Héritage, transmission et… embourgeoisement

S’adressant à un auditoire de jeunes dans le cadre d’une conférence paroissiale, le directeur d’un établissement scolaire prestigieux, reconnu pour son engagement dans la transmission du savoir et de la culture auprès de la jeunesse, a conclu son intervention en soulignant que, de nos jours, l’un des principaux obstacles à l’engagement des catholiques réside dans une certaine forme d’embourgeoisement.

L’embourgeoisement ainsi qualifié par le conférencier pourrait se définir comme une mentalité d’entre-soi face à un monde auquel on refuse de se confronter. Cette mentalité conduit à n’agir que pour son propre intérêt sans se préoccuper de celui des autres, ni de celui de la société. L’on pourrait résumer cette attitude par cette phrase : « J’ai ma paroisse, j’ai mes cercles d’amis, j’ai mes soirées du samedi soir, je suis tranquille. » Et pendant ce temps, notre monde s’écroule, l’Église continue de souffrir dans une crise qui ne finit pas de s’aggraver.

Pourquoi donc les catholiques sont-ils touchés par ce fléau ?

La première raison est que les catholiques sont complexés par leur image. On leur reproche une doctrine fixiste, une morale intransigeante, une conception passéiste du mariage et de la famille, des modèles dépassés. Dans un monde où l’héritage et toute idée de transmission sont méprisés, trop souvent le catholique se laisse gagner par le compromis. Il adopte une attitude de vaincu au lieu d’être fier de ses convictions.

La deuxième raison est que le confort moderne permet de créer des solutions de repli faciles. Par exemple, il est facile de se déplacer pour aller voir des amis sélectionnés plutôt que de chercher à faire connaissance avec ses voisins.

Le danger de cette attitude est qu’il finit par créer un divorce progressif entre les principes et les actes. Donnons quelques exemples. Par peur du regard des autres, ce jeune étudiant catholique, toujours correct dans ses tenues, finit par imiter les autres en devenant négligent et vulgaire. Ayant pris l’habitude de cette négligence, il ne s’endimanche plus à la messe mais y vient en jean et baskets. Autre exemple : ce jeune catholique récemment embauché se confronte aux discussions ordurières de ses collègues. Au lieu de se tenir à l’écart, au moins par son silence, et encore une fois par peur du regard des autres, il finit par y participer activement et ensuite par lancer lui-même ces mêmes discussions ordurières pour ne pas dire « salasses ». Ce cas de compromission grave de la part de catholiques est malheureusement fréquent dans le monde du travail…

Devrions-nous alors nous résigner à déplorer le mal qui s’étale devant nous ou même en être complice ? Devrions-nous nous résigner à déplorer l’impunité de ceux qui font triompher l’immoralité alors même que nous baissons la tête ?

Le Père Charles de Foucauld nous donne le remède à ce danger, par ces paroles qu’il prononça en 1915 : « J’avais cru en entrant dans la vie religieuse que j’aurais surtout à conseiller la douceur et l’humilité ; avec le temps, je crois que ce qui manque le plus souvent, c’est la dignité et la fierté. »

Nous avons reçu gratuitement un héritage. Pour le transmettre, il faut en être fier et l’aimer. Et pour l’aimer, il faut le connaître. La lecture, en particulier, est essentielle : elle nous offre des maîtres à penser, des modèles à imiter, et nous permet de forger nos propres convictions en nous appropriant l’héritage de notre culture. À l’inverse des écrans et du « zapping » superficiel sur les forums, vidéos et réseaux sociaux, et loin du « prêt-à-penser » ou des raisonnements simplistes, il est indispensable de se construire une véritable personnalité, solidement enracinée dans la connaissance de notre civilisation. Ainsi l’honneur cèdera la place au relativisme moral, la loyauté à la médiocrité, la générosité à l’égoïsme !

Laurent