À 10 ans, Paul vivait dans une famille à l’organisation millimétrée, des affiches de consignes dans chaque pièce rappelaient les règles : tours de service à table, horaires de travail, consignes de propreté dans la salle de bain… Les parents surveillaient de près chaque activité : d’une part parce que ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait, mais aussi par peur d’erreurs au bricolage ou à la cuisine.
À 30 ans, Paul est employé dans l’administration. Ne comptez pas sur lui pour aider un usager dans le besoin et perdu dans les procédures, pour débloquer une situation ou rendre service à un collègue. Pas de zèle ! Pas d’initiative ! Pas d’histoire ! Il doit rester couvert comme on lui a toujours appris !
Apprendre à être chef !
Pourtant, nous n’avons jamais autant eu besoin de bons chefs ! Les entreprises, les administrations, les mouvements scouts, les associations en réclament régulièrement. « Comment se fait-il qu’on ait à se plaindre partout d’une telle pénurie de chefs ? Cela ne viendrait-il pas de ce que, depuis plusieurs générations, l’éducation donnée a eu pour but bien plus le succès aux examens que la formation de personnalités fortes, animées du désir d’action et assoiffées de responsabilités ?
On oublie trop souvent que le rôle de chef n’est pas réservé à une super-élite, mais que tout homme normal est appelé, peu ou prou, à exercer le noble métier de chef, ne serait-ce qu’au titre de chef de famille1. » La société est une pyramide de chefs2 !
À nous, pères de famille, au-delà de notre bon exemple, de former nos garçons dès l’enfance pour qu’ils deviennent de bons chefs, du latin « caput » : la tête. Le langage courant avec son bon sens nous fera rechercher une tête haute, pensante, tête de colonne, qui entraîne vers le bien commun, et non pas une tête brûlée ou tête de mule… Rassurons-nous, être chef, cela s’apprend ! Dans L’école des chefs, le P. Courtois l’explique en 15 leçons pratiques : compétence, sens du réel, décision et ténacité, etc3. Dès 7 ans, la pédagogie scoute donne des responsabilités aux louveteaux. Leur progression continue jusqu’au clan routier. Dès l’enfance, les parents doivent responsabiliser leurs enfants et encourager leurs initiatives.
Qui ose gagne !
C’est la devise des forces spéciales anglaises. « Dans la vie, il faut savoir se battre et savoir que l’on peut échouer à chaque instant. Ceux qui vivent dans la crainte de l’échec, de la difficulté ou de la honte d’échouer ne réaliseront jamais leur potentiel4. » Le Bon Dieu nous demande de développer les talents qu’il nous a donnés. Encourager un enfant à aller au-delà de ses limites lui permet de se rendre compte qu’il n’est pas tout à fait celui qu’il croit mais davantage ! Prendre des risques, c’est réaliser qu’on a grandi, qu’on est plus autonome, qu’on a plus de courage qu’on ne l’imaginait, et tout cela permet de gagner de la confiance en soi. On se rend compte que le monde et nos capacités ne s’arrêtent pas aux murs de notre chambre ! Piste noire ? Non. Marathon ? Non. Le père mesurera le chemin restant à parcourir par l’enfant avant de lancer de tels défis et de l’y préparer. Les étapes peuvent être un bricolage, un jardinage, la cuisine, le rangement, un service à rendre, l’effort physique ou intellectuel… La réussite augmentera la motivation pour continuer à progresser. Le père saura néanmoins qu’un échec ou une imperfection de réalisation ne définissent pas la capacité de l’enfant, mais font partie du chemin vers le succès. Il devra le faire comprendre au jeune qui s’en désole.
Comprendre pour prendre l’initiative
Le Maréchal Foch a travaillé sur les principes d’action pour les chefs. Ses réflexions sont encore d’actualité5, elles méritent plusieurs lectures tant elles sont concentrées. Foch fait appel à l’observation du réel, l’intelligence et le travail, l’esprit de décision, la capacité de conviction puis d’initiative, la gestion du temps, autant de qualités à travailler et qui s’appliquent bien au-delà du domaine militaire.
« Comprendre la situation et ses enjeux, évaluer les causes potentielles, les conséquences des actions ou absences d’action, identifier les opportunités et les risques à courir pour décider du temps d’avance nécessaire pour décider juste, élaborer une stratégie fondée sur la conviction et la définition des objectifs à atteindre en vue d’obtenir un résultat final recherché pertinent6. »
Le chef doit prendre le dessus par :
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Le temps, le bon moment pour agir ou attendre,
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Les dimensions et le champ de l’action, concentrer ses forces,
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Le mental, la conviction pour contrer l’indécision et le doute.
« Pas de victoire possible sans le commandement vigoureux, avide de responsabilités et d’entreprises audacieuses, possédant et inspirant à tous la résolution et l’énergie d’aller jusqu’au bout, sans action personnelle faite de volonté, de jugement, de liberté d’esprit (même au milieu du danger), dons naturels chez l’homme doué, avantages acquis par le travail et la réflexion chez l’homme moyen. »
Responsabiliser les jeunes par étapes, les aider à réussir et à apprécier la joie de leur action, c’est les préparer à un avenir plus heureux. C’est aussi préparer le redressement de la société et de l’Église. C’est parce qu’ils auront été formés en capacité de chefs que nos fils et filles pourront prendre des initiatives et des responsabilités au niveau qui se présentera. Quelle belle perspective pour nous encourager dans nos actions éducatives de chaque jour ! L’avenir dépend aussi de nous !
Hervé Lepère
1 Abbé Gaston Courtois, L’école des chefs
2 Maréchal Lyautey
3 Lire également Être chef du même auteur.
4 Amiral Mc Raven, 37 ans dans les forces spéciales US.
5 Un colloque de prospective interarmées y a été consacré en 2017.
6 Maréchal Foch