Cher Jacques,
Lors de notre dernière entrevue autour d’un verre, tu me faisais part de ton désarroi face à ces catholiques qui, tout en étant pratiquants, dévoués et pieux, adoptent parfois des attitudes en contradiction manifeste avec leurs convictions. Je me souviens notamment de ce moment où tu me confiais que, parmi tes cinq collègues catholiques, de « sensibilités » diverses, aucun ne respectait l’abstinence de viande les vendredis de carême. C’est pourtant un précepte grave, qui oblige sous peine de péché mortel ! À l’inverse, les musulmans de ton entreprise observent fidèlement le ramadan, en s’abstenant de déjeuner à midi. Tu me demandais alors comment une telle situation pouvait être possible.
La réponse est, au fond, assez simple. D’une part, beaucoup de fidèles ne sont plus réellement formés, tant les rappels concernant les exigences de la doctrine et de la morale chrétiennes se font rares. D’autre part, la notion d’autorité est très abîmée de nos jours. Nous vivons dans une société libérale où le culte du moi tend à supplanter la recherche du bien commun. Dès lors, certains de tes collègues catholiques considèrent probablement qu’il n’existe aucune véritable obligation de s’abstenir de viande le vendredi ; chacun agit selon son propre ressenti…
Je te donne un autre exemple. Il est sérieux – trop sérieux même pour qu’on le taise ou qu’on l’écarte par une fausse pudeur : celui de la tenue vestimentaire. La réalité de notre nature blessée par le péché originel impose en ce domaine des exigences sérieuses. Notre Sainte Mère l’Église les a rappelées régulièrement. Oui, je dis bien l’Église – non pas tel prêtre ou tel éducateur selon sa sensibilité personnelle mais bien l’Église fondée par Notre-Seigneur-Jésus-Christ !
Or, comme moi, tu constates qu’un laxisme devenu insupportable règne aujourd’hui en la matière. Dans les paroisses elles-mêmes, la légèreté se répand : le déshabillé supplante la pudeur ; les tenues provocantes remplacent les tenues discrètes et élégantes ; le sérieux laisse la place au laisser-aller ; et même les confusions inspirées par la théorie du genre – pourtant condamnée par ces mêmes catholiques – s’incarnent dans les tenues ! Si de telles habitudes s’installent à la paroisse de manière répétée et presque ordinaire, que faut-il penser alors de l’attitude de ces mêmes catholiques dans leur vie privée ?
Alors pourquoi en est-on arrivé là ? Pourquoi trop de catholiques réalisent-ils eux-mêmes cette triste prophétie de Notre-Dame à Fatima : « Il viendra des modes qui offenseront beaucoup Notre-Seigneur. Les personnes qui servent Dieu ne doivent pas suivre la mode. L’Église n’a pas de mode. Notre-Seigneur est toujours le même. »
Alors veux-tu, mon ami, que je te donne la raison profonde qui explique ces tristes constats ? Elle se résume dans cette phrase : « Je fais ce que je veux et non pas ce que Dieu veut » ou, pour être plus nuancé : « Je fais ce que je veux, en essayant simplement de ne pas trop m’éloigner de la volonté de Dieu, au lieu de chercher sincèrement à accomplir ce que Dieu veut. » Ainsi, nous voyons certains de nos amis commencer à jouer avec les règles, les relativiser ensuite, pour finalement les rejeter. A cause de leur laxisme, ils finissent par trahir !
La révolution avance ainsi. Elle ne demande pas de renier frontalement ses principes mais de poser des actes qui vont à leur encontre pour petit à petit les renier. C’est ce qu’on appelle la praxis révolutionnaire, arme redoutable de l’idéologie marxiste, et si efficace aujourd’hui.
Cher Jacques, ne crois pas qu’il s’agisse ici d’une fatalité ! Le grand remède souvent ignoré au laxisme, c’est l’amour du bien. L’amour du bien nourrit le sens de l’engagement, encourage de bonnes amitiés, favorise de saines détentes et donne tout son sens au respect que nous devons à l’autorité légitime. Les règles établies par celle-ci ne sont plus vues comme une contrainte ou un fardeau, mais bel et bien comme un moyen pour atteindre le bien. Un aumônier de jeunesse nous répétait souvent : « Là où il n’y a pas d’oraison, il n’y a pas d’hommes » Je trouvais cette formule un peu excessive. Mais avec les années, je lui donne toujours davantage raison. Par l’oraison, en effet, nous contemplons l’unique et véritable Bien. Ainsi, nous orientons notre intelligence et notre volonté vers ce Bien unique. C’est de là que naissent les véritables chefs : ceux qui s’engagent au service de causes authentiques et qui seront des guides pour les autres !
Voici, cher Jacques, les quelques éléments qui t’aideront à mieux saisir pourquoi il manque tant d’engagés aujourd’hui. La crise de la paternité en est une conséquence. Le manque de vocations aussi. Aujourd’hui, en France, avec moins de cent ordinations de prêtres par an, toutes les communautés catholiques, des communautés traditionalistes aux communautés diocésaines, sont touchées par ce fléau. Les remèdes existent, il suffit de vouloir les saisir !
Amicalement,
Laurent