont le martyr à Smyrne marqua l’Église primitive, exhortait ainsi les Philippiens dans la Lettre qu’il leur adressa.
« Soyons donc les imitateurs de la patience de Jé- sus-Christ et, si nous souffrons pour son nom, rendons-lui gloire. C’est ce modèle qu’il nous a présenté en Lui-même, et c’est cela que nous avons cru4. »
Guillaume Guindon
1 Litanies de la patience
2 Saint Thomas d’Aquin, Somme, III, Question 136
3 Traité du Saint Esprit, « Le don de force », p 606.
4 Polycarpe de Smyrne, « Aux Philippiens », IX, 1
16 avril :
Saint Benoît-Joseph Labre ( 1748 – 1783)
« Sainte Vierge, préservez-moi dans ce jour et tous ceux de ma vie de tout péché afin que je ne perde point l’Amour de mon Dieu que je veux aimer tous les jours et tous les mo- ments de vie. Je Vous rends grâce, Vierge Sainte, au nom de tous les fidèles, du grand Amour que Vous leur portez ; je Vous remercie encore pour tous les fidèles et les pé- cheurs, aidez-les, assistez-les, afin qu’ils retournent à leur aimable Dieu ; soyez le secours de tous dans cette journée et toujours. Amen. »
Le cœur léger
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l est appuyé contre la voiture, le moteur est encore chaud après la route pour venir à Fla- vigny. Il tire une taffe sur sa cigarette. Son
sac est à ses pieds. Pendant le trajet, les parents et leur garçon ont parlé de mille choses. Au milieu des souvenirs évoqués, ses parents lui ont glissé quelques derniers conseils. Des conseils… beau- coup lui en ont donné. Ses parents, l’abbé, ses meilleurs amis aussi. Peu à peu, sa décision a pris corps dans son esprit. Aujourd’hui, il rentre au séminaire. Il est serein. Il crache un long panache de fumée. Puis il éteint sa cigarette en l’écrasant, sa dernière, avant de la jeter sans regret. Des re- grets ? Il n’en a pas. Il sait ce qu’il fait. Il a tout laissé derrière lui. Sa vie est devant, au séminaire.
« Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis. »
Un homme est la somme de ses actes. Encore faut
-il agir ! Notre société moderne corrompt l’agir humain. Aujourd’hui, on ne sait que réagir et res- sentir. Les Français sont comme des feuilles mortes et des chiens crevés emportés par les eaux boueuses du fleuve. Tout n’est que masque et posture. Tout n’est que lâchetés déguisées en
« valeurs ». Quels hommes aujourd’hui savent
encore nager contre le courant du monde, libres dans la Charité, éclairés dans l’intelligence par la Foi et debout car affermis par l’Espérance ? Si peu… si rares… mais si éclairants pour les hommes perdus. Le jeune homme qui pousse la porte du séminaire, la jeune femme qui entre au couvent, les jeunes gens qui se passent l’alliance au doigt à 23 ou 25 ans, laissant derrière eux leurs égoïsmes, mettant l’amour de Dieu véritable au centre de leur vie, sont la lumière du monde et l’espoir de la Chrétienté. Mais pour en arriver là, tôt ou tard, ils auront acquis la vertu de prudence. Le monde ne sait plus ce qu’est la Prudence. Il la voit comme un manque de courage, alors qu’elle est le courage. Le conseil d’abord, le jugement ensuite, l’agir enfin. Le prudent est celui qui agit, mais qui agit en vue de sa fin : l’amour de Dieu.
C’est le jeune homme qui choisit une formation et
un métier car il correspond à ses aptitudes, car il ne sera pas un obstacle au salut de son âme, et car il permettra de lui offrir une rémunération suffi- sante pour faire vivre sa famille. L’homme impru- dent fondera ses choix sur son caprice, pour as- souvir ses passions, ne cherchant que lui-même dans ses décisions. Ou il restera incapable d’agir, repoussant sans cesse les échéances. >>>
>>> C’est la jeune femme qui décide de prendre le voile, parce qu’elle en a les capacités intellec- tuelles et psychologiques, parce qu’elle veut cor- respondre à l’amour de Dieu sur elle.
C’est le père de famille qui renonce à une muta- tion pour s’assurer que ses enfants soient dans une bonne école. Tant pis pour le parcours de carrière qui sera peut-être moins glorieux, ou tant pis pour l’aventure en outre-mer.
C’est le ménage qui accueille généreusement une nouvelle vie dans son foyer, quitte à tirer un peu le diable par la queue et renoncer à des vacances ou un confort légitime, car ils savent que Dieu prend soin de ses enfants, mieux qu’Il ne nourrit les oiseaux du ciel ou ne vêt les lys des champs. Au-delà des vies personnelles, les choix des hommes engagent la cité. La France est le fruit des décisions et de l’agir de nos pères. C’est parce que des hommes et des femmes, des clercs et des laïcs courageux se sont levés, que des écoles catholiques existent, que la messe de tou- jours est ce trésor continué et transmis malgré la turpitude de ce siècle, que des familles chré- tiennes accueillent de nombreux enfants, que de jeunes gens poussent encore les portes des sémi- naires. Dans notre époque qui se saoule de senti- ments dévoyés et de pulsions aussi violentes qu’instantanées, notre devoir de chrétiens est de préserver et d’affermir l’agir « bon », dans notre cœur comme dans celui de nos enfants. C’est le seul moyen pour que le courage ne meure pas
dans notre pays qui fut chrétien et qui le redeviendra un jour, si Dieu le veut, et s’Il trouve encore des cœurs courageux.
C’est le mois de mars. Le directeur a égrené les noms des jeunes séminaristes qui s’apprêtent à recevoir le sous-diaconat. Tous ont répondu
« adsum – présent ». Les ordinands sont dans le chœur maintenant. La dernière cigarette sur le parking de Flavigny est loin désormais. L’âme du jeune homme a grandi, nourrie de la grâce et de la vie du séminaire. Aujourd’hui, son cœur est prêt, rempli de charité. L’évêque termine son ad- monestation : « Proinde, dum tempus est, cogi- tate, et, si in sancto proposito perseverare placet, in nomine Domini huc accedite – donc, tandis qu’il est encore temps, songez-y, et, s’il vous plaît de persister dans votre saint propos, au nom de Dieu, avancez ici. »
Ce pas est sans retour, il engage toute une vie. Le jeune homme le fait sans regret, le cœur léger. Puis tous se prosternent. Les litanies des saints résonnent sous la voûte. Toute l’Eglise est tendue vers cet instant solennel qui continue une œuvre éternelle. Les litanies des saints s’achèvent, mais dans le cœur des jeunes gens, tout ne fait que commencer.
Louis d’Henriques
La Prudence au foyer
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our être heureux autant qu’on le peut ici- bas, il nous faut vivre selon l’ordre mo- ral : être vertueux et éviter les vices. On
appelle vertu une disposition habituelle et ferme à faire le bien. Elle permet non seulement d’ac- complir des actes bons, mais de donner aussi le meilleur de soi-même. De toutes ses forces natu- relles et spirituelles, une personne vertueuse tend vers le bien, elle le recherche et le choisit dans des actions concrètes.
Or, les vertus morales forment un édifice harmo- nieux ; si une seule s’effondre, tout l’ensemble est en danger. Si on n’est pas honnête, ou si on n’est pas sincère, ou courageux, la vie entière sera désorganisée, désordonnée. Dans la vie mo- rale, comme dans un édifice, il y a des piliers qui supportent l’ensemble ; ce sont les vertus cardi- nales. Dans l’édifice des vertus morales, quatre vertus supportent l’ensemble des bonnes disposi- tions : la Prudence, la Force, la Tempérance et la Justice.
La famille catholique est le premier lieu d’exer- cice des vertus ; elle doit être un foyer d’appren- tissage où la nature humaine de chacun de ses membres se forge, aidée de la grâce du baptême et des sacrements.
En nous enseignant les vertus cardinales, l’Église donne aux hommes les clés nécessaires à la maî- trise de leur tempérament, les encourageant à or- donner leurs passions, affinant leur intelligence et domptant leur volonté. Ces dispositions mises en œuvre augmentent en nos âmes le travail des ver- tus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité. Ici nous parlerons de la vertu de prudence, qui doit régir toute vertu, même les autres vertus car- dinales.
La prudence, vertu de l’intelligence
La prudence est la juste appréciation de ce qu’il faut faire en un cas déterminé. Elle est une vertu intellectuelle qui concerne en effet des opérations qui sont commandées par l’intelligence. Nous pouvons distinguer trois étapes dans l’exécution d’un acte : la délibération, le choix ou jugement, l’ordre ou intimation.
Prenons l’exemple d’une mère de famille dont
l’état de son enfant gravement malade exige une présence constante. Nous sommes dimanche et elle est seule avec son petit : devra-t-elle le quit- ter pour aller à la messe ?
La délibération fait apparaître un conflit du de- voir entre sa présence obligatoire auprès de son enfant et l’assistance à la messe. La mère mesure alors que l’ordre de la charité lui fait une obliga- tion de ne pas quitter son enfant, il y va de sa vie. Cette obligation passe avant le devoir dominical. Après avoir porté ce jugement, la mère fait le choix de rester près de l’enfant en renonçant à l’assistance à la messe. Elle s’ordonne alors à elle-même et exécute ce qui a été décidé.
Ce que l’on appelle prudence est donc une sa- gesse pratique par laquelle la raison discerne ce qu’il faut faire pour bien agir dans la conduite de la vie courante.
La prudence morale repose sur l’obéissance aux principes et lois qui sont conformes à la raison, comme le code de la route ; de même les martyrs ne courent pas au-devant du péril, c’est par raison qu’ils refusent de renoncer à l’essentiel.
La vertu d’humilité est mobilisée dans la pru- dence, l’être humain étant sociable par nature, on est prudent dans un monde fait de semblables, ce qui oblige à considérer tout autre comme son prochain : ne pas vouloir dominer, savoir écouter, ne pas être « mouton de Panurge » (influencé par les médias), ni un personnage vaniteux (« je sais, je sais ! » « je me suis imposé aux autres », etc.). Être attentif à son prochain, c’est quelquefois cé- der, même si on est « dans son droit », à condi- tion que ce soit pour un bien supérieur.
Vices opposés à la prudence
- La précipitation, ou témérité qui s’oppose au bon conseil par défaut de réflexion. L’action devance la réflexion et empêche la plupart du temps de prendre l’option la meilleure. Par exemple, un jeune enfant tombe en courant, sans trop se faire mal… Le sang de sa mère ne fait qu’un tour, et la voilà accourant pour relever son petit qui, sachant que sa mère vient toujours le >>>
>>> ramasser, pleure abondamment ne fai- sant aucun effort pour se relever. Le bien supérieur de l’enfant est ici l’occasion de lui apprendre à se relever, et de l’encourager à surmonter cette « épreuve », lui disant en souriant calmement : « Ce n’est pas grave, tu ne t’es pas fait mal ; allez, debout ! Bra- vo, tu es courageux ! » Le calme de sa ma- man l’apaise aussitôt, on frotte à deux les petites mains et le genou un peu écorché… en réalité on prépare l’homme de de- main qui aura bien d’autres épreuves à sur- monter dans sa vie !
- L’incons-
tance qui consiste à délaisser, au moment du choix, le vrai bien envisagé
dans le con- seil et le jugement
préalables. La raison a su débattre, conclure, et elle ne sait
pas commander ou résister à une volonté mauvaise ou à une passion. Si on a, par exemple, privé de dessert un enfant qui a menti, et qu’en voyant sa désolation le mo- ment venu, on cède en lui recommandant de promettre de ne plus faire de mensonge. On peut dire que, par faiblesse, pour seulement le revoir sourire, on a œuvré contre le bien de cet enfant qui n’aura aucun remord à mentir de nouveau !
- La négligence qui provient d’une inertie vo- lontaire. Les bonnes intentions vagues et générales ne suffisent pas pour rendre quel- qu’un vertueux. Les bonnes intentions doi- vent être servies par une loyale prudence. Sauf cas de force majeure, si, parce qu’il est trop tard ou qu’on est fatigué et mal organi- sé, on se permet de ne pas faire dire la prière aux enfants, mais qu’on n’omet pas de leur
faire se brosser les dents, on inverse les valeurs. L’enfant sait
bien que c’est mal de man-
quer à ce devoir quotidien dû au
Bon Dieu. On peut toujours raccourcir la prière ou même, pour les petits, la limiter à un signe de croix « beaucoup plus beau que d’habitude », mais on n’occultera jamais to- talement ce moment rituel qui pourrait en- traîner des relâchements spirituels au mo- ment de l’adolescence, et peut-être même avant ! Il faut du courage et laisser la priori- té à ce qui prime.
La liste pour- rait bien sûr être plus longue, rete- nons que nous péchons contre la pru- dence par défaut ou par excès : étour- derie, légère- té (langage), confiance
aveugle, amour déré-
glé, haute opinion de soi-même, astuce-tromperie- fraude, inquiétude exagérée, etc.
Lorsque l’esprit doit faire appel à la prudence, il trouve en la force le pouvoir d’écarter les obs- tacles, la volonté d’obéir à la raison pratique. Se- lon le choix à faire, ou l’épreuve à traverser, la Force éclaire la prudence, et soit l’âme résiste, soit elle livre un combat pour atteindre le meilleur but. Il n’est guère de plus grande satisfaction que d’avoir bien rempli sa journée, ou de voir croître des vrais hommes, de vraies femmes en ses en- fants. L’exercice de la vertu dans l’accomplisse- ment du devoir d’état s’accompagne toujours de contentement, malgré les misères inévitables de cette vie, c’est ainsi que nous pourrons restaurer patiemment la cité et l’Église.
Sophie de Lédinghen
Stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis :
quelles leçons en tirer pour la France ?
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a « stratégie de sécurité nationale des États
-Unis d’Amérique » signée par le prési- dent Donald Trump et publiée en no-
vembre 2025 est un exercice auquel se livre pério- diquement le gouvernement américain. Ce docu- ment marque une rupture avec la doxa qui préva- lait depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. Il se situe dans la lignée du discours du vice- président J.D. Vance à Munich le 14 février 2025 et de celui du président Trump à l’ONU le 23 sep- tembre 2025,
tout en allant plus loin sur le fond.
L’objectif gé- néral de la stratégie amé- ricaine semble demeurer le même : les Etats-Unis doi- vent rester « le pays le plus
fort, le plus riche, le plus puissant et le plus pros- père du monde » mais le document regrette que, depuis la fin de la guerre froide, les élites améri- caines se soient convaincues « que la domination permanente des Etats-Unis sur le monde entier était de l’intérêt supérieur de notre pays. Pour- tant, les affaires des autres pays ne nous concer- nent que si leurs activités menacent directement nos intérêts ». Les États-Unis n’ont pas toutefois cessé d’être impérialistes depuis le second avène- ment de Donald Trump en janvier 2025 et celui-ci n’est pas devenu « isolationniste ». Cela dit, il veut limiter les interventions militaires améri- caines au minimum. Il rejette la théorie des néo- conservateurs qui voulaient voir les États-Unis imposer par les armes leur modèle démocratique dans tous les pays du monde. En suivant un tel raisonnement, Bill Clinton n’aurait pas bombardé
la Serbie, George Bush junior n’aurait pas détruit l’Irak et Barack Obama n’aurait pas aidé Nicolas Sarkozy à anéantir la Libye. En outre, au-delà du principe, cette politique de domination perma- nente a un coût gigantesque que l’Amérique n’a plus les moyens de financer. La menace principale qui pèse sur les Etats-Unis se trouve en Asie où il faut gagner la compétition économique et prévenir les affrontements militaires avec la Chine en réé- quilibrant la relation et, pour cela, renforcer la dis-
suasion mili- taire en s’ap- puyant sur le Japon, l’Aus- tralie et surtout l’Inde, pivot de ce « Quad », alliance à quatre censée tenir la Chine en respect.
La stratégie de sécurité natio-
nale dit expressément que les États-Unis respec- tent les traditions et le système politique de chaque pays, ainsi que la souveraineté des nations. La suite va à rebours de ce que font les dirigeants européens : « L’unité politique fondamentale du monde est et restera l’Etat-nation. » Le mondia- lisme est enterré, tout le monde l’a compris, sauf les dirigeants français et européens. Le document dresse à juste titre un tableau sombre des nations européennes, dont la France, qui sont en pleine décadence et menacées de disparaître, ce qui rap- pelle les mots de Paul Valéry : « Nous autres civi- lisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles. » C’est encore plus vrai des nations et c’est l’enjeu fondamental. Pour que la France demeure, il est impératif qu’elle retrouve sa grandeur. Le mot d’ordre de Donald Trump :
« Rendez sa grandeur à l’Amérique (make >>>
>>> America great again) » est exportable dans
les autres pays.
Le document souligne que les pays européens re- présentaient 25% du PIB mondial en 1990 à com- parer aux 14% d’aujourd’hui. Mais il y a pire :
« Ce déclin économique n’est rien au regard de la perspective bien réelle et encore plus sombre d’un effacement civilisationnel. Les sujets les plus graves auxquels l’Europe doit faire face sont : les entreprises de l’Union européenne et d’autres en- tités transnationales qui sapent la liberté poli- tique et la souveraineté, les politiques migratoires qui sont en voie de transformer le continent et sont la source de conflits, la censure de la liberté d’expression et la disqualification de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité, la perte des identités nationales et de l’estime de soi. »
Cette stratégie nationale de sécurité aborde aussi des sujets de politique intérieure, en évoquant no- tamment l’éradication des mesures de diversité, équité et inclusion qui instituaient une discrimina- tion illégitime au détriment des personnes plus talentueuses et plus méritantes. Le document ma- nifeste la volonté de refaire des États-Unis une
« méritocratie » pour que seule soit prise en compte la valeur des individus. Il appelle à la ré- industrialisation des États-Unis, tout comme nous devrions faire de la réindustrialisation en France
et en Europe une ardente obligation. Il rejette à bon droit le libre-échange érigé en
valeur suprême. Le document dé-
nonce les théories du GIEC et l’origine
anthropique du changement climatique : « Nous rejetons les idéologies désastreuses du “changement climatique” et du “zéro émission nette” qui ont tant nui à l’Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires. » L’adversaire en question est bien sûr la Chine, qui inonde le monde entier de ses panneaux photovol- taïques avec les encouragements béats des écolo- gistes et de leurs affidés. L’immigration est l’un des sujets principaux traités dans le document. Y est rappelée cette évidence trop souvent oubliée qu’une nation souveraine est libre de décider qui peut entrer, séjourner et s’installer sur son terri- toire.
La politique que préconisent le président Donald Trump et l’administration américaine dans ce do- cument peut être pour nous une source d’inspira- tion. Il nous faut donc « un renouveau spirituel » et « cultiver la résistance ». Une phrase attire l’at- tention : « L’influence croissante des partis pa- triotiques européens est source d’un grand opti- misme. » Nous voudrions le croire. A vue hu- maine, rien n’est moins sûr.
Thierry de la Rollandière
28 avril :
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673 – 1716)
« Ô Père tout-puissant, ô Dieu plein de bonté, envoyez-nous des Cieux la divine Sagesse, donnez-nous-La, don- nez, la charité nous presse. Exaucez, exaucez les soupirs de notre pauvreté. Douce Vierge Marie, exaucez Vos enfants, obtenez-nous de Dieu la di- vine Sagesse, priez pour nous, priez, la charité nous presse. Laissez-Vous attendrir à nos besoins pressants. Ainsi soit-il. »
Des choix fondamentaux
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ous pouvons avoir une fierté légitime de notre prudence terrestre dans la conduite de notre car- rière professionnelle ou celle de nos affaires familiales, bien que, la vie passant, les évènements inattendus ou les circonstances imprévues viennent souvent perturber ce que nous avions prévu
ou anticipé.
En effet, il semble que rien ne doive se passer comme nous l’avions planifié, et que la Providence soit fa- cétieuse et contrarie souvent nos beaux projets matériels. Cela remet en place notre petit orgueil qui a ten- dance à tout régenter !
Et pourtant, il est une prudence à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, et qui est facilitée par les inspi- rations du Saint-Esprit : c’est le choix que nous faisons des conditions dans lesquelles nous nous plaçons, nous et notre famille, pour que tout converge vers l’acquisition des vertus et la possibilité d’atteindre le bonheur éternel à la fin de nos jours. Les choix fondamentaux se font très jeune : dès la prime jeunesse, le choix de vie, de bons camarades, d’études ayant un sens, marque la prudence du jeune adulte. Viendront également la réponse à sa vocation, ou le choix d’un conjoint, selon ces mêmes principes de prudence sur- naturelle, puis celui des conditions dans lesquelles cette famille s’établira, près d’une paroisse et d’une école en harmonie avec la ligne de conduite
des parents.
Certes, ces choix ne sont souvent pas faciles, mais ils sont primordiaux pour atteindre le but final. Si le royaume des Cieux souffre vio- lence, combien est-il facilité par ce faisceau de décisions qui permettent de tenir le cap tout au long de la vie ! Le Saint-Esprit et Notre-Dame, Vierge très prudente, sont des conseils émi- nemment puissants en ces circonstances.
Quelle chance nous avons, nous catholiques, de pouvoir en bénéficier et de les savoir nos soutiens infaillibles !
Ma bibliothèque
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ous trouverez ici des titres que nous conseillons sans aucune réserve (avec les remarques nécessaires si besoin) pour chaque âge de la famille.
En effet, ne perdons pas de vue combien la lecture d’un bon livre est un aliment complet ! Elle augmente la puissance de notre cerveau, déve- loppe la créativité, participe à notre développement personnel, nous dis- trait, nous détend et enfin elle enrichit notre vocabulaire.
Dès l’enfance, habituons nos enfants à aimer les livres ! Mais, quel que soit l’âge, le choix est délicat tant l’on trouve des genres variés… N’ou- blions jamais qu’un mauvais livre peut faire autant de mal qu’un mau- vais ami !
ATTENTION : Quand nous conseillons un titre, cela ne signifie pas que tous les ouvrages du même auteur sont recommandables.
EVE LAVALLIERE – Une Marie-Madeleine des temps modernes – H. Lannier – 2025
Belle biographie de cette comédienne de variété, talentueuse et admirée, célèbre auprès du « Tout Paris » au début du XXe siècle. En juin 1917, au faîte de sa carrière, frappée par la grâce, elle se convertit profon- dément, abandonne tout et passera le reste de sa vie proche du Bon Dieu en supportant saintement l’oubli, la solitude et de multiples épreuves. Une belle preuve de la Toute-Puissance divine ! En deuxième partie, on trouvera une sélection de lettres et de prières qui permettront de découvrir ses conseils pour progresser dans la voie de l’amour de Dieu.
LES CORPS INTERMEDIAIRES – Michel Creuzet – DPF – 2025
Ouvrage magistral publié en 1964 par l’un des cadres éminents de la Cité Catholique, ce livre d’étude heu- reusement réédité est plus pertinent que jamais alors que la faillite de l’Etat semble consommée, que notre société se disloque et que notre civilisation s’éteint. Solide et accessible, ce livre conviendra particulière- ment à tous ceux qui souhaitent contribuer au redressement du corps social en vue du règne de Notre- Seigneur sur les nations et sur les âmes.
FABLES de La Fontaine – ill. par Ph Mignon – Nathan – 2025
A l’occasion des 330 ans de la mort de Jean de La Fontaine, Philippe Mignon a choisi d’illustrer cet album en incorporant les animaux cités dans des paysages signés par de grands peintres : Dürer, Chardin, Brueghel… Vous découvrirez ici les 15 fables les plus célèbres dont l’illustration originale marquera pour longtemps l’imagination des lecteurs.
COLORIAGE BALADES EN FORET – Miss Fauvine – Marabout – 2025
Ces 22 planches à colorier, (imprimées sur du papier épais convenant autant à l’aquarelle qu’à la gouache, aux feutres ou aux crayons de couleur) réjouiront les enfants. Le modèle de la page de gauche leur donnera les indications de couleur. Ces scènes champêtres sont un bon support pour former les goûts et les cou- leurs !
Acte de charité
« Bien vivre n’est rien d’autre qu’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son
esprit, » et comment aimer Dieu si nous ne le connaissons pas ? Aimer Dieu ! Vaste programme ! Et l’aimerons-nous jamais assez ?
La maman pourra lire ou simplement s’inspirer de ces pensées pour entretenir un dialogue avec ses en- fants ; elle l’adaptera à l’âge de chacun mais y trouvera l’inspiration nécessaire pour rendre la pré- sence de Dieu réelle dans le quotidien matériel et froid qui nous entoure. Elle apprendra ainsi à ses en- fants, petit à petit, à méditer ; point n’est besoin pour cela de développer tous les points de ce texte si un seul nourrit l’âme de l’enfant lors de ce moment privilégié. Ainsi, quand les difficultés surgiront, que les épreuves inévitables surviendront, chacun aura acquis l’habitude de retrouver au fond de son cœur Ce- lui qui ne déçoit jamais !
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on Dieu je vous aime de tout mon cœur, et par-dessus toutes choses, parce que vous êtes infi- niment bon, infiniment aimable, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous.
Composition de lieu
« Jésus dit à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : oui, Sei- gneur, vous savez que je vous aime. » (Jean, XXI, 15). Après sa résurrection, Notre-Seigneur pose trois fois de suite cette question à saint Pierre, qui l’avait trahi quelques jours auparavant.
Corps de la méditation
A moi aussi Jésus pose cette question, et à chaque fois je veux répondre avec la même spontanéité que saint Pierre : « Vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime ! » et surtout lorsque je viens de le trahir par le péché, Notre-Seigneur attend que je lui redise, avec mon repentir, tout mon amour.
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme et ton prochain comme toi-même. » Tel est le premier de tous les commandements. Mon Dieu, je Vous aime de tout mon pauvre cœur faible et misérable, et par-dessus toute créature : mes parents, ma famille et mes amis, mais aussi par-dessus cette part de gâteau dont j’ai tellement envie, ou cette collection de playmobils dont je rêve ; et surtout je Vous aime par-dessus moi- même, moi et ma petite volonté propre. Est-il possible de ne pas aimer par-dessus tout ce qu’il y a de meilleur et de plus aimable ? Non seule- ment Vous êtes le meilleur des pères pour moi, mais surtout aucune créature ne peut Vous éga- ler ! Même la très sainte Vierge Marie, celle qui m’a pris pour son enfant au pied de la croix, ne peut Vous être comparée ! Si je ne Vous aime pas plus que tout, c’est que je ne Vous connais >>>
>>> pas, ou mal. Celui qui n’a jamais goûté le chocolat ne peut l’aimer, c’est évident.
Alors il faut que je Vous connaisse toujours plus pour vous aimer toujours mieux.
Vous aimer plus que tout peut sembler facile à côté du commandement qui suit : tu aimeras
ton prochain comme toi-même. Cela peut devenir vraiment douloureux, comment aimer autant
ce camarade de classe qui ricane à chaque fois que je bafouille dans la récitation de ma poésie ? Ou ma cousine qui joue si bien du violon qu’elle en devient agaçante ? Et surtout ceux qui nous persécutent ? Qu’est-ce donc qu’aimer ?
Aimer, c’est vouloir le bien pour l’autre, c’est-à dire le Ciel ! Se réjouir de ce qui l’en rapproche et s’attris- ter de ce qui l’en éloigne. J’aimerai mon prochain comme moi-même en me rappelant que nous avons tous étés faits à l’image de Dieu, et je dois respecter cette image, surtout quand la Sainte Trinité a fait sa de- meure dans le cœur de mon prochain par le saint baptême. Alors, par amour pour l’Hôte sacré des âmes qui m’entourent, je vais m’appliquer à les aimer chrétiennement.
Colloque
Sur la Croix, mon Jésus, Vous m’avez montré ce que veut dire ce mot : aimer. Et Vous êtes mort par amour pour moi ! Alors, mon âme, réponds généreusement à tant d’amour ! Sainte Vierge Marie, ma tendre mère, apprenez-moi à aimer comme vous, en regardant mon prochain avec les yeux de la charité et de la miséricorde. Mon saint Ange, ami fidèle, aidez-moi à rechercher sans cesse le bon plaisir de Celui que j’aime.
Germaine Thionville
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Vices et vertus
Un combat qui se joue aussi dans l’art
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u Ve siècle, le poète chrétien Prudence écrivit la Psychomachie, poème épique en vers latin rédigé dans un style rappelant celui de l’Enéide de Virgile. Il relate le combat de l’âme qui, sous la plume de Prudence, prend la forme d’une lutte opposant de manière allégorique les vices aux ver-
tus. Héritier d’une thématique populaire dans l’Antiquité, la Psychomachie fut l’un des poèmes les plus appréciés de la littérature médiévale.
Les vertus dans l’Antiquité
Dès l’Antiquité, différents auteurs théorisent les vices et les vertus. L’Apologue de Prodicos évoque Her- cule, amené à choisir entre le chemin du vice, celui de la facilité, et celui de la vertu, ardu et semé d’em- buches. De son côté, Aristote définit la vertu comme un juste milieu entre deux excès, les vices étant des déviations de ce juste milieu. C’est à lui que l’on doit la définition des quatre vertus cardinales : Prudence, Justice, Force et Tempérance.
Etymologiquement la vertu, virtus, dérive de vir, l’homme, ce qui en fait en apparence une qualité exclusivement virile. Pourtant, dans les arts comme dans la litté- rature, les vertus sont presque toujours repré- sentées sous les traits d’une femme. Aux yeux des Romains, elles in- carnent l’ordre et la dis- cipline exigée du citoyen
romain, par contraste avec la mollesse prétendue des « barbares ». Certaines sont divinisées telle la Con- corde, fille de Jupiter et de Thémis, ou la Piété. Elles figurent notamment sur les monnaies impériales.
Dès les premiers siècles, les auteurs chré- tiens comme Tertullien ou Grégoire le Grand reprennent la classification d’Aris- tote et christianisent les vertus et les vices. D’autres comme Prudence déve- loppent la thématique sous forme litté- raire.
La psychomachie
La Psychomachie est largement connue et répandue dès les premiers siècles, mais il faut attendre le XIe siècle pour que les manuscrits enluminés du texte se multi- plient. L’iconographie du combat des vices et des vertus apparaît alors >>>
>>> également dans le décor mo- numental des églises. Comme auparavant, chaque vertu est per- sonnifiée et dotée d’attributs, telle la Patience, casquée et ar- mée, affrontant la colère aux che- veux hirsutes qui se blesse avec sa propre arme.
La plupart du temps, c’est le combat lui-même qui est mis en image : de manière très militaire un vice à terre est piétiné par une vertu dont la représentation est parée de toutes les marques du guerrier triomphant : heaume,
bouclier, étendard, etc… Répété autant de fois qu’il y a de vices et de vertus, ce type de combat militaire apparaît parfois dans les intrados des fenêtres ou sur le tympan des portails. Apotropaïques, les vertus re- poussent les vices en dehors de l’édifice.
Conclusion
La Psychomachie demeure populaire et largement répandue jusqu’à la fin du Moyen-Âge. Puis elle dispa- raît progressivement au profit du simple triomphe de la vertu sur le vice. Couronnées de laurier, les vertus chassent les vices comme sur le tableau d’Andrea Mantegna (XVIe siècle) où Minerve chasse les vices du jardin de la vertu.
Une médiéviste
Actualités culturelles
· Hisardere (Turquie)
L’archéologie ne cessera jamais de nous émerveiller ! C’est en Turquie, près de la ville d’Iznik, qu’a eu lieu cette fois une découverte majeure. Berceau du christianisme, Iznik était autrefois appelée Nicée, lieu du concile du même nom ; c’est donc ici qu’a été proclamé le Credo il y a 1 700 ans. Dans le proche vil- lage d’Hisardere, les archéologues ont mis au jour une tombe paléochrétienne datant probablement du IIIe siècle après J.-C. Erigé à une période où les chrétiens étaient encore persécutés par les Romains, ce caveau funéraire est enseveli sous terre. Les fouilles y ont dévoilé une splendide fresque représentant le Christ en Bon Pasteur, dans un état de conservation exceptionnel. Jeune et imberbe, Jésus y est vêtu d’une toge ro- maine, portant une brebis sur ses épaules ; des très rares exemples de Christ en Bon Pasteur en Anatolie, celui-ci est le mieux préservé et l’un des seuls où l’on voit Jésus avec des attributs romains.
· Le Caire (Egypte)
Depuis le 23 décembre dernier, le Grand Musée Egyptien du Caire mène une restauration d’envergure sous les yeux-mêmes du public ! Inauguré le 1er no- vembre 2025, le tout récent musée a en effet accueilli la fameuse barque solaire de Khéops, qui constitue « le plus grand et le plus ancien artefact en bois de l’histoire de l’humanité » ; longue de 43,5 mètres et large de 6 mètres, le vestige de 20 tonnes est composé de 1250 pièces de bois (acacia et cèdre). Découverte (en pièces détachées) en 1954 dans l’une des cinq fosses formant le complexe funéraire de Khéops, l’embarcation était destinée au transport de l’âme du Pharaon dans l’au-delà. Elle a donc été construite sous le règne-même de Khéops, il y a environ 4 600 ans. Aujourd’hui, sa restaura- tion a lieu au sein du musée, sous les yeux des visiteurs, dans un bâtiment de 4 000 m2 construit à cet effet ; elle devrait s’achever dans quatre ans.
· Montluçon (France, Allier)
C’est dès le XIe siècle que l’on peut observer un pre- mier espace de fortifications, à l’emplacement actuel du château des ducs de Bourbon (Montluçon). Quelques modifications ont lieu jusqu’en 1375, date à laquelle Louis II de Bourbon et ses frères amorcent la construction d’un château-fort qui s’achèvera en 1410. De nombreuses transformations ont ensuite lieu du XVe au XIXe siècle, jusqu’à lui donner son aspect actuel. Logement privé, tribunal, caserne mili- taire, salle de spectacle et même café, le château con- naît de nombreux changements d’affectation jusqu’à
devenir un musée particulièrement éclectique en 1959. Celui-ci ferma définitivement en 2013, laissant le monument désaffecté, à l’exception de quelques expositions temporaires au rez-de-chaussée (les étages servant de réserves pour les collections municipales). Après de nombreuses réflexions et 18 mois de tra- vaux, le bâtiment a enfin trouvé sa nouvelle affectation : depuis le 11 novembre dernier, vous pouvez ef- fectivement y découvrir un tout nouveau musée dédié à l’histoire locale. Une approche particulièrement intéressante qui redonnera sans aucun doute un nouvel essor à la ville.
· Paris (France)
Alors que plusieurs capitales européennes comme Londres, Berlin ou Stockholm possèdent un musée des transports, la capitale de la France, elle, ne présente rien de similaire. Mais c’est une affaire résolue puisque la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP) a récemment annoncé l’ouverture d’un >>>
>>> musée des transports urbains parisiens en 2032. Ce lieu de mémoire unique s’installera dans les ateliers de maintenance de Championnet, dans le XVIIIe arrondissement ; dévolu aux transports urbains depuis le XIXe siècle et appartenant aujourd’hui à la RATP, ce site est emblématique puisqu’il a été le té- moin de l’évolution des modes de transports, depuis les omnibus à chevaux et les métros en bois jusqu’aux moyens de locomotion actuels. Une centaine de véhicules anciens, ferrés ou routiers, y seront exposés (dont une reconstitution de la première rame en bois de la ligne 1 du métro), ainsi que 5 000 objets et élé- ments de signalétique, maquettes, mobiliers, outils, uniformes, etc. On peut ajouter à cela quelques-unes des 260 000 photos, 9 000 vidéos et 1 300 affiches que possèdent les archives de la RATP. Aux collections permanentes seront associées des expositions temporaires qui ajouteront à la richesse de l’ensemble. Ren- dez-vous donc dans 6 ans pour découvrir cet espace mythique retraçant plus de 100 ans d’histoire pari- sienne.
PLUS RAPIDE, PLUS EFFICACE …
Les 1001 astuces qui facilitent la vie quotidienne !
Une rubrique qui tente de vous aider dans vos aléas domestiques.
Les lourds sacs de patates
Tout est dans l’image à observer de près…
Pour porter un sac de pommes de terre de 10, 15 ou 20 kg, la prise est difficile… Non ! Très facile avec ce truc. A travers la maille du filet,
saisissez à une distance d’un avant-bras, dans chacun de vos poings une pomme de terre. Ainsi, votre prise sera assurée grâce à ces pseudo poignées. Le seul inconvénient sera peut-être des mains saupoudrées de terre… Alors, mettez des gants ! Et vous ne porterez plus jamais de la même façon cette charge !
Je le redis : que les championnes de l’organisation n’hésitent pas à partager leurs trésors d’organisation en écrivant au journal. Partageons nos talents…
Antiparasitaires naturels
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près avoir présenté quelques thérapies conventionnelles fabriquées par l’indus- trie, comme le Flubendazole
(Fluvermal), l’Albendazole (Zentel) ou le Pyran- tel (Combantrin) pour le traitement des infections parasitaires, traitements efficaces mais qui ne sont pas dépourvus d’effets secondaires, il faut main- tenant parler des anti-parasitaires naturels que sont les plantes.
Cependant il ne faut pas non plus s’imaginer que ces anti-parasitaires naturels
sont tout à fait anodins et dépourvus d’effets toxiques. Ce sont des plantes, certes, mais il faut également être attentif aux effets secon- daires et toxiques de ces plantes.
Ces remèdes naturels sont utilisés depuis des siècles. Parmi les plantes couram- ment citées on trouve l’anis, le noyer noir, le clou de gi- rofle, la menthe frisée, l’ail, la gentiane, l’extrait de pé- pins de pamplemousse, le lapacho, le neem, la feuille d’olivier, l’origan, la propo- lis, la graine de courge, le lierre odorant, la tanaisie, le terminalia arjuna, le thym, la sève de vermillon et l’ab- sinthe.
Aujourd’hui nous porterons nos regards sur l’origan.
L’origan est une plante aromatique utilisée depuis des siècles en Egypte et en Inde, cette plante y est même considérée comme sacrée. A l’époque des Grecs et des Romains, cette plante était très ap- préciée et utilisée comme symbole de bonheur et d’amour en étant offerte aux jeunes mariés. Son nom, origanum, signifie « joie des mon- tagnes » (étymologie grecque : « oros-montagne »
et « ganos-joie ») car elle embellissait les pentes et les coteaux arides.
L’origan, aussi appelé origanum vulgare, appar- tient à la famille des Lamiacées. Elle est aussi appelée marjolaine sauvage et possède une forte odeur de thym très reconnaissable. C’est une plante aromatique très utilisée pour parfumer les aliments, notamment les pizzas, les pâtes, les sa- lades, les poissons, les viandes et diverses sauces,
en ajoutant une légère touche piquante et aromatique aux plats. L’origan est très appré- cié notamment dans la cui- sine italienne et méditerra- néenne, devenant une herbe pratiquement incontournable sur les pizzas. C’est égale- ment une plante embléma- tique de la cuisine grecque où on le retrouve dans des plats comme le tzatziki ou la salade crétoise. De plus il se marie très bien avec le thym et le basilic.
D’un point de vue médicinal, l’origan possède de nom- breuses vertus grâce à ses propriétés antioxydantes, antimicrobiennes, anti- inflammatoires et anticancé- reuses.
Propriétés thérapeutiques :
– Antibiotique : l’origan est un antibiotique naturel très puissant : il devient un allié de choix contre la grippe et autres maladies hivernales. Il a aussi une action anti-virale. Il est avant tout connu pour ses propriétés antimicro- biennes : il agit comme un antibiotique naturel contre un large spectre de bactéries, virus et champignons. Cette efficacité est due à deux composants majeurs de son huile essentielle : le carvacrol et le thymol. >>>
>>> – Antiparasitaire : il permet de lutter contre les problèmes intestinaux tels que les parasites intestinaux et les gastro-entérites.
– Anti-inflammatoire : il contient une multitude de flavonoïdes qui sont de puissants antioxydants. Ceux-ci protègent des radicaux libres. Ils sont également anti-inflammatoires. Certains de ces flavonoïdes régulent le métabolisme des glucides, sont antalgiques et anti-allergiques. Selon une étude de Food Chemistry (2017), cette herbe aro- matique possède une activité antioxydante supé- rieure à celle de nombreuses autres (romarin, thym, basilic), grâce à sa richesse en flavonoïdes, polyphénols, acides phénoliques. L’inflammation chronique, souvent silencieuse, est aujourd’hui reconnue comme un facteur-clé dans le développement de nombreuses patholo- gies : maladies cardiovasculaires, troubles méta- boliques, affections neuro-dégénératives…
L’huile essentielle stimulerait la production de
sucs digestifs pour faciliter la digestion des ali- ments. Ses propriétés carminatives aident à ré- duire la formation de gaz intestinaux, soulageant les ballonnements inconfortables. Enfin, son ac- tion légèrement spasmolytique contribuerait à dé-
tendre les muscles digestifs, apaisant les crampes
et les spasmes.
Effets secondaires : l’huile essentielle d’origan est très puissante et présente une causticité éle- vée ! Elle est réservée aux adultes et adolescents et pour des occasions exceptionnelles ; elle s’uti- lise sur des temps très courts. Cette huile ne peut être utilisée par les femmes enceintes. La prise d’huile essentielle d’origan par voie orale est ré- servée à la prescription médicale et toute per- sonne asthmatique ou épileptique doit demander un avis médical avant d’utiliser cette huile essen- tielle.
Son action anti-microbienne peut aussi affecter l’équilibre de votre flore intestinale. Cette flore joue un rôle important dans la digestion, l’immu- nité et même le bien-être psychologique. Pour cette raison, on vous invite à utiliser, en parallèle, des probiotiques.
Dr Rémy
Mes plus belles pages
Mes plus belles pages… Pour les mamans
Ballade à Marie
Mère de Dieu, divine ménagère
Qui besognez aux célestes parvis,
Reine angélique et pauvre sur la terre, Tout occupée à frotter le logis,
A cuisiner, à tirer l’eau du puits, Apprenez-nous cet art du sacrifice Car nous serions disposées au dépit
S’il nous fallait n’attendre que justice ! Lasse ce soir de besognes vulgaires, Le cœur serré d’absurdes chamaillis,
Je viens à vous pour vous dire, ô ma Mère, Donnez courage aux femmes d’aujourd’hui ! Vous qui, trente ans, travaillâtes sans bruit En attendant de vider le calice,
Épargnez-nous d’être âprement surpris S’il nous fallait n’attendre que justice ! Cancan, laideur, sottise m’exaspère,
Je ne suis pas bien indulgente ni
Douce pour ceux qui ne me plaisent guère, Je souris peu à qui me contredit.
Reine de paix qui voyez mes délits, Dame de qui dépend tout bénéfice, Je le sais trop, mon lot serait réduit S’il fallait n’attendre que justice !
Reine, à ma mort, m’accordez votre appui
Quand s’ouvrira l’infernal précipice !
Quels sombres lieux recevraient notre esprit S’il nous fallait n’attendre que justice !
Henriette Charasson (1884-1972)
RECETTES
Notre citation pour mars et avril :
Le chœur de Foyers Ardents
« … Mais, entre ces accords, à mon gré le plus doux, C’est l’air vague et plaintif, la sourde cantilène
Que les matelots grecs, hôtes fréquents chez nous, Chantent sur leur navire, assis vers la poulaine.
Sans varier d’un son, d’où viens-tu, chant si vieux, Héritage flottant qu’un siècle à l’autre envoie ? Est-il vrai, matelots, que, parmi vos aïeux,
On le chantait aux jours de la guerre de Troie ?… Joseph Autran « Chanson du soir » Les poèmes de la Mer, 1859
Le « Media voce sumus » est sans doute d’origine byzantine, très ancienne. Cette antienne apparaît dans les textes du XIe siècle. Il est rapporté dans la vie de saint Thomas d’Aquin que ce dernier pleura un soir, lors de l’office des complies de Carême en l’entendant.
Saint Thomas d’Aquin ne souhaitant d’autre récompense que le Seigneur, a trouvé cette demande ma-
gnifiquement concrétisée dans le texte de cette antienne.
“Media vita in morte sumus”
Media vita in morte sumus ; quem quærimus adjutorem, nisi te, Domine ?
qui pro peccatis nostris juste irasceris.
Sancte Deus, Sancte fortis, Sancte misericors Salvator, amare morti ne tradas nos.
In te speravimus, patres nostris Speraverunt et liberasti eos.
Sancte Deus, Sancte fortis, Sancte misericors Salvator, amare morti ne tradas nos.
En cette vie nous cheminons à moitié dans la mort
Que cherchons-nous comme aide
Si ce n’est Vous, Seigneur ?
Vous qui Vous irritez justement pour nos péchés.
Dieu Saint, saint et fort
Saint miséricordieux Sauveur
Ne nous livrez pas à l’amère mort.
Nos pères ont placé leur espoir en Vous Ils ont espéré et Vous les avez libérés.
Dieu Saint, saint et fort
Saint miséricordieux Sauveur
Ne nous livrez pas à l’amère mort.
Media vita in morte sumus • Chœur de l’abbaye de Saint-Wandrille de Fontenelle
BEL CANTO
La chanson d’ici
Ici quand on s’arrête
On fait son nid comme un oiseau On laisse fuir le temps et l’eau
Et les nuages sur sa tête Ici, quand on s’arrête
Refrain :
C’est ici mon pays
Mon peu de terre, mon peu de ciel Ici que pousse mon soleil
Et que ma vie passe trop vite Avec ses fleurs et ses limites C’est ici mon pays
Ici quand mon cœur aime
Il faut que tout aime avec lui Que le jour chante avec la nuit
Que la joie vienne après la peine Ici, quand mon cœur aime (Refrain)
Ici quand le temps passe
On voit fleurir d’autres vingt ans Qui nous ramènent au bon temps De ceux qui chantent à notre place
Ici, quand le temps passe (Refrain ) C’est ici mes vieux amis
Chansons d’ici – Album par L’Accroche-Choeur, ensemble vocal Fribourg | Spotify