Eduquer, c’est transmettre

 

Transmettre est une manière d’aimer ; aimer ce qu’on transmet et aimer celui à qui on transmet… Sans la transmission nous serions toujours à l’âge de pierre. Nous avons un devoir de transmettre non seulement notre savoir‑faire, mais aussi notre « savoir‑être ».

Importance du climat

Lorsque nous voulons faire pousser une graine, que faisons‑nous ? Agissons‑nous sur le germe ? Non, il renferme mystérieusement toutes ses capacités. Il faut essentiellement un climat : pluie, vent, soleil, froid, chaud, jours et nuits avec leurs alternances permettent le développement des possibilités contenues dans le germe. Grâce aux racines, secrètes, cachées dans la terre, grâce aux feuilles, le germe puise dans l’invisible et le visible tout ce qui s’offre de propice à son développement. On pourrait presque dire : telle est la terre, tel est l’air, telle sera la plante.

Il en est de même en éducation. C’est le climat familial qui orientera le tout jeune enfant ; et l’élément indispensable au climat : la Foi. L’enfant possède en lui d’immenses possibilités que l’on peut imaginer au point de vue de son corps, mais nous les ignorons au point de vue de son âme. L’art consistera, pour le corps, à l’entourer des soins qu’une mère sait prodiguer à son tout petit ; et pour l’âme, à mettre une atmosphère au foyer afin que l’enfant y pui-sse l’invisible et le visible par cet instinct merveilleux dont l’a doué le Créateur. Le jeune enfant n’est guère sensible au raisonnement ; en revanche, avec quelle finesse il surprend les moindres intonations de la voix ou les expressions du visage !

Les paroles de semonce, extérieures à l’enfant, le touchent peu, contrairement aux actions de ses parents, aux attitudes, reflets de leur foi qui l’imprègneront des substances nécessaires à son bon développement. Ce qu’est notre cœur, ce qu’est notre foyer, voilà ce que seront nos enfants. Pour sa famille, la mère est « ministre de la Joie », son sourire fait plus de conquêtes que tous les discours, il est le reflet de son cœur. Une joie rayonnante est le premier aspect d’un foyer profondément chrétien.

Plus le foyer sera attirant, rayonnant de toute sa foi, plus le père pourra obtenir de tous les renoncements nécessaires et souvent générateurs de dépassements. Le foyer doit rechercher son épanouissement : la joie de surmonter les difficultés, la joie d’un effort commun. On pourrait même oser dire que le triomphe d’une famille serait d’être très aimée par des enfants qui ne sont jamais gâtés, et qui aiment donc leur foyer pour des raisons supérieures aux avantages matériels qu’ils en tirent. Le premier dépôt fait aux parents chrétiens n’est‑il pas de transmettre le trésor de leur foi catholique ?

L’histoire

Il est très amusant, pour des enfants, d’entendre leur père ou leur mère raconter leur enfance. Et oui, Papa et Maman ont été, eux aussi, des enfants ! On remonte parfois à plusieurs générations en arrière, pour expliquer qu’en partant en vacances, on se serrait à l’arrière de la voiture pour faire rentrer tout le monde, et qu’il n’y avait même pas de siège‑auto, ni même de ceintures de sécurité. Mais à cette époque‑là, les voitures roulaient beaucoup moins vite !

L’histoire, celle de la famille que le père ou la mère raconte au fur et à mesure des occasions, celle de la terre où l’enfance a pris racine, où sont ancrés les souvenirs, les habitudes, les traditions, un patois, une manière de vivre, une maison chaleureuse où les grands‑parents peuvent encore accueillir… Tout cela forme des racines à l’histoire de l’enfant qui s’attachera, lui aussi, à ces liens qui le rassurent.

Il y a aussi les récits de l’Histoire Sainte, la Création, Adam et Eve, Noé, Moïse…. La Sainte Vierge, Noël, quelques miracles, la Passion que l’on aura racontée dans une belle Michèle de Pain bien illustrée. Le calendrier liturgique sera une bonne occasion d’enrichir ces récits chaque année.

Un jeune enfant aime les histoires, entre 3 et 8 ans il est doté d’une excellente mémoire et aime qu’on les raconte toujours « de la même façon », mais on peut à chaque fois y ajouter quelques informations supplémentaires et enrichir le vocabulaire du récit.

Apprendre à aimer son pays

C’est aussi le bon âge pour lui raconter l’histoire de son pays : Clovis, Charlemagne, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV, quelques scènes des guerres de Vendée… Il ne s’agit pas encore de tisser un lien chronologique entre ces scènes, l’enfant n’est capable que d’écouter une histoire qui ravit son coeur et son imagination. Ces récits éveilleront en lui l’amour de son pays, à travers la grande Histoire où Dieu est le premier personnage.

Le goût du livre

L’enfant qui voit ses parents lire des livres, et auquel on aura raconté de belles histoires, et offert de beaux livres avec de belles images, prendra tout naturellement goût à la lecture. Il sera curieux de découvrir et d’apprendre par lui‑même. Il recherchera de quoi enrichir ses petites connaissances par de beaux récits historiques ou littéraires, en s’attachant à la langue française ainsi qu’à tout ce qui aura fait la gloire de son pays, et peut‑être aussi la valeur de certains membres de sa famille. Il a besoin, pour se construire, d’admirer, d’aimer et de respecter sa patrie, ainsi que l’histoire de sa famille.

L’histoire d’un peuple ne s’apprend pas seulement dans les livres ou sur les bancs de l’école, mais « sur les routes de France, dans ses hauts lieux, dans ses pèlerinages, à Reims où furent sacrés nos rois, à Rouen où Jeanne fut brûlée, le long de nos calvaires et de nos cathédrales. C’est ainsi qu’un peuple apprend sa race, son sol, son histoire. Pour aimer un pays, il faut le connaître charnellement1. » Profitons donc des vacances ou d’un déplacement en famille pour visiter nos belles régions de France, et tout ce qui a contribué à la puissance de notre pays, des forteresses médiévales dominant les collines aux palais raffinés si bien mis en valeur au cœur de leurs jardins à la française. Allons respirer l’air parfumé de thym dans la garrigue aussi bien que l’arôme des sapins dans la forêt vosgienne. Il est si vrai que pour aimer, il faut d’abord connaître et admirer !

Sophie de Lédinghen

1 G. Le Bourgeois