Rétablir dans la famille la hiérarchie indispensable aussi bien à son unité qu’à son bonheur, rétablir l’amour conjugal dans sa première et authentique grandeur, ce fut une des grandes entreprises du Christianisme, depuis le jour où le Christ proclama à la face des pharisiens et du peuple : « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. » (Mt 19;6)
Voici l’essentiel de la hiérarchie naturelle dans la famille, telle que l’exige l’unité du mariage et telle que la Providence l’a marquée par des qualités spéciales, différentes et complémentaires dont elle a doté l’homme et la femme : « Ni l’homme n’est dans le Seigneur sans la femme, ni la femme sans l’homme », écrit saint Paul.
A l’homme la primauté dans l’unité, la vigueur corporelle, les dons nécessaires au travail qui assurera l’entretien de sa famille ; c’est à lui qu’il a été dit : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain. » (Gen 3 ;19)
A la femme, Dieu a réservé les douleurs de l’enfantement, les joies et les peines de la première éducation de l’enfant, pour qui les meilleurs soins de personnes étrangères ne vaudront jamais les affectueuses sollicitudes de l’amour maternel.
Tout en maintenant cette dépendance de la femme à l’égard de son mari, « Le Christ, dans sa divine union avec l’Église, a montré comment l’autorité du chef et la sujétion de l’épouse peuvent, sans se diminuer, se transfigurer dans la force de l’amour, d’un amour qui imite celui dont il s’unit à son Église ; il a montré que la constance de son commandement et la docilité respectueuse dans l’obéissance peuvent et doivent, dans un amour sincère et mutuel, s’élever jusqu’à l’oubli et au don généreux de soi-même1. » Sentiments qui, eux aussi, contribuent à faire naître et à consolider la paix domestique, laquelle est le fruit à la fois de l’ordre et de l’affection, « union harmonieuse du commandement et de l’obéissance de personnes qui vivent ensemble » insiste saint Augustin.
Maris, vous avez été investis de l’autorité. Dans vos foyers, chacun de vous est le chef, avec tous les devoirs et les responsabilités que comporte ce titre. N’hésitez donc pas à exercer cette autorité ; ne vous soustrayez pas à ces devoirs, ne fuyez pas ces responsabilités. Que l’indolence, l’insouciance, l’égoïsme et les passe-temps ne vous fassent pas abandonner ce poste2.
Envers la femme que vous avez choisie pour compagne de votre vie, quelle délicatesse, quel respect, quelle affection votre autorité ne devra-t-elle pas témoigner et pratiquer en toutes circonstances, joyeuses ou tristes ! « Que vos ordres, ajoute saint Augustin, aient la douceur du conseil et l’obéissance tirera du conseil courage et réconfort. Au foyer du chrétien, qui vit de la foi et se sait pèlerin qui marche vers la cité céleste, ceux-là même qui commandent sont les serviteurs de ceux à qui ils paraissent commander ; ils commandent non pour dominer, mais pour conseiller, non par orgueil qui veut prévaloir, mais par la bonté qui veut pouvoir. »
Et vous, épouses, élevez vos coeurs ! Ne vous contentez pas d’accepter et presque de subir l’autorité de votre époux, à qui Dieu vous a soumise par les dispositions de la nature et de la grâce. Dans votre sincère soumission, vous devez aimer l’autorité de votre mari, l’aimer avec l’amour respectueux que vous portez à l’autorité même de Notre-Seigneur, de qui descend tout pouvoir de chef. Nous savons bien que votre ombrageuse sensibilité de jeunes femmes modernes ne se pliera peut-être pas sans difficulté à la sujétion de votre foyer domestique. Nombre de « sirènes » vous représenteront cette sujétion comme quelque chose d’injuste, vous suggéreront une indépendance plus fière, vous répèteront que vous êtes en toutes choses égales à vos maris et que sous bien des aspects vous leur êtes supérieures… Prenez garde à ces mensonges, ne devenez pas d’autres Eve. Gardez plutôt l’indépendance d’une âme vraiment chrétienne.
Quand vous vous trouvez en face d’une demande qui va contre les préceptes de la loi divine, contre vos devoirs de chrétienne, d’épouse et de mère, défendez avec respect, avec calme, avec affection sans doute, mais avec une inébranlable fermeté, la sainte et inaliénable indépendance de votre conscience. Il se rencontre, dans la vie, des jours où sonne l’heure d’un héroïsme, ou d’une victoire, qui ont les anges et Dieu pour seuls et invisibles témoins³.
Sachez aussi prendre le temps d’écouter les soucis de votre mari, de partager les vôtres, et de proposer ce qui vous semble souhaitable pour le bien commun de votre ménage, de la famille ou de tel enfant. Vous avez un devoir de conseil afin que les décisions soient prises avec les meilleurs éléments possibles.
Par ailleurs lorsqu’on vous demande le sacrifice d’une fantaisie, ou d’une préférence quelconque, soyez heureuses : vous gagnez chaque jour davantage, en retour de légers sacrifices, le coeur qui s’est donné à vous, car vous étendez et consolidez sans cesse l’intime union de pensée, de sentiments et de volonté qui seule vous rendra facile et douce la mission que vous avez auprès de vos enfants, tandis qu’elle est compromise par le moindre défaut de concorde.
Comment le Christ aime-t-il son Eglise ?
L’autorité, comme la soumission ont été créées bonnes par Dieu. Par le péché, Adam et Eve ont entraîné l’humanité dans un désordre qui a détruit l’harmonie du mariage. Par conséquent l’homme et la femme ne vivent plus selon les dispositions voulues par Dieu. La direction humble et aimable de l’époux tend à être remplacée par la domination ou la passivité, quand la soumission de l’épouse tend vers l’usurpation ou la servilité. C’est le fruit du péché.
Mais Dieu a envoyé son propre Fils mourir sur la croix pour réparer cette relation à Dieu que nous avons brisée. Cette oeuvre rédemptrice nous replace sous l’autorité de sa Royauté. C’est alors qu’en vivant sous l’autorité de Dieu, en obéissant à ses commandements, et par sa grâce, nous pouvons restaurer progressivement ce que Dieu a créé pour nous.
Si l’époux cherche à ressembler à Notre-Seigneur Jésus-Christ en toutes choses dans son foyer, l’épouse aura confiance en lui et cherchera à le soutenir en adhérant à sa conduite, reflétant alors l’Eglise soumise à l’autorité du Christ. Car l’autorité et la soumission sont toutes deux bonnes et volontaires ; elles sont complémentaires et se magnifient l’une l’autre « comme le Christ aime son Eglise ».
Sophie de Lédinghen
1 -2-3 Père N. Barbara, Catéchèse Catholique