Mais pourquoi donc se couvrir la tête à la messe ?

Ma chère Bertille,

Un grand merci pour ta dernière lettre qui m’a fait bien plaisir ! Je prends enfin le temps de t’écrire à mon tour et répondre à l’une de tes questions : pourquoi donc se couvrir la tête à la messe ? Est-ce si important ? Oui, beaucoup de tes amies, me dis-tu, ne le font pas et ce n’est pas drôle de se distinguer d’elles… ça fait « coincée » ! Tout d’abord, je te félicite de poser ces questions. Il est important de savoir pourquoi on agit de telle ou telle manière afin de ne pas abandonner les bonnes habitudes sans réfléchir pour faire « comme tout le monde ».

Une règle de l’Eglise

Mais alors, pourquoi se couvrir la tête ? Peut-être le sais-tu vaguement : il s’agit d’une prescription du Droit Canon. Le droit canon est un peu comme le code de la route de l’Eglise. Le code de la route indique les règles à respecter en voiture et comment doit se comporter le conducteur, les piétons et tous ceux qui empruntent la route. De même, il existe pour l’Eglise un recueil de règles à respecter : c’est le Droit Canon. Il indique quels sont les jours de jeûne, de fête, comment construire des églises, comment on doit baptiser, confirmer, etc. Et il précise aussi comment les fidèles doivent se tenir dans l’église : « Quand ils assistent aux fonctions sacrées, spécialement à la messe, soit à l’église, soit au dehors (donc même aux processions, aux messes en plein air du pèlerinage de Chartres, ou en camps d’été…), les hommes doivent être tête nue, à moins que des circonstances contraires (par exemple la maladie) ou que les usages particuliers (par exemple les règlements militaires) n’exigent qu’ils restent couverts ; quant aux femmes, elles doivent avoir la tête couverte et être vêtues modestement, surtout quand elles s’approchent de la sainte table1.»

Et pourquoi l’Eglise a-t-elle institué cela ? Pour faire suite à une demande de l’apôtre saint Paul : « Tout homme qui prie en ayant la tête couverte se déshonore ; et toute femme qui prie sans avoir la tête couverte se déshonore2.»

C’est donc d’abord pour obéir à une demande de l’Eglise que nous devons nous couvrir la tête. Mantille, foulard, chapeau ou béret, qu’importe tant que les cheveux sont couverts. Or, obéir demande souvent un petit effort et on trouve facilement mille raisons pour éviter ce renoncement.

Quelques objections…

C’est un détail. Certes, comme dans le code de la route attacher sa ceinture est un détail… Mais ne pas le faire peut avoir de lourdes conséquences ! N’est-ce pas d’ailleurs dans les petites choses que se prouve notre fidélité à Dieu, surtout quand ces « détails » nous coûtent ?

C’était une prescription valable au temps de saint Paul et périmée aujourd’hui. Si l’Eglise n’a pas supprimé cette règle, c’est qu’elle est toujours valable : elle a changé ce qui était lié à des coutumes particulières ou propres à une époque. Au début de l’Eglise, par exemple, la consommation de viandes étouffées était interdite3 pour faire la transition avec le judaïsme. Puis, cette interdiction a été levée.

Tu remarqueras aussi que, quelque soit l’époque la Sainte Vierge est toujours apparue tête couverte. Et pourtant, elle adaptait ses vêtements aux coutumes des pays, comme le montre l’apparition de Notre-Dame de Guadalupe.

Je suis moche avec quelque chose sur la tête : vraiment ? Un vêtement n’a jamais enlaidi personne s’il est porté avec élégance et ajusté… A moins que l’on soit déjà affreuse et « irrécupérable », ce qui, je te rassure, ma chère Bertille, n’est pas ton cas ! Sinon, porterait-on des chapeaux pour les grandes occasions ? Et puis, la messe n’est pas un concours de beauté, ni un défilé de mode. L’objectif est d’honorer Dieu, et respecter ses prescriptions est un moyen de Lui rendre hommage.

Je le ferai plus tard, car c’est exigé surtout pour les dames ! Plus les habitudes se prennent tôt, plus il est facile de les garder sans effort ! Attend-on d’être adulte pour apprendre à manger proprement ?

On pourrait trouver encore d’autres objections pour s’épargner l’effort d’obéir… Et pourtant, il est si profitable de suivre les préceptes de l’Eglise ! N’est-elle pas une mère, qui sait ce qui est bon pour ses enfants ?

Une aide pour ta vie spirituelle et un apostolat

Porter un voile sur ta tête pendant la messe va t’aider à te recueillir : c’est un signe extérieur qui montre que l’on sort du quotidien, que tu participes à quelque chose d’important car en dehors de la messe, as-tu l’habitude de te couvrir les cheveux ? Tout comme l’uniforme aide le militaire ou la blouse l’infirmière à entrer dans l’esprit de son métier.

De plus, tu aideras les autres à se recueillir. Tu aimes à soigner ta coiffure, comme beaucoup. Aussi, cacher tes cheveux permettra à ceux qui participent à la cérémonie de n’être pas distraits par la manière dont tu t’es coiffée. Leurs regards seront ainsi tournés plus facilement vers l’essentiel.

Se couvrir la tête, c’est aussi une forme d’apostolat : tu manifestes publiquement ta soumission aux demandes de l’Eglise, tu fais preuve d’humilité et de modestie. Le voile, avec ta jolie tenue du dimanche (car il ne serait pas très cohérent de couvrir ses cheveux si tes vêtements ne sont pas décents !) sont un témoignage de foi : celui qui « s’endimanche » montre par ses habits que ce jour n’est pas comme les autres. Par sa tenue, plus soignée qu’à l’ordinaire, il veut honorer Dieu.

Courage, ma chère Bertille, car il en faut un peu pour vaincre le respect humain et porter un voile quand tes amies ne le font pas ! Je te conseille donc de choisir une jolie mantille ou un joli chapeau que tu seras contente de porter le dimanche et ton exemple entraînera sans doute les autres… Car on ignore souvent l’influence qu’on peut avoir, mais elle est pourtant bien réelle !

Avec toute mon affection,

Anne

1 Canon 1262, §2

2 1 Co, XI, 4

3 Concile de Jérusalem, acte des apôtres, XV