L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite 3)

A la suite des précédents articles publiés sur ce thème1, nous étudions maintenant le 4e geste :
Ecouter sans juger !

« Ecouter. » On approche ici la perle la plus rare et précieuse de la communication entre les hommes sous toutes les latitudes et de tout temps. La vraie, la grande, la généreuse, la véritable écoute. Dans son épître ; saint Jacques donne ce conseil : « Que l’homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère2. »

Et nous ? Sommes-nous celui qui :

  • Reçoit et abandonne ?
  • Reçoit et relativise ?
  • Investit, reçoit, aime et distribue en abondance ?

« Abandonner… » « Relativiser… » « Aimer… » Trois verbes qui révèlent notre aptitude à cet acte de communication majeure concrétisé par l’écoute.

L’exemple de Notre-Seigneur
Pas de plus bel exemple d’approche que le recrutement par Jésus de ses apôtres. Il observe, perçoit les personnalités, et approche des tempéraments tous plus différents les uns que les autres : un saint Pierre énergique et impétueux, un saint Jean, doux et paisible. Il sait les toucher, transpercer leur cœur et leur âme. Il écoute et sauve in extremis celui qui l’implore, parce qu’il sait sonder la profondeur inaltérable des âmes. Il s’adresse à elles et dira à la femme adultère avec amour : « Va et ne pêche plus4

Examinons-nous
On remarque que Jésus en écoutant, nous enjoint avec fermeté : « Ne jugez point, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; remettez et il vous sera remis5.» Et comme pour mieux souligner le caractère impératif de cette attention portée à son prochain, Dieu lui-même ordonne : « Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le !6 » Quel exercice subtil et généreux que celui de l’écoute si délicat, et pourtant tellement apprécié par chacun ! Voilà une pratique de plus en plus étrangère à nos mentalités bavardes et peu attentives. Combien de nos contemporains en souffrent-ils secrètement ? Et pourtant, notre cœur, stimulé par notre intelligence, est certainement le mieux à même pour être attentif généreusement.

En pratique, que faire ?
Mais, comment bien écouter pour pouvoir ensuite transmettre les paroles de vérité adaptées à chacun ? Comment s’efforcer d’éviter de porter des jugements ? Comment mettre de côté, pour un moment, son habituel « cadre de références », ses convictions fermes, pour se contraindre à être attentif ? Pour cela il faut déjà comprendre d’où vient celui que nous écoutons, saisir ses souffrances, entendre son avis avec compréhension en vérifiant au besoin que nous avons la même définition des mots, être attentif à ses émotions quand bien même ses propos seraient diamétralement opposés à notre opinion.

Ecouter ainsi implique une vraie discipline personnelle où la raison et l’émotion sont bridées au profit de la sauvegarde impérative de l’écoute avec le souci de chercher à comprendre son interlocuteur au-delà des apparences. Pour cela, apprenons à nous taire pour véritablement accueillir l’autre. Exerçons-nous à acquérir la confiance en nous pour éviter la tentation de la susceptibilité et ne pas nous sentir personnellement concernés par un point de vue aussi contraire nous soit-il. Maîtrisons nos émotions pour être en capacité d’entendre des avis très différents sans nécessairement réagir. La réplique ne favorise pas une écoute constructive. C’est un véritable apprentissage constant de la maîtrise de soi. Aimons et favorisons cet acte de coopération, cet échange d’idées et d’opinions, et montrons-le par notre regard intéressé, notre sourire bienveillant et par toute notre attitude. On le voit, cela n’a rien à voir avec les joutes oratoires, les débats creux, vaniteux que nous offrent les médias singulièrement pendant les périodes électorales.
Ecouter, c’est écouter les âmes. La véritable écoute du prochain est un acte de justice et d’équité consistant vraiment « à traiter différemment ce qui est inégal » selon l’expression de Chesterton. « Comprenez…7 » recommande Jésus ! Là où commence notre jugement (souvent péremptoire) s’arrête notre compréhension. Être sûr d’avoir toujours raison est opposé à la vertu de l’écoute : « Ceux qui ont reçu la semence », précise Jésus « sont ceux qui écoutent8. »

Pour aller plus loin et progresser
Donnons pour terminer quelques recommandations pratiques sur les attitudes à adopter à propos de ce quatrième geste. Remarquons tout d’abord que Jésus regarde son interlocuteur, il ne fait rien d’autre : il est vraiment attentif. Arrêtons donc impérativement de faire ce que l’on fait, surtout si l’on est sur son portable ou son ordinateur. Cette situation est extrêmement désobligeante et pourtant si courante de nos jours ! Voilà un point de vigilance majeur à respecter. Centrions toute notre attention uniquement sur notre interlocuteur et non sur nos propres ressentis ou opinions. Montrons-lui notre attention par une attitude qui manifeste notre intérêt. Repérons ses attitudes « non verbales » souvent révélatrices : clignement des yeux, froncements de sourcils, pincement de nez, etc. C’est en prenant soin de ce comportement volontairement communicatif, que Jésus va au-devant des malades, des enfants, des affligés, des riches. Il anticipe les besoins d’écoute de ses contemporains, avant même qu’ils ne se soient manifestés. Un léger et simple toucher de son vêtement lui suffit pour comprendre l’appel de « l’hémorroïsse9 ».

L’écoute n’est jamais une attitude passive, bien au contraire, elle exige beaucoup d’énergie, de concentration et d’effort d’attention. C’est peut-être une des attitudes communicatives les plus éprouvantes. Le curé d’Ars en savait quelque chose, lui qui restait des heures et des heures au confessionnal. On recommande d’ailleurs à ceux qui pratiquent souvent cet exercice, de suivre l’exemple de Notre-Seigneur, qui entrecoupait sa vie publique de grands moments de prière et de solitude réparatrices. L’écoute est une forme d’ascèse. Elle devrait être une pratique habituelle de tout chrétien qui se veut apôtre de sa foi. Ecouter, en effet, c’est respecter à la lettre le message principal de Jésus : « Il n’y a pas de plus bel amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime10. »

En pratique, il est facile de constater qu’il n’existe pas d’acte de communication plus efficace et surtout plus apprécié que d’écouter son conjoint, ses enfants, ses collègues, ses assistants et ses supérieurs.

RESOLUTION PRATIQUE : Ecouter sans me laisser tromper par des jugements téméraires. Pour m’y aider, je prends modèle sur le comportement qu’eut Jésus avec Nicodème et la Samaritaine.

ENGAGEMENT SPIRITUEL : une dizaine d’AVE – 4e mystère joyeux – Le recouvrement de Jésus au temple. « Ecouter et comprendre ». Les dignitaires du temple écoutèrent attentivement un enfant qui n’avait que douze ans ! Certains d’entre eux comprirent qu’ils faisaient là une rencontre exceptionnelle. « Qui est cet enfant ? » Pour le savoir, il faut écouter au-delà des apparences, ouvrir en grand l’intelligence de son cœur.

Frère Charles de Foucauld (cordigère capucin)


1 FA 54 : introduction et 1er geste, « Faire le 1er pas »
FA 55 : 2e geste, « Demander service »
FA 56 : 3e geste, « Donner de son temps »
2 Saint Jacques I, 19.
4 Jn 8, 11
5 Lc 6,37
6 Mc 9, 7
7 Mt 13,18
8 Mt 13 ,23
9 Lc 8, 43, 48
10 Jn 15, 13