la « stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique » signée par le président Donald Trump et publiée en novembre 2025 est un exercice auquel se livre périodiquement le gouvernement américain. Ce document marque une rupture avec la doxa qui prévalait depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. Il se situe dans la lignée du discours du vice-président J.D. Vance à Munich le 14 février 2025 et de celui du président Trump à l’ONU le 23 septembre 2025, tout en allant plus loin sur le fond.
L’objectif général de la stratégie américaine semble demeurer le même : les Etats-Unis doivent rester « le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde » mais le document regrette que, depuis la fin de la guerre froide, les élites américaines se soient convaincues « que la domination permanente des Etats-Unis sur le monde entier était de l’intérêt supérieur de notre pays. Pourtant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts ». Les États-Unis n’ont pas toutefois cessé d’être impérialistes depuis le second avènement de Donald
Trump en janvier 2025 et celui-ci n’est pas devenu « isolationniste ». Cela dit, il veut limiter les interventions militaires américaines au minimum. Il rejette la théorie des néo-conservateurs qui voulaient voir les États-Unis imposer par les armes leur modèle démocratique dans tous les pays du monde. En suivant un tel raisonnement, Bill Clinton n’aurait pas bombardé la Serbie, George Bush junior n’aurait pas détruit l’Irak et Barack Obama n’aurait pas aidé Nicolas Sarkozy à anéantir la Libye. En outre, au-delà du principe, cette politique de domination permanente a un coût gigantesque que l’Amérique n’a plus les moyens de financer. La menace principale qui pèse sur les Etats-Unis se trouve en Asie où il
faut gagner la compétition économique et prévenir les affrontements militaires avec la Chine en rééquilibrant la relation et, pour cela, renforcer la dissuasion militaire en s’appuyant sur le Japon, l’Australie et surtout l’Inde, pivot de ce « Quad », alliance à quatre censée tenir la Chine en respect.
La stratégie de sécurité nationale dit expressément que les États-Unis respectent les traditions et le système politique de chaque pays, ainsi que la souveraineté des nations. La suite va à rebours de ce que font les dirigeants européens : « L’unité politique fondamentale du monde est et restera l’Etat-nation. » Le mondialisme est enterré, tout le monde l’a compris, sauf les dirigeants français et européens. Le document dresse à juste titre un
tableau sombre des nations européennes, dont la France, qui sont en pleine décadence et menacées de disparaître, ce qui rappelle les mots de Paul Valéry : « Nous autres civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles. » C’est encore plus vrai des nations et c’est l’enjeu fondamental. Pour que la France demeure, il est impératif qu’elle retrouve sa grandeur. Le mot d’ordre de Donald Trump : « Rendez sa grandeur à l’Amérique (make America great again) » est exportable dans les autres pays.
Le document souligne que les pays européens représentaient 25% du PIB mondial en 1990 à comparer aux 14% d’aujourd’hui. Mais il y a pire : « Ce déclin économique n’est rien au regard de la perspective bien réelle et encore plus sombre d’un effacement civilisationnel.
Les sujets les plus graves auxquels l’Europe doit faire face sont : les entreprises de l’Union européenne et d’autres entités transnationales qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui sont en voie de transformer le continent et sont la source de conflits, la censure de la liberté d’expression et la disqualification de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité, la perte des identités nationales et de l’estime de soi. »
Cette stratégie nationale de sécurité aborde aussi des sujets de politique intérieure, en évoquant notamment l’éradication des mesures de diversité, équité et inclusion qui instituaient une discrimination illégitime au détriment des personnes plus talentueuses et plus méritantes. Le document manifeste la volonté de refaire des États-Unis une « méritocratie » pour que seule soit prise en compte la valeur des individus. Il appelle à la ré-industrialisation des États-Unis, tout comme nous devrions faire de la réindustrialisation en France et en Europe une ardente obligation. Il rejette à bon droit le libre-échange érigé en
valeur suprême. Le document dénonce les théories du GIEC et l’origine anthropique du changement climatique : « Nous rejetons les idéologies désastreuses du “changement climatique” et du “zéro émission nette” qui ont tant nui à l’Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires. » L’adversaire en question est bien sûr la Chine, qui inonde le monde entier de ses panneaux photovoltaïques avec les encouragements béats des écologistes et de leurs affidés. L’immigration est l’un des sujets principaux traités dans
le document. Y est rappelée cette évidence trop souvent oubliée qu’une nation souveraine est libre de décider qui peut entrer, séjourner et s’installer sur son territoire.
La politique que préconisent le président Donald Trump et l’administration américaine dans ce document peut être pour nous une source d’inspiration. Il nous faut donc « un renouveau spirituel » et « cultiver la résistance ». Une phrase attire l’attention : « L’influence croissante des partis patriotiques européens est source d’un grand optimisme. » Nous voudrions le croire. A vue humaine, rien n’est moins sûr.
Thierry de la Rollandière