Les sœurs siamoises

           « En Islam, plus Allah est présent, moins la femme est considérée. En système hyper-libéral, moins Dieu est présent, moins la femme est considérée1 ».

           On dit que les extrêmes se touchent. Rien ne paraît pourtant plus opposé que le statut concédé à la femme dans le monde musulman et celui que lui octroie la société occidentale d’aujourd’hui. Le premier n’est-il pas celui de la séquestration et la seconde de la libération ? Quel rapport entre la femme tchadorisée et la femme émancipée ? Certes, les circonstances où elles évoluent sont diamétralement opposées. Mais, si l’on va au fond des choses ; que de rapprochements étonnants ! Nous les découvrons unaniment méconnues et chosifiées, mal-aimées et humiliées.

I – Les femmes méconnues :

La relégation de la femme musulmane dans une situation inférieure est enracinée dans le Coran. Autant l’homme musulman s’y trouve honoré et bardé de droits, autant la femme y subit « la misogynie de Mahomet2.» On l’apprend dès la quatrième sourate : « Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Allah a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci3 ». Son seul titre au respect est de devenir participante au jihad en enfantant les futurs guerriers de l’Islam ! Et plus les sociétés sont islamisées, plus la condition de la femme est celle de l’asservissement. L’intelligence de la valeur singulière de la féminité en tant que telle est étrangère au monde musulman. La femme est un ventre.

Mais nos vieux pays européens en ont-ils une meilleure perception ? Comme Péguy l’a écrit : « Le monde moderne avilit. Il avilit la cité ; il avilit l’homme. Il avilit l’amour ; il avilit la femme. Il avilit la race ; il avilit l’enfant. Il avilit la nation, il avilit la famille4 ». Comment avilit-il la femme ? Nous croyons que l’idéologie des droits de l’homme abstrait entraîne une hideuse confusion … Les êtres humains qui existent sont dans la réalité des hommes et des femmes. La pernicieuse approche droits de l’hommiste, qui décline ses dogmes les uns après les autres, aurait dû prendre le temps de méditer sur l’admirable complémentarité des sexes qui fonde les missions dans lesquelles ils se trouvent associés. Tout cela a été perdu. Au lieu de cultiver et de magnifier la singularité féminine, on a développé un égalitarisme mortifère où l’on pousse les femmes, malheureuses hommasses, à devoir prouver qu’elles peuvent égaler les hommes pour réussir polytechnique ou pour devenir camionneur, pour être catcheuse ou légionnaire… Le non -sens culmine avec la théorie du gender, véritable refus de la spécificité ontologique de la femme.

II – Les femmes chosifiées :

Non seulement les femmes sont méconnues en tout ce qui les distingue mais elles sont traitées avec brutalité et chosifiées tant par les sociétés islamisées que par les sociétés maçonnisées. De part et d’autre, la femme est un objet sexuel.

Dans l’Islam, les hommes les collectionnent dans leur harem si la fortune le leur permet. La monogamie est le sort des pauvres. Ecoutons le Coran les situer et les définir parmi les différents plaisirs du mâle musulman : « Les hommes sont attirés par le plaisir des passions que sont les femmes, les enfants, les trésors amoncelés d’or et d’argent, les chevaux de race, les troupeaux et les terres cultivées5 ».  Ne nous étonnons donc pas de l’élégante recommandation d’Allah aux maris : « Vos femmes sont pour vous un labour. Allez à votre labour à votre guise6 ».  Matériel humain nécessaire à la jouissance des pachas machos : voilà la place de la femme musulmane telle que l’a définie Allah. Les hommes ont bonne conscience puisque Dieu en a décidé de la sorte.

Mais dans la modernité, comment la femme est-elle considérée ? Il est facile de se gargariser de mots et d’énumérer des droits … La honteuse réalité éclate partout sur les murs de nos cités, nos panneaux d’affichage et nos écrans… La femme n’est qu’un corps et ce corps impitoyablement dénudé n’est qu’un appât utilisé sans vergogne pour des fins commerciales. La mission de la femme, c’est d’aider à la vente des cacahuètes et de permettre l’engraissement des banquiers. Croit-on que l’on apprendra aux enfants la considération qu’ils doivent à leur mère, à leur sœur et à leur épouse par cet érotisme omniprésent ? Si la femme est une poupée qu’on déshabille à sa guise pour écouler ses stocks, jetons-la quand les stocks sont épuisés ou que son visage devenu ridé ne la rend plus attractive.

La modernité ne recule devant rien. Toujours la maternité a été révérée, sacralisée par tous les peuples. Qu’en reste-t-il aujourd’hui où l’on curette les entrailles des femmes pour en détacher les fruits humains, où l’on légalise la location de leurs ventres comme s’ils étaient des machines ?

Dans un cas comme dans l’autre, la femme est réduite à son corps et ce corps est cyniquement exploité ou comme un faire-valoir économique ou comme un instrument de plaisir.

III – Les femmes mal-aimées

C’est dans la mesure où l’on connaît bien que l’on apprend à aimer comme on le doit. Mais l’Islam et la modernité méconnaissent la femme : la chosifient. L’amour qu’ils suscitent de la féminité est au niveau de la totale méconnaissance qu’ils en ont.

Aucun effort ne nous est demandé pour comprendre l’opposition qui existe entre la légitime aspiration d’une femme à aimer un homme et à être aimée de lui d’un amour profond et durable et le régime de la polygamie ou de sa simple menace. L’amour est ainsi fait qu’il est un absolu et n’admet pas le partage du cœur. Mais pourquoi la polygamie et pourquoi pas alors la polyandrie ? Parce que la femme est un être de deuxième plan, objet de jouissance pour les hommes et achetée à ce titre par eux. Incapable de contracter mariage selon la loi coranique, elle n’est pas apte à nouer avec son mari un échange spirituel et à être aimée pour elle-même. D’ailleurs – et c’est tout dire-, un seul mot « nikah » sert en arabe à nommer le mariage et l’acte sexuel… Ce mot a permis d’enrichir la langue française du verbe « niquer » dont on connaît l’usage …

Mais la modernité n’a rien à envier à l’Islam, elle qui prône le vagabondage sexuel comme le nec plus ultra de l’amour humain ! Les femmes sont des femelles et l’on passe de l’une à l’autre au gré de ses pulsions. Quel amour dans ces aventures libidineuses d’une nuit dont on n’attend rien d’autre que des sensations égoïstes et sans lendemain. Parce qu’elle a perdu la notion de l’amour, la modernité en propose des contrefaçons écœurantes où les hommes et les femmes apprennent à se détester et à se mépriser à mesure qu’ils prennent conscience du vide profond de leurs jeux d’amour. Qui donc a tué l’amour ? C’est l’amour libre, l’amour liberticide qui ensauvage le cœur des hommes.

IV – Les femmes humiliées

Nous dénonçons également l’Islam et la modernité. Nous dénonçons l’Islam, religion qui légitime la conception du mâle jouisseur et despote et de la femme asservie. Mais nous ne dénonçons pas moins la modernité lubrique qui devrait rougir de pérorer sur la dignité de la femme quand elle la déconsidère tant et plus. Nous dénonçons deux entités qui ravalent la dignité de la femme et qui perpétuent un cercle vicieux par la vision fausse qu’elles en donnent aux générations nouvelles. Nous récusons ensemble Elisabeth Badinter dont « la conception de la liberté et de la sexualité est ultra simple : c’est la possibilité pour chacun de vivre comme il le souhaite, y compris d’avoir des amants ou de partager l’existence d’un homme qui vous trompe » et l’ayatollah Khomeiny pour qui « le harem est certainement la plus humaine des solutions pour la femme ».

Les idées mènent le monde. Si elles sont fausses, pour son malheur, et si elles sont vraies pour son bonheur. La restauration à laquelle nous aspirons demande de retrouver la conception juste de la féminité. Elle n’est pas à inventer. Elle existe. C’est la conception chrétienne de la femme et la société continuera à se déliter tant qu’on n’y reviendra pas. Qu’on veuille bien laisser de côté les mensonges qui ont été multipliés contre la doctrine chrétienne et vouloir la découvrir pour ce qu’elle est.

Que nous enseigne l’Église ?

           Que la première personne humaine, dans l’ordre de la perfection, n’est pas un homme mais une femme. Notre-Seigneur Jésus-Christ est en effet la deuxième personne de la Sainte Trinité, Personne divine, ayant pris chair, non point personne humaine.

Que cette femme, la Très Sainte Vierge Marie, est si parfaite que Dieu ne pouvait la faire plus parfaite. Que lui a été confié le ministère le plus auguste qui soit en la faisant devenir Mère de Dieu.

Que la mentalité de tous les hommes chrétiens agenouillés devant la Très Sainte Vierge Marie a été puissamment transformée par cette dévotion.

Que le Christ est l’artisan de l’innovation la plus étonnante de l’histoire de la féminité en reconnaissant la femme maîtresse des modalités de sa vie terrestre. Si des aspirations surnaturelles l’appellent au point de lui donner le désir de renoncer au mariage et à la maternité selon la chair, libre à elle ! A sa virginité, elle associera une maternité spirituelle que l’Église célébrera. Mais si d’honnêtes désirs amènent la femme à se marier, le Christ la protège par l’élévation de l’esprit de ses lois. Qu’on en juge ! Interdiction de la polygamie, des divorces et de la répudiation. Fidélité inviolable que les époux se doivent. Délicatesse de conscience qui condamne jusqu’à ces fautes secrètes de convoitise d’une femme qui n’est pas la sienne. La chrétienté en est née : admiratrice et protectrice de la femme, consciente de l’éminente grandeur de son rôle, inculquant aux hommes et aux enfants un respect, une vénération pour celle dont dépend l’avenir des sociétés.

Si la fonction qui revient plus naturellement aux hommes est de façonner le monde, n’est-elle pas plus grande encore celle qui revient à la femme et qui est de façonner l’homme ?

Père Joseph

 

1 Anne Brassié, Stéphanie Bignon, Cessez de nous libérer, Via Romana 2014, p. 139

2 Abbé Guy Pagès : Interroger l’Islam, DMM 2013, p. 191

3 Coran 4,38

4 Charles Péguy, 6 octobre 1907, Gloire temporelle

5 Coran 3, 14

Coran 2, 223