Transmettre ou disparaître…

Martial et Jeanne interrogent leur papa : « Qui est à côté de grand-père sur la vieille photo ? Quand on est chez lui, pourquoi ne va-t-on pas à la messe avec lui ? Comment avez-vous rencontré maman ? Comment étais-je quand j’étais petit ? Est-ce qu’il y a toujours eu des méchants comme Mélenchon ? »

Ces questions sont des occasions rêvées d’enraciner les enfants dans une histoire familiale et nationale, une communauté et « des valeurs ». Savoir d’où nous venons pour savoir qui nous sommes.

La crise de la société ambiante

La crise de la transmission a touché l’Education Nationale comme toute la société : « individualisme, perte de la transcendance, utilitarisme, progressisme de pacotille1 » en sont les stigmates. Ne sommes-nous pas influencés nous aussi, parfois sans nous en rendre compte ?

Comment donner envie à nos enfants de s’engager vers la sainteté et pour le règne du Christ-Roi dans nos familles, nos métiers, nos villages, nos sociétés ?

Qui va préparer nos enfants à lutter contre la mondanité pour préparer un monde meilleur, c’est-à-dire plus chrétien ?

A quoi sert l’Histoire ?

Michel de Jaeghere2 explique de manière magistrale mais simple que l’Histoire, bien insérée dans notre éducation familiale et à l’école, est un remède radical et un atout formidable pour préparer l’avenir de nos enfants et de la société.

L’Histoire est un redoutable instrument de propagande entre les mains des puissants. Elle peut être l’instrument de notre asservissement. « Qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. Qui a le contrôle du passé a le contrôle de l’avenir » écrit G. Orwell3. Alors l’étude et la connaissance réelle du passé sont les plus sûres des défenses, des boucliers contre le mensonge.

L’Histoire enseigne le jeu des causes et des conséquences. Elle aiguise les esprits en leur donnant le sens de la nuance. Elle leur apprend l’importance des actions de la Providence et des circonstances, la complexité des choix et des situations. C’est une école de modération. Elle nous préserve de l’utopie.

L’Histoire nous donne l’occasion de fortifier nos âmes par la méditation de l’exemple de ses héros, de ses martyrs et de ses saints. Elle entretient en nous la vertu d’admiration. Elle nous donne à rêver sur le caractère miraculeux de l’aventure humaine et la beauté des civilisations, occasion d’exercer un sens critique sur les valeurs établies de notre propre époque.

L’Histoire a constitué les peuples (et la famille) auxquels nous appartenons, forgé le caractère des nations. Elle fonde l’amitié qui nous réunit.

L’Histoire nous montre aussi la fragilité des puissances temporelles, la brutalité des retournements de situation : c’est le lot commun de les supporter, il faut rester conscients que les succès sont temporaires.

L’Histoire nous met par là dans le coeur l’angoisse de servir nos patries et l’Église. Elle est pourtant une école d’espérance en nous montrant, dans le passé, les redressements spectaculaires qui ont pu s’opérer : la chrétienté après les invasions barbares, l’action de sainte Jeanne d’Arc et tant d’autres. Sachons lire les signes de la Providence et y coopérer !

Enfin, en nous rappelant ce que nous devons à nos pères, elle nous apprend d’abord ce que nous sommes. Ni un conglomérat de consommateurs, ni un élevage de lapins. Des héritiers d’un trésor qui nous dépasse et dont nous ne sommes que les dépositaires. Des fils à qui il n’a été donné, par grâce, d’être à leur tour des pères que pour transmettre le flambeau de la civilisation.

L’histoire concrète en famille

Insérons donc nos enfants dans la grande Histoire et dans l’histoire de notre famille pour en faire des héritiers et les bâtisseurs de demain !

Certaines familles transmettent un « livre de vie » de génération en génération. On y écrit le résumé des décisions ou étapes importantes de la famille : évènements familiaux, choix religieux ou professionnels avec leurs motivations, rencontres qui ont changé le cours de la vie.

D’autres familles vont écrire une généalogie, regrouper des photos anciennes (grâce à la numérisation) et y associer des commentaires, rédiger quelques épisodes marquants vécus par leurs aïeux, ou simplement raconter les histoires en regardant les photos. Les enfants aiment les images et ces évocations leur donnent du sens.

Pour votre histoire personnelle comme pour la grande Histoire, il sera bon d’expliquer. « Rappeler un évènement ne sert à rien, même pas à éviter qu’il ne se reproduise, si on ne l’explique pas. Il faut faire comprendre comment et pourquoi les choses arrivent. On découvre alors des complexités incompatibles avec le manichéisme purificateur de la commémoration. On entre surtout dans l’ordre du raisonnement qui est autre que celui des sentiments, et plus encore des bons sentiments4. » Ainsi, vos grandes décisions, celles de vos aïeux, bonnes ou mauvaises, peuvent servir à faire grandir vos enfants : métier, mariage, déménagement, conversion, rencontres frappantes, prêtres et amis qui vous ont marqués, épreuves ou succès… Tout est occasion de réflexion, selon les âges des enfants bien sûr.

Sans attendre de disposer d’un tel recueil personnel, équipez votre bibliothèque de nombreux albums historiques illustrés, de vies de héros et de saints, de romans historiques. Tous seront ainsi nourris dans leur imagination et leur envie de faire de grandes choses ! Prenez le temps de raconter une vie de saint ou un album aux enfants pendant le week-end ou le soir.

Cet été, profitons aussi de la chance d’avoir près de chez nous en France, quel que soit notre lieu de vacances, de multiples occasions de rendre nos enfants familiers de la grande Histoire : monuments, musées, églises, parcs et sites à visiter, spectacles historiques, même modestes. Tous les âges apprécieront ces sorties en famille, qui resteront de bons moments, au-delà de leur caractère formateur.

Hervé Lepère

1 « Transmettre ou disparaître. Manifeste d’un prof artisan » Ambroise Tournyol du Clos
2 « A quoi sert l’Histoire ? » aux éditions Contretemps – largement cité dans ce paragraphe.
3 G. Orwell a publié le 8 juin 1949 un roman d’anticipation sous le titre : 1984.
4 A. Prost cité par A. Tournyol du Clos