Parmi les linges et les vases d’autel, il en est qui, de par leur fonction, sont plus sacrés que les autres : la patène, le calice, le ciboire ou l’ostensoir. Au fil des siècles, certains ont disparu et sont tombés dans l’oubli bien qu’ils aient été particulièrement précieux. C’est le cas notamment des colombes eucharistiques, vases liturgiques en forme de colombe destinés à conserver le corps du Christ, dont l’existence aujourd’hui est presqu’oubliée.
Les premiers vases liturgiques eucharistiques
Dans les premiers temps de l’Église, l’Eucharistie était mise à l’abri des persécutions dans les demeures privées des premiers chrétiens où elle était précieusement préservée. Avec la paix de Constantin, des lieux de culte sont enfin érigés. Les Saintes Espèces sont alors conservées dans les basiliques nouvellement construites.
Des vases sacrés sont conçus spécialement pour cette fonction. Ils ont la forme d’une tour ou d’une colombe. La colombe, en or, était placée à l’intérieur de la tour qui était d’argent. Quant aux Hosties consacrées, elles étaient soigneusement ensevelies dans un linge de lin et placées à l’intérieur de la colombe, tel le corps du Christ enseveli dans son tombeau. On sait notamment que Constantin fit don à la basilique Saint-Pierre d’une tour et d’une colombe d’or très pur, enrichie de deux cent cinquante perles blanches. De même, le pape Hilaire donna à la basilique du Latran une tour d’argent et une colombe d’or.
D’abord utilisées conjointement pour conserver le corps du Christ dans une pièce à part, le sacrarium ou le pastophorium, l’habitude est prise de les exposer sur l’autel majeur, puis de les utiliser séparément : soit la colombe, soit la tour. À l’époque médiévale, la tour devient une pyxide, petit vase cylindrique au toit conique, tandis que la colombe prospère telle quelle avant de disparaître à l’époque moderne.
Usage des colombes
Entre les IXe et XIIIe siècles, les colombes sont généralisées, surtout en France. On constate une production plus intense au XIIIe siècle suite au IVe Concile de Latran qui, en 1215, proclame solennellement le dogme de la Transsubstantiation. Traditionnellement en or ou en argent, elles pouvaient également être réalisées en bois, en ivoire, en cuivre doré ou émaillé. Les orfèvres limousins, alors particulièrement réputés, les produisaient en série et les vendaient dans toute l’Europe.
Usuellement, la colombe était accrochée au centre du ciborium ou à la voûte, au-dessus de l’autel majeur. Elle était suspendue par une simple accroche au niveau des ailes, ou, dans certains cas, grâce à un petit plateau placé sous ses pattes pour la hisser via quatre chaînes. Une poulie permettait de la faire descendre, matérialisant ainsi visuellement la descente du Saint-Esprit sur l’autel. La suspension assurait la sécurisation des Saintes Espèces, les plaçant à l’abri des profanations, mais surtout, à l’époque, des rongeurs.
Ces colombes étaient très répandues en France, moins en Italie, où l’Eucharistie était conservée de préférence dans une armoire aménagée dans le mur derrière l’autel ou dans une salle à part, le secretarium. Avec le concile de Trente, les colombes eucharistiques sont remplacées par le tabernacle que nous connaissons aujourd’hui. Mais elles ne disparaissent pas pour autant : l’Esprit-Saint inondant l’autel de ses rayons est très présent dans l’art baroque.
Conclusion
Beaucoup de ces colombes ont été fondues lors des guerres de religion puis à la Révolution, ce qui explique leur rareté et l’oubli dans lequel elles sont tombées. Toutefois, certaines ont été réalisées récemment, notamment une pour la cathédrale d’Albi. Outre de ressusciter ce qui était le tabernacle médiéval, la colombe, accrochée à la voûte abrite sous ses ailes le Saint-Sacrement. L’Esprit-Saint protège ainsi en hauteur l’Eucharistie des atteintes et profanations qui surviennent malheureusement trop souvent aujourd’hui.
Une médiéviste
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