Aimer son enfant, la pierre angulaire

           Dès la naissance, un enfant est extrêmement sensible aux émotions. Il n’a aucune connaissance ; sa façon de communiquer avec le monde se fait en fonction de ses sentiments : se sent-il rassuré, inquiet, rejeté… ? L’état émotif d’un enfant détermine ainsi sa perception du monde, de ses parents, de son foyer et de lui-même.

  S’il voit son monde qui le rejette, qui ne l’aime pas, qui ne s’occupe pas de lui, il deviendra angoissé. Cette angoisse pourra nuire à un développement normal de son langage, de son comportement, à sa capacité de communiquer et d’apprendre. C’est pourquoi, à travers ses attitudes, très rarement verbalement, et pour être rassuré, un enfant demande sans cesse à ses parents « M’aimez-vous ? »

  Si j’aime mon enfant pour ce qu’il est, lui, un enfant avec ses défauts d’enfants, quoi qu’il arrive et de façon inconditionnelle, la réponse à sa question sera « oui » et l’enfant grandira confiant, se sentant sécurisé.

Si je lui manifeste cette affection seulement lorsqu’il me satisfait ou me rend fière de lui, ou seulement si j’en ai envie, ou encore parce que je veux obtenir quelque chose de lui, une exigence, une attente, alors il ne sera pas certain de mes sentiments et se sentira incompétent car, pour lui, inutile de faire de son mieux, cela ne sera pas pris en compte, et il se trouvera dans un état d’anxiété, d’insécurité et de manque d’estime de lui.

  Étant donné qu’un enfant nous pose la question « M’aimez-vous ? » par sa conduite (un besoin de plus d’affection, ou plus de discipline, ou plus de compréhension…), nous lui donnerons réponse par notre conduite. C’est à travers elle que l’enfant voit si nous l’aimons. Nous transmettons à notre enfant notre amour par notre attitude à son égard, par ce que nous disons, par ce que nous faisons.

Il faut comprendre que l’enfant a un « réservoir émotionnel ». Les besoins émotifs de chaque enfant varient selon qu’ils sont « comblés » ou non (à travers l’affection, la discipline, la compréhension, etc…), et cela influence le reste de sa vie. D’abord comment il se sent : s’il est content, fâché, déprimé ou joyeux. Puis cela influencera sa conduite : désobéissant, pleurnicheur, guilleret, effacé, enjoué… Évidemment plus son réservoir sera plein, plus ses sentiments seront positifs et meilleure sera sa conduite. Il n’y a que nous, ses parents, qui pouvons garder ce réservoir plein !

  Voici un jeune Vincent de sept ans, troisième enfant d’une famille de huit. Depuis toujours, quoi qu’il soit également fonceur et intrépide, sa maman a remarqué qu’il a une sensibilité plutôt tactile. Mais voici que depuis quelque temps elle le trouve « collant », la suivant dans toutes les pièces de la maison, et la saoulant de ses histoires sans fin ! Le soir, il la serre dans ses bras à n’en plus la lâcher lorsqu’elle vient l’embrasser dans son lit, le matin il se met contre elle comme pour obtenir un câlin alors qu’elle est occupée avec le petit dernier… Bref, Vincent devient étouffant ! Un peu inquiète, sa maman se dit avec son mari que cet enfant a besoin d’être un peu « virilisé » ; elle devient alors un peu plus rude avec lui, l’envoyant gentiment jouer dans le jardin ou dans sa chambre dès qu’il arrive dans la pièce où elle se trouve. Mais cette attitude ne fait qu’augmenter les symptômes d’attachement à sa maman qui, ne sachant comment s’en sortir, finit par s’en ouvrir à un prêtre. « Madame ! Cet enfant est celui qui a le plus besoin de vous ! Gardez-le et occupez-le à ce que vous faites, surtout ne le rejetez pas ! » Ce que fit de bon cœur cette maman bien décidée à aider son Vincent. Si bien qu’au bout de quelques semaines de cuisine, de jardinage, de ménage en tandem avec son fidèle acolyte, elle se rendit compte que Vincent venait de moins en moins la retrouver et qu’il lui disait bonsoir avec beaucoup moins d’effusions physiques ! Vincent avait donc enfin rempli son réservoir !

  Ce n’est que lorsque son réservoir est plein qu’un enfant peut être véritablement heureux, atteindre son potentiel et réagir correctement à la discipline. Un enfant qui se sent aimé est capable de tous les efforts, tous les sacrifices, pour conserver cet amour. S’il en est ainsi dans sa vie naturelle, il en est bien sûr de même dans sa vie spirituelle. Un enfant comblé de l’amour de ses parents, comprend et entretient mieux dans son âme l’amour de son Père du Ciel.

S. de Lédinghen

 

La plupart des parents, et c’est heureux, aiment leurs enfants. Mais, bien souvent, les problèmes viennent de ce qu’ils ne savent pas, ou mal, communiquer leur amour à leurs enfants. C’est le sujet que nous aborderons dans le prochain numéro…